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Le Monde: "rebond" du PCF aux élections municipales contesté en son sein

 

le Monde


http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/03/29/le-rebond-du-pcf-aux-elections-municipales-conteste-en-son-sein_1028755_0.html

 

 

Le "rebond" du PCF aux élections municipales contesté en son sein

LE MONDE | 29.03.08 | 13h47  •  Mis à jour le 29.03.08 | 15h54

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Après le soulagement affiché au lendemain des élections municipales des 9 et 16 mars, le climat est en train de changer au Parti communiste français. L'analyse détaillée des résultats montre en effet que, malgré le gain de quelques villes, le déclin électoral n'a pas été enrayé.

La direction s'en félicitait le 16 mars au soir, "le PCF est la troisième force politique du pays". Pour la secrétaire générale, Marie-George Buffet, l'occasion était trop belle de faire oublier son score à l'élection présidentielle de 2007 - 1,93 % - et de redorer son bilan à la tête du parti avant le congrès prévu en décembre. "Au final, ces élections sont un bon cru", entend-elle réaffirmer lors du conseil national, qui se réunit samedi 29 et dimanche 30 mars.


 Si l'on en croit ses détracteurs, le bilan est moins rose. Ils font valoir que le PCF dirige dix villes de plus de 3 500 habitants en moins. Une étude menée par le refondateur communiste Roger Martelli*, qui a décortiqué les scores des candidats dans les villes de plus de 3 500 habitants, démontre que le parti n'a pas réussi à interrompre la tendance à la baisse électorale amorcée en 1978.

Le PCF dirigeait 190 villes en 2001 ; il ne lui en reste que 180. Le gain affiché de Dieppe (Seine-Maritime) et Vierzon (Cher) ne compense pas la perte de grosses villes comme Calais, Montreuil, Aubervilliers et le 8e secteur de Marseille, insiste M. Martelli : "Après la déconvenue de la présidentielle et le nouveau recul aux législatives, le résultat des municipales a été considéré comme inespéré par les militants. Le recul est moindre qu'en 2001 mais il n'est pas enrayé."

"SPÉCIEUX"

Le constat est le même sur les cantonales : le parti a perdu dix conseillers généraux, passant de 128 à 118 sièges, et un point en voix. "Là non plus, le déclin n'est pas interrompu", conclut la note. L'analyse est partagée par les amis de Robert Hue. "Affirmer, comme le fait la direction, qu'on résiste bien alors que les résultats sont à la baisse, c'est vraiment spécieux !", estime Dominique Grador, membre de la direction.

Ces critiques n'empêchent pas les proches de Mme Buffet de vouloir "rebondir". Dans un projet de texte, l'exécutif assure que le parti sort du scrutin avec une "crédibilité confortée". Mais il sent bien que cette "crédibilité" est encore lointaine au niveau national.

Dès lors, l'urgence est de rendre le PCF plus convaincant dans son rôle à gauche : la direction propose que le congrès de décembre s'attelle à élaborer un "nouveau projet politique de changement". Quant à l'avenir du parti lui-même, le texte évite d'aborder le sujet.

Sylvia Zappi

Article paru dans l'édition du 30.03.08.

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L’article en question dans ce blog :

Rubrique :

Analyse résultats Municipales,

Titre :

Roger Martelli: analyse des résultats du PCF aux Municipales et cantonales

 

 

 

 

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Réaction de R. Martelli au licenciement de C. Picquet

 

 

Licenciement de Christian Picquet : un mauvais signe*

Par Roger Martelli, historien

 Le 30/03/2008

La direction de la LCR vient de décider d'écarter Christian Picquet de ses fonctions de permanent. Il les exerçait depuis 28 ans, et notamment dans les années 1990 de vache maigre de la Ligue, quand ses effectifs ne dépassaient pas les 600 adhérents. Il se trouve que j'ai justement rencontré Christian au début de ces années-là, dans plusieurs initiatives qui, déjà, réfléchissaient à ce que pouvait être une dynamique franchement à gauche, sortant la gauche de son engluement « réaliste ». Christian a fait alors partie de ceux qui m'ont fait comprendre, à moi qui avait si longtemps « bouffé » du gauchiste et du trotskyste, qu'il n'y avait pas que des nostalgiques de Petrograd et de la Sierra Madre dans la famille trotskyste et qu’une muraille de Chine (pardonnez la comparaison…) ne séparait pas nécessairement les héritiers déchirés du bolchevisme d’hier.

