akinorev31

Else-Anna Lamore

 

 

  

Else-Anna

(ou l'oignon)

 

 
Else-Anna Lamore se balance doucement.  Elle saisit l'oignon et le pique d'un clou de girofle, créant de ce geste un pôle dans la sphère.  Afin d'impulser un déséquilibre productif, elle ne pique pas le second en opposition diamétrale au premier mais le décale de quelques millimètres.  Ainsi l'asymétrie suggère-t-elle la création d'un troisième pôle, exploitant le décalage.  Infligeant ensuite une légère rotation à l'oignon, elle se questionne sur l'opportunité d'un quatrième pôle qui donnerait à l'ensemble des clous, indépendamment de l'oignon, un effet tridimensionnel.  Comme il est douloureux de prendre cette décision !  Peut-on vraiment réitérer le processus alors que l'harmonie de trois objets organisés est tellement en corrélation avec le ressenti et le vécu ?  La question est cruciale.  Il faut prendre le temps d'une réflexion mûrie au risque de rester coincée dans une incompétence génératrice d'angoisse. 

 

                            

Else-Anna Lamore ne peut supporter les lourdeurs à la Strindberg.  La mutation est immédiate: La décision est prise sans que le processus de réflexion ne s'explique à soi.  Ce sera un quatrième clou... qui va mener logiquement à la multitude de clous.   La systématisation du processus va-t-elle obliger à planter tant de clous qu'il n'y aura plus la place ?  Ce dans quel cas la preuve de la bêtise sera faite.  L'aventure prend de l'ampleur.  Au bout de 15 clous, le décalage à chaque clou aidant à rendre l'ensemble de plus en plus approximatif, l'oignon donne un effet d'objet fini : la régularité apparente trouve sa justification dans une addition de subtiles asymétries doublées d'approximations involontaires.  L'objet est parfaitement égal à Else-Anna.

                          

Else-Anna Lamore a généré un extérieur à soi si intime à sa personne que l'objet entre en relation avec elle.  Comment supporter cette preuve de sa propre existence ?  Matérialisée au creux de sa propre main ?  Le sentiment de solitude est insupportable.  Il faudra redonner sans tarder son statut d'objet décoratif dans le court-bouillon à cet oignon qui s'est octroyé une importance globale.  Démesurée.  Usurpée.

                           

Le geste est rapide : l'oignon jeté dans l'eau à peine frémissante.  Il oscille puis il ondule et paraît soudain anodin dans le contexte nouveau.  Le voici donc rendu au statut d'oignon parmi les oignons, objet banal et amusant, décoré comme une boule de Noël avec ses 15 clous de girofle.  C'est quand même dommage du coup qu'on n'ait pas pu n'en mettre que douze.  Cela aurait été mieux adapté.  Peut-on récupérer l'oignon, en extraire trois clous et ré-agencer les autres pour conserver l'aspect faussement symétrique, en un trompe-l'œil pernicieux ??  Doit-on, pour satisfaire à cette exigence et, ne l'oublions pas, s'affranchir définitivement de la symbolique première (qui avait mené à une impasse), risquer de se brûler la main pour retirer l'objet de cette eau qui ne cesse de monter en température ?? 

 

Le découragement fait suite aux bonnes intentions.

 

http://www.outrereve.com/modules/newbb/voir_poeme.php?poeme_id=13048&forum=14

Veronika le 27/05/2007

                      

 

 

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