Ce
sera qualitativement très différent
(Mais pourquoi?)
Certaines ressentent la même chose, d'autres non,
qui considèrent certes Sarko comme un adversaire, mais encore comme un
démocrate. Et bien je n'arrive pas à penser ça. J'ai vraiment l'impression que
s'il passe dimanche, ce qui semble quand même assez probable, même si on va
tout faire pour que ce ne soit pas le cas, ce ne sera pas la même chose
qu'avant, ce sera qualitativement très différent.
Mais pourquoi?
1. On a affaire à quelqu'un qui veut détruire les
contre-pouvoirs.
On a vu ses réactions face à la presse, à son
intervention pour interdire des livres qui ne lui plaisaient pas: mais ce n'est
malheureusement pas le pire.
Tout son discours tient à séparer le monde en
deux catégories: les bons et les méchants. Ainsi, un délinquant, un
sans-papier, un sans-emploi, un sans-domicile, sont du mauvais côté. Et ceux qui veulent défendre leurs droits sont
mis "dans le même sac". Comme François Auguste, qui avait simplement
informé les passagers d'un avion de ce qui se passait (une expulsion), et qui va Être jugé pour obstruction. Si on est témoin d'un passage
à tabac, d'une violation du droit, d'une injustice, et qu'on le fait savoir (ce
peut être une simple prise de photo), on risque l'interpellation, le tabassage,
donc la "rébellion à force publique "et le procès qui va avec.
Cf: Ses attaques contre les "droits-de-l'hommistes"qui
seraient plus attentifs aux "racailles" qu'aux "honnêtes gens»,
aux "agresseurs"qu'aux "victimes". Les défendre serait automatiquement
prendre leur parti! Confondre l'accusé
et son avocat, c'est toute une conception du droit qui disparaît ! Celle qui
dit que le plus grand des criminels a droit à une défense et à un procès Équitable. Sinon, si on considère que les"délinquants"
n'ont pas de droits, Ça veut tout simplement dire que ce ne sont pas des
humains! On connaît la suite.
(Je rajoute ici, ses attaques contre le pouvoir de la justice et son désir de
voir augmenter les pouvoirs du président)
2. On a affaire à quelqu'un qui ne croit pas en
l'Éducation.
Puisque le déterminisme génétique est premier, à
quoi bon éduquer? On naît délinquant, pédophile, suicidaire. A quoi bon faire
de la prévention, de l'Education? Seule la répression est efficace. L'important
est de faire du chiffre, d'avoir un bon bilan!
Cf: Sa suppression de la police de proximité, des subventions aux associations
de quartier.
3. On a affaire à un idéologue totalitaire.
D'une manière générale, face à un problème, soit
on cherche des solutions, soit on cherche des coupables. Les discours et les
actes de Sarko montrent clairement qu'il se situe dans la deuxième catégorie.
Rien qu'un exemple, dans son clip de campagne, officiel, il dit qu'il va
"lutter contre l'immigration". Pas "organiser",
"structurer", bref gérer l'immigration, ce qui serait tout à fait audible, mais "lutter contre". Donc
l'immigration est un fléau, et il faut l'éradiquer. C'est bien le sens de ses
propos. Sauf que derrière, il y a des gens qui sont de fait désignés comme les
responsables de ce fléau, les immigrés et ceux qui les soutiennent. Sa pensée,
en tout cas celle qu'il communique, est binaire et simpliste. C'est une caractéristique
du totalitarisme que de rejeter la complexité.
Idem pour sa critique des "assistés".
Fini le filet social, soit les gens travaillent (plus) soient ils crèvent, et
c'est normal! Pas d'analyse de la situation économique, rien que des solutions
simples: réduire les droits, encore et encore. Et "yaka" travailler. Dans
le monde de Sarkozy, plus de psychologues, plus de sociologues, plus d'analystes,
plus d'Éducateurs. Le travail, l'autorité, l'ordre sont là pour résoudre tous
les problèmes. Et pour les autres, la prison est le seul remède (pour le
moment).
Son slogan de campagne "Tout devient possible"est
caractéristique de sa pensée. Ce "Tout" est terrifiant. C'est Hannah
Arendt qui expliquait dans "les origines du totalitarisme"(1951):
"Le phénomène totalitaire, avec ses traits anti-utilitaires frappants et
son étrange dédain pour les faits est basé en dernière analyse sur la
conviction que tout est possible et non seulement permis comme c'était le cas avec le premier nihilisme. Les systèmes
totalitaires tendent à démontrer que l'action peut être basée sur n'importe
quelle hypothèse et que, dans le cours d'une action conduite de manière
cohérente, l'hypothèse particulière deviendra vraie, deviendra réelle, d'une
réalité de fait."
Cette vision idéologique totalitaire s'exprime
dans ses discours à travers un volontarisme exacerbé, exagéré, expliquant que
rien n'est impossible à l'action politique, en dehors même de toute
contingence, de toute réalité concrète et de tout pragmatisme.
Supprimer les contre-pouvoirs, ne pas faire de
politique de prévention, opposer les pauvres et les très pauvres, criminaliser
la solidarité, affirmer la primauté de l'action sur la réflexion, tout ce
cocktail caractérise bien le profil d'un apprenti dictateur.
J'espère vraiment avoir tort.
Philippe
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