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Comptine velue

 

Comptine velue 

singe velu

Un vilain singe tout velu voulut le menu;

Un chat gras sympa lui apporta le repas;

Une grenouille fripouille lui mangea ses nouilles;

Envieux le vautour voleur avala son vin. 

 

Que fit le fakir confus du confit qui fume?

Parfuma le confit fort fade et le flamba!

Enfin, un félin farceur lui siffla son flan.

Au chacal alla son café: c'est du Kafka...

 

Un vilain singe tout velu voulait le menu.

Menu menu: mangea la mie et fit la moue.

Pas gonflée, la grosse guenon se gava d'agave!

Le vilain singe velu de colère était vert!

 

Et tous les animaux au fakir se confièrent:

Ils voulaient se venger du vilain singe velu

"Le vilain singe velu qui voulait le menu

Nous devait un dîner! Il l'a bien mérité!"

Veronika le 30/10/2007 

 

 

 

 

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CHUT !

 

 

Chut !

fiacre

Comme une fugue honteuse, nos désirs dans un fiacre,

Comme une bouche heureuse qui sourit aux aurores,

Puis rosée du chagrin au soleil s’évapore

Et le soir dans les draps, l’odeur en devient âcre.

 

Longtemps encore nos sucs tendrement s’entremêlent ;

Ton sens du devenir.  Notre lit caramel.

Fendue ta lèvre sèche cède aux chaudes envies

Et c’est le rendez-vous fixé sur le parvis.

 

Montrant ta patte blanche aux mensonges éprouvés,

Encore la nuit est franche pour nos corps retrouvés.

Matin tapis d’Orient… qu’il a bon goût le fruit

Alors que nos amours réveillent à grand bruit.

 

Et d’autant plus obscène le plaisir étalé

Quand avec ta compagne au confort affalé

De ton regard absent tu repenses la scène.

Qu’il est doux le baiser de notre union malsaine !

 

                                       Veronika, le 30/10/2007

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l'écriture

 

 

 


Même un mot technique peut servir en poésie
Il suffit de trouver le “Baudelaire” capable d’une telle transfiguration du langage et de l’écrit.


Tétrathiatulvalène, tétracyanoquinone... Certains reprochent à la science moderne d’employer des mots inélégants. Ils en déduisent que notre époque a perdu le charme poétique d’antan. Procès injuste ! Les mots n’ont ni beauté ni laideur intrinsèque. La poésie n’est pas en eux, mais dans les têtes. Des termes comme mâchicoulis ou échauguette, par exemple, nous font rêver au temps merveilleux où la belle éplorée était sauvée du donjon par un preux chevalier. Pour nous, ils ont de la poésie. Mais, pour les contemporains, ils devaient être aussi affreux que les horreurs commises par la soldatesque à partir des lieux qu’ils désignent.
Si, à l’instar de polygone ou de diagonale, antigone était un terme de trigonométrie, les lettrés s’affligeraient de sa laideur. Si Hélianthine était le nom d’une héroïne grecque au lieu d’être celui d’un produit chimique (je précise pour les non-chimistes ou les chimistes théoriciens), ils le trouveraient très poétique, et Lamartine n’aurait pas manqué de le faire rimer avec “chaste poitrine”.
L’ombre finit toujours par gagner et, avec elle, le champ ouvert à l’invention poétique. Le jour viendra où nos moeurs seront nimbées de mystère. La tétrathiatulvalène et la tétracyanoquinone paraîtront aussi vieillottes que l’échauguette et le mâchicoulis. Une fois oublié leur sens, ces mots laisseront libre cours à l’imagination. Alors, songeant à notre époque comme à celle de la tétrathiatulvalène et de la tétracyanoquinone, nos descendants y trouveront je ne sais quelle imprévisible magie dont ils s’enchanteront: “Quelle force d’évocation poétique ont les mots qu’employaient les hommes du 21ème siècle !”
Didier Nordon
Pour la science, août 2003

 

 

 

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Le lac est sombre

 

Le Lac est sombre

lac
 

Le lac est sombre ce soir comme bronze et huile.