Qu’il soit aujourd’hui licencié est un vilain geste et un mauvais signe. Un vilain geste, dans un univers politique partisan dont j’ai toujours apprécié, peut-être par comparaison avec le mien, qu’il pouvait combiner l'extrême franchise du débat interne et le respect absolu des différences. Un mauvais signe, dans un moment bien particulier de l’histoire politique française. Après une quinzaine d’années de remontée de la critique sociale (depuis 1993-1995), la période 2004-2006 avait ouvert l’espoir que, enfin, la conjonction des forces transformatrices allait briser le déséquilibre dangereux qui pénalisait la gauche depuis le début des années 1980. L’échec de la candidature antilibérale avait déçu cette espérance ; les récentes élections municipales et cantonales ont porté ce déséquilibre à un point jamais atteint. Dans ce moment de montée du bipartisme, certains se sentent en état d’incarner la « vraie » gauche : soit parce qu’ils se définissent comme le « troisième parti de France », soit parce qu’ils estiment pouvoir, autour d’eux, rassembler tous les anticapitalistes.

Du côté de ces ambitions, il ne faudrait pas que l’on donne aujourd’hui le signe d’une fin de partie. Après une phase à la fois créatrice et brouillonne de « mouvement » qui, d’altermondialisme en collectifs antilibéraux, a vu émerger des forces nouvelles plus ou moins en marge du circuit partisan, il ne serait pas bon que l’on laisse entendre qu’il n’est plus temps de jouer, que la main doit revenir aux organisations bien structurées, parlant d’une seule voix. Après la floraison des démarches citoyennes et de « l’autre façon de faire de la politique », le retour à l’ordre des appareils ?

La mise à l’écart de Christian Picquet peut s’interpréter comme l’indice d’une époque où, chacun à gauche du PS campant sur ses prétentions, la seule question qui vaudrait d’être posée serait de savoir qui va regrouper autour de lui le plus grand nombre de forces inorganisées. Bras de fer dérisoire des « petits » entre eux, pendant que le « grand » continue tranquillement son bonhomme de chemin, n’hésitant pas, lui, à valoriser ses conflits internes pour laisser entendre qu’il peut, à lui seul, rassembler toutes les sensibilités de la gauche.

Je suis solidaire de Christian Picquet. Par amitié d’abord, mais aussi par raison politique.

Roger Martelli

* Voir l’article : « Bilan du courant UNIR de la LCR »

Dans la rubrique "Pour une alternative au capitalisme"

 

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se libérer

 

"La vraie valeur d'un homme se détermine en examinant dans quelle mesure et dans quel sens il est parvenu à se libérer du moi"

 

Albert Einstein

 

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Pour une gauche digne de ce nom

 

   
Le Monde

 

http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0,50-1028457,0.html

Point de vue

Pour une gauche digne de ce nom

LE MONDE | 28.03.08 | 13h53



  Nicolas Sarkozy et son parti viennent d'être lourdement sanctionnés aux élections municipales et cantonales. Celles et ceux qui, voilà moins d'un an, s'étaient laissé abuser par le populisme et les promesses du futur président le désavouent. Sur fond d'inégalités croissantes et d'étalage indécent des privilèges d'une infime minorité, une crise de confiance s'ouvre entre le pays et ses gouvernants. Un clash politique et une confrontation sociale majeure se profilent.

On attendrait d'une gauche digne de ce nom qu'elle se hisse à la hauteur de l'enjeu. Que, forte de cette victoire, elle marque immédiatement sa solidarité avec les mobilisations en cours contre les licenciements et pour les salaires. Qu'elle s'inscrive dès à présent dans les affrontements que vont provoquer les projets du gouvernement. Qu'elle oppose d'autres choix globaux à la politique du pouvoir. Nous en sommes loin.

Les principaux responsables du Parti socialiste exhortent le chef de d'Etat à une simple "correction" de son action. En perspective de leur prochain congrès, ils en appellent à une "modernisation" s'inspirant des projets de MM. Blair ou Prodi, dont les renoncements calamiteux ont pourtant produit les désastres sociaux que l'on sait. Pour ces municipales, emportés par une dérive ininterrompue depuis deux décennies, ils ont surtout songé à se tourner vers le MoDem.

