À propos d’un licenciement politique à la LCR
http://www.unir.asso.fr/2008/03/27/a-propos-d%E2%80%99un-licenciement-politique-a-la-lcr/
Unir 27 mars 2008
Dans son
édition datée du 28 mars, Le
Monde vient de rendre publique la situation dans laquelle se
retrouve le courant Unir de la LCR à la suite de la réunion des 15 et 16 mars
de la direction nationale de la LCR. Notre camarade Christian Picquet s’y est
effectivement vu immédiatement « dépermanentisé ». Dit autrement, il y a été
procédé à son licenciement politique…
Résumons les faits. Le courant Unir de la LCR
(plate-forme B du dernier congrès de l’organisation) agit depuis des années en
faveur du rassemblement de toutes les composantes de la gauche antilibérale et
anticapitaliste, dans la perspective d’une nouvelle force politique, un nouveau
parti anticapitaliste, large, pluraliste. C’est au nom de cet objectif qu’il
n’avait pas accepté, en septembre 2006, que la majorité de direction de la LCR
n’ait pas appliqué le mandat que lui avaient donné les militants de
l’organisation, celui de tout mettre en œuvre « pour aboutir » à une candidature
unitaire à la présidentielle de 2007, en s’appuyant sur la dynamique qui avait
caractérisé la campagne du « non » de gauche au traité constitutionnel
européen. C’est aussi en vertu de la même démarche qu’au XVII° Congrès de la
Ligue, le courant Unir s’était opposé à la volonté de la majorité de réduire
désormais sa visée stratégique à la construction d’un « nouveau parti
anticapitaliste » autour d’une LCR qui en serait l’unique composante nationale.
On le sait, lors de ce congrès, nous avons été
minoritaires. Nous en avons pris acte, tout en relevant que les divergences
apparues ces deux dernières années n’avaient nullement été surmontées. À nos
yeux, le cours désormais suivi est de nature à mettre en cause le projet
stratégique qui était jusqu’alors celui de la LCR, un parti large et pluraliste
conçu comme une nouvelle représentation politique pour le monde du travail.
C’est ce qui a motivé notre maintien en tendance publique de la LCR (dénommée
courant Unir).
Parce que nous sommes militants de la LCR et que
nous participons à toutes ses instances et activités, mais aussi parce que la
crise ouverte à propos de la candidature unitaire a été tranchée par le
congrès, nous avons souhaité discuter avec nos camarades majoritaires de la
nécessaire gestion commune de la nouvelle situation. Notre souci était double :
voir garanti le droit, reconnu par les statuts de la Ligue, à un fonctionnement
en tendance publique ; faire en sorte d’apaiser au maximum les tensions, afin
que les divergences maintenues n’hypothèquent pas l’échange collectif et que
soit restauré un travail en commun au sein des instances de l’organisation.
C’est dans cette optique que nous avons fait les propositions suivantes à la DN
: une tribune hebdomadaire dans Rouge
; un budget pour les activités de la tendance publique ; un temps de permanent
pour le fonctionnement de la tendance, couplé avec un demi-temps pour les
activités de l’organisation dans le cadre de la direction centrale de
l’organisation. Notre proposition était, dans ce cadre, que Christian Picquet
occupe ce demi-temps, notamment pour poursuivre le travail dans lequel il s’est
largement investi depuis des années en animant la rédaction de Rouge, couplé avec un autre demi-temps
pour le courant Unir.
Cette proposition a été refusée. Dans une motion
significativement intitulée « Motion PFB », il était stipulé que, si la DN
acceptait de rémunérer « un poste de
demi-permanent au titre de « Unir » », elle rejetait « la proposition faite par la PFB de permanentiser
Christian Picquet au titre du secrétariat du bureau politique. Il n’est donc
plus permanent de la LCR. Évidemment cette décision prend effet dès le
lendemain de la DN ». La majorité de direction justifiait cette
décision par le fait que l’existence d’Unir comme courant public était un «
mauvais signe » au moment où la LCR connaissait des succès, notamment
électoraux. Une argumentation reprise, avec des accents de procureur, par
Pierre-François Grond dans Le Monde :
« Les moyens de l’orga doivent être mis à
la disposition de ceux qui appliquent la ligne majoritaire. Il faut que la
minorité assume son centre de gravité à l’extérieur de l’organisation. » Dans
le même sens, au milieu de l’an passé, le même Pierre-François Grond avait
signifié officiellement à notre camarade l’interdiction de représenter
l’organisation dans quelque initiative que ce soit.
La volonté d’éliminer politiquement le principal
courant minoritaire de la Ligue est ici évidente. La décision de la DN est sans
précédent depuis au moins 25 ans : ainsi, dans les années 1990, la tendance R
!, à laquelle participait Olivier Besancenot, avec quatre fois moins de voix
que n’en a obtenu cette année le courant Unir, disposait d’un permanent sur les
quatre qui animaient alors la direction centrale de la Ligue. Plus profondément,
elle représente un coup porté à la démocratie et au pluralisme intérieurs, qui
faisait jusqu’alors le rayonnement de la LCR au sein de la gauche.
