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Roger Martelli: analyse des résultats du PCF aux Municipales et cantonales

 

 

Roger Martelli

Note sur les élections de mars 2008 et les résultats du PCF

(Version 2)

Cette note est faite à partir des éléments disponibles le 24 mars 2008, en l’absence de synthèses détaillées du ministère de l’Intérieur. Elle s’attache à l’analyse des municipales, puis des cantonales, pour se terminer par quelques réflexions générales.

I. Les municipales

1. L’abstention record

Alors que la présidentielle de 2007 avait été marquée par un record de participation, les municipales de mars 2008 ont enregistré un nouveau record d’abstention.

 

1er tour

2ème tour

1965

21,8

29,2

1971

24,8

26,4

1977

21,2

22,4

1983

21,6

20,3

1989

26,9

26,9

1995

32,0

32,0

2001

29,9

30,8

2008

33,5

34,5

 

L’abstention est d’autant plus forte que la commune est plus peuplée (son taux est de 39,5 % dans les communes de plus de 3 500 habitants contre 24,5 % dans les autres). Dans les villes dirigées par le PCF, elle est nettement plus élevée (46,2 %), au-dessus même de 50 % dans 15 villes (sur 32 villes de plus de 3500 habitants dans ce cas), pour la plupart dans la Région parisienne.

2. La poussée de la gauche

La démobilisation civique a desservi la droite plus que la gauche. Les municipales de mars 2008 ont été les plus favorables à la gauche depuis 1977. Elles sont les premières, depuis 1995, à se dérouler alors que la droite détient l’ensemble des pouvoirs exécutifs nationaux, concentrant sur elle tous les mécontentements. Elles sont l’équivalent, pour la gauche, de ce qu’avaient été les élections de 1983 pour la droite.

Le rapport des forces droite-gauche aux municipales (villes de plus de 3500 habitants)

 

 

Gauche

Droite

 

1983

1er tour

45,4

53,6

 

2ème tour

47,2

52,7

 

1989

1er tour

47,4

51,2

 

2ème tour

45,9

51,6

 

1995

1er tour

44,3

53,6

 

2ème tour

41,6

57,3

 

2001

1er tour

47,0

52,2

 

2ème tour

45,8

52,0

 

2008

1er tour

47,4

49,2

45,4 *

2ème tour

49,5

49,9

47,8 *

* Droite sans le Modem

Pour la droite française, moins un an après son triomphe de 2008, c’est le plus mauvais résultat depuis trente ans.

Quel est le rapport des forces internes à chaque grand regroupement à l’issue du premier tour ?

Villes de plus de 3500 habitants (1)

 

Voix

% exprimés

PCF

772 606

5,1

PS

4 222 711

28,1

Divers gauche

1 647 288

11,0

Verts

217 734

1,4

Extrême gauche

262 416

1,7

Centre-Modem

848 895

5,7

UMP

3 743 060

24,9

Divers droite

2 903 907

19,3

Extrême droite

166 967

1,1

Divers

147 467

1,0

Total gauche

7 122 755

47,4

Total droite (avec Modem)

7 384 798

49,2

Total droite (sans Modem)

6 813 934

45,4

(1) On totalise le pourcentage des listes où une sensibilité est en position dirigeante, seule ou en situation d’alliance

3. La victoire du PS

Le Parti socialiste est le grand bénéficiaire de cette élection. Il regroupe quelque 28 % des suffrages exprimés sur les listes qu’il conduisait, seul ou en alliance. Il avait perdu 42 villes de plus de 20 000 habitants en 2001 ; il en gagne 55 cette fois-ci. En 2001, les victoires de Paris et de Lyon étaient apparues comme à contre-courant de la « vague bleue ». Cette fois, la conquête des plus grandes villes (sauf Marseille et Bordeaux), cohérente avec les scores de Ségolène Royal en 2007, se complète d’une implantation accrue dans les villes grandes et moyennes. Dans la « petite couronne », le PS ne réussit sans doute pas la grande percée qu’il escomptait, au détriment de son ex-allié communiste de la « gauche plurielle », mais il marque des points non négligeables (outre Aubervilliers et Pierrefitte, Argenteuil, Poissy, Colombes, Asnières, Noisy-le-Sec, Aulnay).