Le verdict des urnes a pourtant démontré, et avec quel éclat, que le choix des classes populaires - non celui des amis de François Bayrou, avec leurs alliances à géométrie variable - était essentiel pour réunir les conditions d'un changement radical. Rue de Solférino, on devrait pourtant se souvenir de l'expérience calamiteuse du printemps 2007 : les victoires décisives sur la droite dépendent non de l'accumulation de succès électoraux partiels (comme aux régionales de 2004) ou d'ouvertures réitérées au centre, mais de la capacité à proposer une perspective mobilisatrice.

Là réside l'origine du marasme à gauche. A tant vouloir accompagner le modèle libéral, à refuser d'affronter les orientations économiques et sociales d'un capitalisme synonyme de crises boursières paroxystiques et de dévastations humaines sans limites, le social-libéralisme ne délivre pas de signe d'espoir à celles et ceux qui, comme à l'automne 2007, défendent le droit à la retraite, l'augmentation des salaires, les services publics, les droits des "sans", l'environnement.

Et c'est, en retour, la vacuité de son opposition qui autorise M. Sarkozy à ne vouloir tenir aucun compte de la raclée qu'il vient de subir. Incroyable paradoxe ! Bien que de nouveau minoritaire, la droite est résolue comme jamais à détruire une à une les principales conquêtes populaires de ces soixante dernières années, à remettre en question des principes républicains aussi fondamentaux que l'égalité ou la laïcité. Elle entend même rendre sa politique irréversible en quelques mois.

Au moment où la question sociale revient au premier plan, l'attente grandit d'une politique qui y réponde réellement. L'aspiration se fait plus profonde à une gauche qui refuse de considérer le capitalisme comme un horizon indépassable et s'emploie à bouleverser la donne politique. L'espace qu'a révélé l'émergence de Die Linke en Allemagne existe également dans notre pays. Ainsi, aux municipales, dans la plupart des communes où furent présentes des listes défendant des propositions vraiment à gauche et refusant l'accompagnement du libéralisme, elles auront réalisé des percées prometteuses.

Et plus elles auront réuni en leur sein de traditions et de forces diverses, plus leurs poussées auront été significatives... Une tendance dont auront également bénéficié les listes initiées par des municipalités communistes lorsqu'elles devaient faire face aux appétits du PS et de ses alliés. N'est-ce pas le signe que des dizaines de milliers d'hommes et de femmes veulent faire du neuf à gauche, que le rassemblement des énergies transformatrices est gage de crédibilité et de succès ?

Venant d'horizons et de cultures différents, nous voulons plus que jamais contribuer au débat sur la reconstruction d'une gauche du XXIe siècle.

Si elle veut échapper à la bipolarisation croissante de l'espace public, celle-ci ne saurait ni consentir à la satellisation par le social-libéralisme, au risque de signer son irréversible impuissance à faire émerger une authentique alternative, ni se résigner à la défense de pétitions de principe, qui ne permettent jamais de changer le cours des choses.

C'est d'une gauche de gauche que nous avons besoin. Qui réponde par l'exigence de justice et l'intérêt général au pouvoir occulte des marchés. Qui donne la priorité à la satisfaction des besoins populaires et à la redistribution des richesses. Qui porte l'objectif d'un mode de développement respectueux des grands équilibres écologiques et se montre soucieuse de protéger la diversité culturelle. Qui place la souveraineté du peuple au coeur de son projet. Qui affiche l'ambition de s'appuyer sur les mobilisations du plus grand nombre pour donner de nouveau majoritairement le ton à gauche. Qui devienne une véritable force et crée les conditions d'un gouvernement rompant enfin avec les logiques libérales...

Bien sûr, les choses ne sont pas simples. Le "non" de gauche au traité constitutionnel européen n'a pu se traduire en une candidature commune à la présidentielle. La tendance se fait aujourd'hui forte, au nom des succès électoraux partiels que viennent d'enregistrer les formations de la gauche de transformation, à se réfugier dans le statu quo. Ce serait, à terme, un choix mortifère.