Mais outre que cette décision va profondément
altérer l’image de l’organisation qui est la nôtre, elle éclaire d’une manière
inquiétante le processus censé conduire à la proclamation du « nouveau parti
anticapitaliste. À la même direction nationale, nos camarades ont ainsi décidé
de rendre celui-ci « irréversible », en favorisant dès aujourd’hui la dissolution
des instances de base de la LCR dans les comités d’initiative pour le nouveau
parti. Le risque est bien, ce faisant, et avant même qu’un congrès puisse se
prononcer souverainement, de dessaisir les militants de tout contrôle sur ce
qui doit amener prochainement à la dissolution de leur organisation. Faut-il
voir ici la raison pour laquelle on balaie sans scrupules l’engagement de
militants, parfois engagés depuis 30 ou 40 ans dans la LCR, au motif que leurs
orientations sont minoritaires et qu’ils entendent seulement poursuivre leur
bataille de conviction sous la forme d’une tendance publique, dans les
conditions prévues par les statuts de leur organisation ? Il y a quelque raison
de le craindre…
Quoi qu’il en soit, cet
épisode d’un autre âge concerne bien au-delà des rangs de la LCR. Les
reconstructions politiques nécessaires pour l’avenir ne pourront s’affranchir
du respect scrupuleux des opinions divergentes, des droits démocratiques des
minorités, du pluralisme interne et externe des organisations. La direction
majoritaire de la LCR doit se l’entendre dire de toutes parts…
La Direction du courant
Unir de la LCR
Vous trouverez ci-dessous l’article du
Monde
La direction de la LCR licencie son
principal opposant
LE MONDE Article paru dans l’édition du 28.03.08
La direction nationale de la LCR ne supporte
plus les critiques trop fortes de ses opposants. Lors de sa dernière réunion
plénière, les 13 et 14 mars, elle a décidé de “dépermanentiser” son principal
opposant, Christian Picquet. En clair, de le licencier après vingt-huit ans de
service.
Prenant “acte” de la volonté du courant de M.
Picquet (Unir) de se maintenir en tendance publique, c’est-à-dire avec son
expression propre, le texte sanctionnant le dissident explique qu’il “n’est
plus permanent de la LCR” et que cette “décision politique” prend effet
immédiatement. La direction estime que le maintien en courant décidé par les
amis de M. Picquet, au moment où la LCR lance son projet de “nouveau parti
anticapitaliste”, est un “mauvais signe”. “Il y a un problème de clarification
politique. On ne peut plus travailler ensemble”, justifie Pierre-François
Grond, membre du bureau politique.
Depuis mai 2006, à l’occasion d’un appel en
faveur d’une candidature unitaire antilibérale à l’élection présidentielle, que
Christian Picquet avait signé contre l’avis de la majorité de la LCR, les
militants de la minorité n’ont pas caché leurs préférences : critiques
publiques de la candidature “en solo” d’Olivier Besancenot, participation aux
meetings des antilibéraux ou encore, au soir du premier tour des législatives,
communiqué appelant à voter à gauche contre l’avis de leur parti. La direction
avait pris une première mesure, début 2007, en interdisant à M. Picquet de
représenter la LCR dans les réunions avec d’autres organisations. Elle lui
reproche aujourd’hui de ne “plus assumer ses responsabilités de direction”.
Pour la minorité, la mesure prise contre son
dirigeant relève d’un “licenciement politique”. “On cherche à se débarrasser
d’un courant critique alors que de nombreux militants se posent des questions”,
explique M. Picquet. “Le pluralisme dans le nouveau parti, c’est mal barré.
Certains ont même voté la sanction le poing levé”, assure Alain Faradji. “C’est
douloureux car le statut de Picquet, c’est aussi un symbole”, lâche Francis
Sitel, un de ses proches.
M. Picquet est en effet une des figures de la
LCR, principal porte-parole de la minorité mais aussi un des piliers de Rouge.
Entré en 1968 à la “Ligue”, il est de ceux qui ont “tenu” l’organisation lors
des années de vache maigre. “Faut pas en faire un drame, on lui trouvera
quelque chose”, assure Alain Krivine, qui ajoute : “Prétendre qu’il y a de la
répression politique à la Ligue, ça fera rigoler !”
“Personne n’est permanent à vie”, tranche M.
Grond. “Les moyens de l’orga doivent être mis à la disposition de ceux qui
appliquent la ligne majoritaire. Il faut que la minorité assume son centre de
gravité à l’extérieur de la LCR.” Une manière de pousser dehors des opposants
qui jurent, eux, qu’il n’est “pas question de déserter”.
Sylvia Zappi