Le Collège pour Tous
• Il s'agit déjà de se penser et de penser l'autre autrement ; « Un soi visant le bonheur, avec et pour les autres, dans des institutions justes » écrivait le philosophe Emmanuel Lévinas. Rendre possible le fait de vivre avec les autres enfants pour de jeunes handicapés moteur, handicapés mentaux, pour des jeunes victimes de désordre mental ou neurologique, pour des autistes, pour les dyslexiques, les malentendants, les malvoyants, constitue, en deçà d'un acte social, un accomplissement et une nécessité politique. Cette intégration s'impose : sa réalisation est nécessairement possible. Peut-on rendre le monde meilleur si on ne s'imprègne pas de cette conviction ?
• Il faudra prendre position dans le débat : « Qu'est-ce qui doit primer à l'école : l'acquisition des savoirs définis dans les programmes ou l'épanouissement du citoyen en devenir ? » Non qu'il y ait une réelle opposition entre ces deux conceptions de l'enseignement, mais parce que la polarisation des opinions sur cet axe pédagogique est liée à un débat qui oppose «individualisme» à « solidarité ». C'est pourtant dans un souci idéologique sincère que nombre d'enseignants conçoivent leur mission dans le sens de la flèche allant du savoir et du savoir penser de l'enseignant, vers l'enrichissement de l'apprenant par l'instruction. De la glorification de cette mission, il résulte malheureusement la promotion du Collège du Chacun pour soi.
• L'enfant doit donc avant tout s'exercer à échanger. Il s'agit d'organiser le travail de façon que chaque apprenant soit acteur de sa vie et de la vie du groupe pendant l'heure de cours. L'enseignant doit lui aussi s'engager dans le sens de cette mission. La réalisation de soi au sein de la classe et la création d'une Ecole juste par la manifestation de soi sont les valeurs du Collège du Tous Ensemble. Cela ne peut se faire que dans un cadre inclusif, avec le nombre le plus large d'enfants. Vive le Collège Unique !
• Beaucoup de professeurs devront réformer leur enseignement de façon radicale pour permettre un système inclusif. Mesure-t-on d'ailleurs l'horreur des classes où l'enfant est réduit au silence face à son cahier, strictement identique au cahier de son voisin, à écouter le professeur et ne lever le doigt que pour dire ce que le professeur attend ? Quel type de citoyen l'enseignement autoritaire vise-t-il à fabriquer là ? La menace totalitaire est grande : l'élimination de la spontanéité et l'absence d'un intérêt commun en sont les ingrédients. La volonté de « normaliser » l'individu tue le bonheur d'apprendre et ne permet pas l'appropriation du savoir.
Tant qu'on ne concevra le handicap que par le biais de la « prise en charge », tant que l'on pensera que la différence implique une « rééducation », tant qu'à l'enfant exclu on opposera l'enfant « sain », la menace totalitaire sera présente. Parce que la pensée occidentale autorise ce genre de dérive, elle a besoin d'évoluer en profondeur. Des stratégies palliatives n'y suffiront pas.
Pour être libre, l'être humain, dès l'enfance, doit pouvoir se manifester dans toute sa dimension, y compris sa souffrance, ses contradictions, sa folie, sa poésie.
On peut bien sûr citer nombre d'exemples d'intégration catastrophe en collège ; mais c'est bien la représentation que l'on a de l'enfant handicapé qui détermine son profil psychologique et donc son intégration : la relation sincère ouvre sur l'épanouissement harmonieux. L'Ecole en tant qu'institution doit en être le premier théâtre.
Par akinorev31, Samedi 21 Avril 2007 à 23:59 GMT+2 dans Mes articles -3- (article, RSS)