La renaissance d'un espoir ne peut davantage procéder d'une addition de partis que d'un rassemblement autour d'un seul d'entre eux. Militants politiques, acteurs sociaux et culturels, écologistes, féministes, altermondialistes, nous sommes ensemble dans tous les combats sociaux. Nous venons encore de mener en commun la bataille contre le coup de force présidentiel sur le traité de Lisbonne.

Retrouvons-nous donc, du plan local à l'échelon national, sans préalable sur ce que peuvent être par ailleurs les engagements des uns ou des autres. Ouvrons largement nos échanges pour conduire une réflexion commune et pluraliste sur les réponses politiques qu'appelle en urgence la violence des attaques de la droite et du Medef. Portons conjointement ces réponses, dans le débat public comme dans les rendez-vous politiques et sociaux des prochains mois. Et de la sanction, nous passerons à l'alternative...


Eric Coquerel, président du Mouvement pour une alternative républicaine et sociale (MARS) ;

Claude Debons, ancien responsable syndical ;

Marc Dolez, député socialiste, Force militante ;

François Labroille, élu régional Ile-de-France, Alternative citoyenne ;

Roger Martelli, historien, PCF ;

Christian Picquet, animateur du courant Unir de la Ligue communiste révolutionnaire.

 

Article paru dans l'édition du 29.03.08

 

 

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Bilan du courant UNIR de la LCR

 

À propos d’un licenciement politique à la LCR

http://www.unir.asso.fr/2008/03/27/a-propos-d%E2%80%99un-licenciement-politique-a-la-lcr/

 

Unir 27 mars 2008

Dans son édition datée du 28 mars, Le Monde  vient de rendre publique la situation dans laquelle se retrouve le courant Unir de la LCR à la suite de la réunion des 15 et 16 mars de la direction nationale de la LCR. Notre camarade Christian Picquet s’y est effectivement vu immédiatement « dépermanentisé ». Dit autrement, il y a été procédé à son licenciement politique…

Résumons les faits. Le courant Unir de la LCR (plate-forme B du dernier congrès de l’organisation) agit depuis des années en faveur du rassemblement de toutes les composantes de la gauche antilibérale et anticapitaliste, dans la perspective d’une nouvelle force politique, un nouveau parti anticapitaliste, large, pluraliste. C’est au nom de cet objectif qu’il n’avait pas accepté, en septembre 2006, que la majorité de direction de la LCR n’ait pas appliqué le mandat que lui avaient donné les militants de l’organisation, celui de tout mettre en œuvre « pour aboutir » à une candidature unitaire à la présidentielle de 2007, en s’appuyant sur la dynamique qui avait caractérisé la campagne du « non » de gauche au traité constitutionnel européen. C’est aussi en vertu de la même démarche qu’au XVII° Congrès de la Ligue, le courant Unir s’était opposé à la volonté de la majorité de réduire désormais sa visée stratégique à la construction d’un « nouveau parti anticapitaliste » autour d’une LCR qui en serait l’unique composante nationale.

On le sait, lors de ce congrès, nous avons été minoritaires. Nous en avons pris acte, tout en relevant que les divergences apparues ces deux dernières années n’avaient nullement été surmontées. À nos yeux, le cours désormais suivi est de nature à mettre en cause le projet stratégique qui était jusqu’alors celui de la LCR, un parti large et pluraliste conçu comme une nouvelle représentation politique pour le monde du travail. C’est ce qui a motivé notre maintien en tendance publique de la LCR (dénommée courant Unir).

Parce que nous sommes militants de la LCR et que nous participons à toutes ses instances et activités, mais aussi parce que la crise ouverte à propos de la candidature unitaire a été tranchée par le congrès, nous avons souhaité discuter avec nos camarades majoritaires de la nécessaire gestion commune de la nouvelle situation. Notre souci était double : voir garanti le droit, reconnu par les statuts de la Ligue, à un fonctionnement en tendance publique ; faire en sorte d’apaiser au maximum les tensions, afin que les divergences maintenues n’hypothèquent pas l’échange collectif et que soit restauré un travail en commun au sein des instances de l’organisation. C’est dans cette optique que nous avons fait les propositions suivantes à la DN : une tribune hebdomadaire dans Rouge ; un budget pour les activités de la tendance publique ; un temps de permanent pour le fonctionnement de la tendance, couplé avec un demi-temps pour les activités de l’organisation dans le cadre de la direction centrale de l’organisation. Notre proposition était, dans ce cadre, que Christian Picquet occupe ce demi-temps, notamment pour poursuivre le travail dans lequel il s’est largement investi depuis des années en animant la rédaction de Rouge, couplé avec un autre demi-temps pour le courant Unir.