4. Les résultats satisfaisants de l’extrême gauche

Les Verts ne réalisent pas (en dehors de Dominique Voynet à Montreuil) l’excellente prestation qui fut la leur aux municipales de 1989 (où ils avaient obtenu 4,5 % des suffrages exprimés dans les villes de plus de 30 000 habitants). Dans une moindre mesure, en 2008, c’est l’extrême gauche qui tire les marrons du feu.

L’analyse globale, de ce côté-là, est malaisée, les statistiques officielles mêlant, dans la rubrique « extrême gauche », des cas de figure très variés. On y trouve des villes où de véritables rassemblements à la gauche du PS ont pu se constituer, incluant le PCF, comme à Allauch (18,9%), Mantes-la-Ville (17,5%), Gap (11,7%) ou Cavaillon (11,2%). On y trouve aussi des listes dirigées par LO ou la LCR et, de façon marginale, quelques collectifs séparés, comme à Paris.

Les globalisations donnent les résultats suivants (le tableau ci-après donne, pour chaque regroupement, le nombre de villes où des listes étaient présentes, le pourcentage réalisé sur ces villes, le pourcentage national et les commues de plus de 3 500 habitants où le pourcentage est supérieur à 10 %)

LO

EXG

LCR

Nombre de villes

71

Nombre de villes

158

Nombre de villes

73

Total %

3,1

Total %

3,6

Total %

4,4

Total national

0,3

Total national

0,8

Total national

0,6

Au-dessus de 10 %

QUETIGNY

11,6

CHANCEAUX-SUR-CHOISILLE

20,1

AUREILHAN

17,6

ENSISHEIM

11,4

CLAMECY

19,5

QUIMPERLE

15,3

FERRIERE-LA-GDE

11,1

ALLAUCH

18,9

CLERMONT-FERRAND

13,8

 

 

ECKBOLSHEIM

18,6

MONSEMPRON

12,0

 

 

MANTES-LA-VILLE

17,5

LORMONT

10,4

 

 

SOTTEVILLE-LES-ROUEN

14,6

 

 

 

 

SAINT-LOUBES

13,3

 

 

 

 

LYON 1

13,1

 

 

 

 

MONTATAIRE

13,1

 

 

 

 

ST-GELIX-DU-FESC

13,0

 

 

 

 

BELLAC

12,4

 

 

 

 

CONCARNEAU

11,8

 

 

 

 

GAP

11,7

 

 

 

 

CAVAILLON

11,5

 

 

 

 

PLAISANCE

10,9

 

 

 

 

PALAISEAU

10,8

 

 

 

 

LONGUEAU

10,8

 

 

 

 

STAINS

10,5

 

 

 

 

LOUVIERS

10,4

 

 

 

 

FONDETTES

10,2

 

 

 

 

REZE

10,0

 

 

 

Il est à noter que les villes dirigées par le PCF ne sont pas à l’écart de cette poussée de l’extrême gauche.

Les villes à direction communiste ne sont pas à l’écart de cette poussée de l’extrême gauche.

MONTATAIRE

13,1

ST-PIERRE-DES-CORPS

11,5

ST OUEN

9,8

CHOISY-LE-ROI

9,4

 

La LCR se réjouit de cette situation, d’autant plus que, cette fois, LO avait fait le choix fréquent de rallier les listes unitaires de l’ensemble de la gauche. Si les amis d’Olivier Besancenot peuvent être satisfaits, il n’en reste pas moins qu’ils ne sont guère allé au-delà de leurs score national sur leurs propres listes.

Nombre de listes

LO

LCR

Listes unitaires

Au-dessus de 10%

3

5

21

Entre 5% et 10%

18

26

49

4. Le score du PCF

Après l’amère déconvenue de la présidentielle et le nouveau recul des législatives de 2008, le résultat des municipales a été considéré comme inespéré, par les observateurs comme par les militants. Quel est le bilan réel de cette consultation électorale ?

Les listes d’union de la gauche conduites par un communiste et les listes classées PC étaient présentes dans 355 communes de plus de 3 500 habitants. Elles totalisent 784 000 voix, dont 570 000 (72 % du total de ces voix) dans les 202 villes maintenues, acquises ou perdues entre 2001 et 2008. Nationalement, cela représente 5,1 % du total des suffrages exprimés et 31,9 % dans les 355 communes où le PC est à la tête d’une liste.

Le bilan des villes est le suivant :

Villes dirigées par un communiste

 

1989

2001

2008

Plus de 30 000

39

29

27

De 20 à 30 000

16

9

7

De 10 à 20 000

55

46

42

De 3500 à 10 000

148

105

100

Total + de 3 500