J’ai mis la lune dans un sac ; les étoiles filent.

Du filet dans la barque je retire l’écrevisse

Odeur de vase, le filet gluant des mains glisse.

 

Libre la truite sous l’eau luit.  Elle tourne et nage.

De virage en vertige mon cœur fait-il naufrage ?

Du sac le lien je serre car la lune frétille.

Si les étoiles s’en mêlent, je les donne aux anguilles !!

 

Mes gestes mesurés calment le clapotis :

Regard fier alentour me donne grand appétit.

Cette puissance extrême : le cosmos je contrôle.

Sous ses aspects de mort, le paysage est drôle.

J’allume le réchaud : l’écrevisse va rougir.

Le monde est à mes pieds ; c’est Moi qui vais agir !

 

Mais de mon ventre une étincelle soudain sort.

Surprenant : le destin n’est plus de mon ressort !

Le lac prend feu.  Le sac de lune tout contre moi

J’étreins je serre… Stupeur de retour est l’émoi.

 

La barque en bois ne sait si elle doit s’enflammer.

Rouges comme des yeux, les étoiles veulent réclamer

La paix.  Lentement la brise se met à souffler.

L’univers révolté et dans l’eau mon reflet.

lac

 

                                        Veronika le 15/10/2007

  

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Blanche Eau

 

Blanche Eau

la plage

Seuls sur le sable blanc nous n’étions pas sages,

Tournons la plage,

Tournons la plage.

 

Tel Thomas, vers le large il nage,

Dans la blanche eau,

Mort-vice

                    Blanche eau.

 

Les sirènes soufflent dans la conque.

L’appel se répand

Mais le temps

Ne suspend :

Vol-âge, versatile, volatile.

Vers le large il nage,

Le vent soulève le sable blanc,

Sable blanc qui tourne

Comme des pages

Des pages blanches

Des pages blanches.

 

Sous les pins les sirènes tremblent ;

Mais vers le large il nage,

En brasse,

Le vide,

Conque errant.

 

Sous le tremble la reine peint

 Le figuier disparu

De la plage anthropophage.

 

La conque

Concupiscente

Siffle souveraine

Au nez des sirènes.

Le figuier, Algérie

                       [plage de Figuier, Boumerdes, Algérie]            

                        Veronika le 07 10 07 

 

 

 

 

 

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Verroteries

 

Verroteries

 

vert à soi

 

Trouver l’intrus:

Ver tige

Ver pomme

Ver taire

Ver hall

Ver sot

Ver mine

 

Trou vert un trou

En verre

Anvers

En vers

An vert

Envers (et con trou trou)

 

Un verrou vers où ?

Ver fiction

Vérification

Vert thé

Vérité

Ver table

Véritable

 

Ver haut

A le ver beau

 

Veronika le 02/10/2007

 

 

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Jetée

 

Jetée

 

ile bretonne

Vestige inattendu d’un archipel ancien,

Fil perdu entouré du récit cordial mien,

Conversations noyées, surface huile et plomb.

Ile a fond, cherche en vain la verticalité.

 

Salé l’océan s’alarme…  les corps alités !

Douce main posée n’apaise les sanglots longs

Que violon tant sut porter : notes encrées.

Dans leur sillon de bave les cargos amarrés

Lèvent l’ancre qui dans chaque corps s’enfonçait,

Tirent la chaîne pour ailleurs aller s’échouer.

D’une fausse indifférence, miment de jouer

En chemin, refusant une fin annoncée.

 

Dans l’abysse, la ligne de sang des mots dessine

Qu’éclairent les cinq branches de l’étoile de mer.

Incandescent, l’indécent message fascine :

« Je t’adore Ange Bleu sous l’île bretonne amère. »

 

                            Veronika le 30/09/2007

 

 

 

 

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