Cette proposition a été refusée. Dans une motion significativement intitulée « Motion PFB », il était stipulé que, si la DN acceptait de rémunérer « un poste de demi-permanent au titre de « Unir » », elle rejetait « la proposition faite par la PFB de permanentiser Christian Picquet au titre du secrétariat du bureau politique. Il n’est donc plus permanent de la LCR. Évidemment cette décision prend effet dès le lendemain de la DN ». La majorité de direction justifiait cette décision par le fait que l’existence d’Unir comme courant public était un « mauvais signe » au moment où la LCR connaissait des succès, notamment électoraux. Une argumentation reprise, avec des accents de procureur, par Pierre-François Grond dans Le Monde : « Les moyens de l’orga doivent être mis à la disposition de ceux qui appliquent la ligne majoritaire. Il faut que la minorité assume son centre de gravité à l’extérieur de l’organisation. » Dans le même sens, au milieu de l’an passé, le même Pierre-François Grond avait signifié officiellement à notre camarade l’interdiction de représenter l’organisation dans quelque initiative que ce soit.

La volonté d’éliminer politiquement le principal courant minoritaire de la Ligue est ici évidente. La décision de la DN est sans précédent depuis au moins 25 ans : ainsi, dans les années 1990, la tendance R !, à laquelle participait Olivier Besancenot, avec quatre fois moins de voix que n’en a obtenu cette année le courant Unir, disposait d’un permanent sur les quatre qui animaient alors la direction centrale de la Ligue. Plus profondément, elle représente un coup porté à la démocratie et au pluralisme intérieurs, qui faisait jusqu’alors le rayonnement de la LCR au sein de la gauche.

Mais outre que cette décision va profondément altérer l’image de l’organisation qui est la nôtre, elle éclaire d’une manière inquiétante le processus censé conduire à la proclamation du « nouveau parti anticapitaliste. À la même direction nationale, nos camarades ont ainsi décidé de rendre celui-ci « irréversible », en favorisant dès aujourd’hui la dissolution des instances de base de la LCR dans les comités d’initiative pour le nouveau parti. Le risque est bien, ce faisant, et avant même qu’un congrès puisse se prononcer souverainement, de dessaisir les militants de tout contrôle sur ce qui doit amener prochainement à la dissolution de leur organisation. Faut-il voir ici la raison pour laquelle on balaie sans scrupules l’engagement de militants, parfois engagés depuis 30 ou 40 ans dans la LCR, au motif que leurs orientations sont minoritaires et qu’ils entendent seulement poursuivre leur bataille de conviction sous la forme d’une tendance publique, dans les conditions prévues par les statuts de leur organisation ? Il y a quelque raison de le craindre…

Quoi qu’il en soit, cet épisode d’un autre âge concerne bien au-delà des rangs de la LCR. Les reconstructions politiques nécessaires pour l’avenir ne pourront s’affranchir du respect scrupuleux des opinions divergentes, des droits démocratiques des minorités, du pluralisme interne et externe des organisations. La direction majoritaire de la LCR doit se l’entendre dire de toutes parts…

La Direction du courant Unir de la LCR

Vous trouverez ci-dessous l’article du Monde

La direction de la LCR licencie son principal opposant

LE MONDE Article paru dans l’édition du 28.03.08

La direction nationale de la LCR ne supporte plus les critiques trop fortes de ses opposants. Lors de sa dernière réunion plénière, les 13 et 14 mars, elle a décidé de “dépermanentiser” son principal opposant, Christian Picquet. En clair, de le licencier après vingt-huit ans de service.

Prenant “acte” de la volonté du courant de M. Picquet (Unir) de se maintenir en tendance publique, c’est-à-dire avec son expression propre, le texte sanctionnant le dissident explique qu’il “n’est plus permanent de la LCR” et que cette “décision politique” prend effet immédiatement. La direction estime que le maintien en courant décidé par les amis de M. Picquet, au moment où la LCR lance son projet de “nouveau parti anticapitaliste”, est un “mauvais signe”. “Il y a un problème de clarification politique. On ne peut plus travailler ensemble”, justifie Pierre-François Grond, membre du bureau politique.

Depuis mai 2006, à l’occasion d’un appel en faveur d’une candidature unitaire antilibérale à l’élection présidentielle, que Christian Picquet avait signé contre l’avis de la majorité de la LCR, les militants de la minorité n’ont pas caché leurs préférences : critiques publiques de la candidature “en solo” d’Olivier Besancenot, participation aux meetings des antilibéraux ou encore, au soir du premier tour des législatives, communiqué appelant à voter à gauche contre l’avis de leur parti. La direction avait pris une première mesure, début 2007, en interdisant à M. Picquet de représenter la LCR dans les réunions avec d’autres organisations. Elle lui reproche aujourd’hui de ne “plus assumer ses responsabilités de direction”.

Pour la minorité, la mesure prise contre son dirigeant relève d’un “licenciement politique”. “On cherche à se débarrasser d’un courant critique alors que de nombreux militants se posent des questions”, explique M. Picquet. “Le pluralisme dans le nouveau parti, c’est mal barré. Certains ont même voté la sanction le poing levé”, assure Alain Faradji. “C’est douloureux car le statut de Picquet, c’est aussi un symbole”, lâche Francis Sitel, un de ses proches.

M. Picquet est en effet une des figures de la LCR, principal porte-parole de la minorité mais aussi un des piliers de Rouge. Entré en 1968 à la “Ligue”, il est de ceux qui ont “tenu” l’organisation lors des années de vache maigre. “Faut pas en faire un drame, on lui trouvera quelque chose”, assure Alain Krivine, qui ajoute : “Prétendre qu’il y a de la répression politique à la Ligue, ça fera rigoler !”

“Personne n’est permanent à vie”, tranche M. Grond. “Les moyens de l’orga doivent être mis à la disposition de ceux qui appliquent la ligne majoritaire. Il faut que la minorité assume son centre de gravité à l’extérieur de la LCR.” Une manière de pousser dehors des opposants qui jurent, eux, qu’il n’est “pas question de déserter”.

Sylvia Zappi

 


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Roger Martelli: analyse des résultats du PCF aux Municipales et cantonales

 

 

Roger Martelli

Note sur les élections de mars 2008 et les résultats du PCF

(Version 2)

Cette note est faite à partir des éléments disponibles le 24 mars 2008, en l’absence de synthèses détaillées du ministère de l’Intérieur. Elle s’attache à l’analyse des municipales, puis des cantonales, pour se terminer par quelques réflexions générales.

I. Les municipales

1. L’abstention record

Alors que la présidentielle de 2007 avait été marquée par un record de participation, les municipales de mars 2008 ont enregistré un nouveau record d’abstention.

 

1er tour

2ème tour

1965

21,8

29,2

1971

24,8

26,4

1977

21,2

22,4

1983

21,6

20,3

1989

26,9

26,9

1995

32,0

32,0

2001

29,9

30,8

2008

33,5

34,5

 

L’abstention est d’autant plus forte que la commune est plus peuplée (son taux est de 39,5 % dans les communes de plus de 3 500 habitants contre 24,5 % dans les autres). Dans les villes dirigées par le PCF, elle est nettement plus élevée (46,2 %), au-dessus même de 50 % dans 15 villes (sur 32 villes de plus de 3500 habitants dans ce cas), pour la plupart dans la Région parisienne.

2. La poussée de la gauche

La démobilisation civique a desservi la droite plus que la gauche. Les municipales de mars 2008 ont été les plus favorables à la gauche depuis 1977. Elles sont les premières, depuis 1995, à se dérouler alors que la droite détient l’ensemble des pouvoirs exécutifs nationaux, concentrant sur elle tous les mécontentements. Elles sont l’équivalent, pour la gauche, de ce qu’avaient été les élections de 1983 pour la droite.

Le rapport des forces droite-gauche aux municipales (villes de plus de 3500 habitants)

 

 

Gauche

Droite

 

1983

1er tour

45,4

53,6

 

2ème tour

47,2

52,7

 

1989

1er tour

47,4

51,2

 

2ème tour

45,9

51,6

 

1995

1er tour

44,3

53,6

 

2ème tour

41,6

57,3

 

2001

1er tour

47,0

52,2

 

2ème tour

45,8

52,0

 

2008

1er tour

47,4

49,2

45,4 *

2ème tour

49,5

49,9

47,8 *

* Droite sans le Modem

Pour la droite française, moins un an après son triomphe de 2008, c’est le plus mauvais résultat depuis trente ans.

Quel est le rapport des forces internes à chaque grand regroupement à l’issue du premier tour ?

Villes de plus de 3500 habitants (1)

 

Voix

% exprimés

PCF

772 606

5,1

PS

4 222 711

28,1

Divers gauche

1 647 288

11,0

Verts

217 734

1,4

Extrême gauche

262 416

1,7

Centre-Modem

848 895

5,7

UMP

3 743 060

24,9

Divers droite

2 903 907

19,3

Extrême droite

166 967

1,1

Divers

147 467

1,0

Total gauche

7 122 755

47,4

Total droite (avec Modem)

7 384 798

49,2

Total droite (sans Modem)

6 813 934

45,4

(1) On totalise le pourcentage des listes où une sensibilité est en position dirigeante, seule ou en situation d’alliance

3. La victoire du PS

Le Parti socialiste est le grand bénéficiaire de cette élection. Il regroupe quelque 28 % des suffrages exprimés sur les listes qu’il conduisait, seul ou en alliance. Il avait perdu 42 villes de plus de 20 000 habitants en 2001 ; il en gagne 55 cette fois-ci. En 2001, les victoires de Paris et de Lyon étaient apparues comme à contre-courant de la « vague bleue ». Cette fois, la conquête des plus grandes villes (sauf Marseille et Bordeaux), cohérente avec les scores de Ségolène Royal en 2007, se complète d’une implantation accrue dans les villes grandes et moyennes. Dans la « petite couronne », le PS ne réussit sans doute pas la grande percée qu’il escomptait, au détriment de son ex-allié communiste de la « gauche plurielle », mais il marque des points non négligeables (outre Aubervilliers et Pierrefitte, Argenteuil, Poissy, Colombes, Asnières, Noisy-le-Sec, Aulnay).

4. Les résultats satisfaisants de l’extrême gauche

Les Verts ne réalisent pas (en dehors de Dominique Voynet à Montreuil) l’excellente prestation qui fut la leur aux municipales de 1989 (où ils avaient obtenu 4,5 % des suffrages exprimés dans les villes de plus de 30 000 habitants). Dans une moindre mesure, en 2008, c’est l’extrême gauche qui tire les marrons du feu.

L’analyse globale, de ce côté-là, est malaisée, les statistiques officielles mêlant, dans la rubrique « extrême gauche », des cas de figure très variés. On y trouve des villes où de véritables rassemblements à la gauche du PS ont pu se constituer, incluant le PCF, comme à Allauch (18,9%), Mantes-la-Ville (17,5%), Gap (11,7%) ou Cavaillon (11,2%). On y trouve aussi des listes dirigées par LO ou la LCR et, de façon marginale, quelques collectifs séparés, comme à Paris.

Les globalisations donnent les résultats suivants (le tableau ci-après donne, pour chaque regroupement, le nombre de villes où des listes étaient présentes, le pourcentage réalisé sur ces villes, le pourcentage national et les commues de plus de 3 500 habitants où le pourcentage est supérieur à 10 %)

LO

EXG

LCR

Nombre de villes

71

Nombre de villes

158

Nombre de villes

73

Total %

3,1

Total %

3,6

Total %

4,4

Total national

0,3

Total national

0,8

Total national

0,6

Au-dessus de 10 %

QUETIGNY

11,6

CHANCEAUX-SUR-CHOISILLE

20,1

AUREILHAN

17,6

ENSISHEIM

11,4

CLAMECY

19,5

QUIMPERLE

15,3

FERRIERE-LA-GDE

11,1

ALLAUCH

18,9

CLERMONT-FERRAND

13,8

 

 

ECKBOLSHEIM

18,6

MONSEMPRON

12,0

 

 

MANTES-LA-VILLE

17,5

LORMONT

10,4

 

 

SOTTEVILLE-LES-ROUEN

14,6

 

 

 

 

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