Michel Husson: Haro sur le SMIC
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Haro sur le Smic !
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Un rapport, commandé par le Conseil d'analyse économique, sonne le glas du
Smic, le jugeant inefficace, inadapté aux jeunes sur le marché de l'emploi et
responsable de la stagnation des bas salaires...
De la mauvaise foi, des
approximations, bref, tout pour légitimer les projets du gouvernement !
Par Michel HUSSON
Membre
du Conseil Scientifique d'Attac.
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On s'en doutait un peu : la «réforme» du Smic est dans les tuyaux.
Pierre Cahuc, Gilbert Cette et André Zylberberg (dont il est interdit de dire
qu'ils sont néo-libéraux) viennent de concocter un rapport pour le Conseil
d'analyse économique (CAE), intitulé «Smic, revenu minimum et coût du
travail : quelle articulation pour combiner justice sociale, incitation au
travail et compétitivité ?» Il n'est pas encore publié, mais une
version provisoire circule sur Internet. On y découvre une critique en trois
points : le Smic a trop augmenté et couvre en France une proportion de salariés
plus importante qu'ailleurs ; ensuite, il «comprime la distribution des
salaires [...] sans grande efficacité pour lutter contre la pauvreté» ; il
contribue enfin à exclure les jeunes de l'emploi.
Cette démonstration à charge ne tient pas la route. D'abord, une lapalissade :
les augmentations du Smic profitent aux bas salaires. Une étude de la Dares montre ainsi que la progression
des salaires a été plus importante dans les secteurs à bas salaires. Le Smic
remplit son rôle de «voiture-balai» : s'il avait moins augmenté, on aurait
aujourd'hui moins de Smicards mais plus de bas salaires.
Des comparaisons hasardeuses avec le modèle anglais
Le Smic est-il responsable de la compression des salaires ? Non,
parce que deux autres effets ont joué: d'abord, les accords de RTT qui ont gelé
une partie des salaires, et ensuite les allègements de cotisations. Ils sont
dégressifs et s'annulent à 1,6 fois le Smic. Résultat : il est d'autant plus
coûteux d'augmenter un salaire que celui-ci est bas et bénéficie d'allègements
proportionnellement plus élevés. Cet effet pervers des «trappes à bas salaires»
est évoqué dans le rapport, mais l'objection est balayée d'un revers de main
(page 9) à partir d'une seule étude dont les données s'arrêtent... en
1997 ! Un peu plus loin, page 42, on apprend que «les études sur ce sujet
sont rares», mais qu'il en existe quand même une autre qui
montre l'inverse, à savoir que les allègements «ont eu un effet plutôt
négatif sur la mobilité salariale des employés à bas salaires». Et à la
différence de la précédente, cette étude prend en compte le passage aux 35
heures, et modélise les allègements Fillon.
Le rapport donne de nombreux exemples de ce parti-pris qui s'accompagne
d'approximations diverses. Les experts du CAE insistent ainsi sur le fait qu'il
y a plus de salariés au voisinage du salaire minimum en France que dans
d'autres pays. Mais ils passent allègrement sous silence les difficultés de
telles comparaisons. Ainsi, en France, on compte comme «smicards» tous les salariés
concernés par une hausse du Smic, alors qu'au Royaume-Uni, on ne compte que les
salariés payés juste au niveau du minimum. Une note récente du ministère de l'Economie montre qu'avec une
définition comparable, l'écart entre les deux pays est bien moindre : «5% à
6% de l'ensemble des salariés sont rémunérés au niveau du NMW (National Minimum
Wage) en 2007» contre «moins de 10% de salariés effectivement rémunérés
au niveau du Smic».
Des propositions provocantes
L'argument sur la pauvreté est tout aussi spécieux, puisqu'il table
sur un monde virtuel sans Smic où, bien sûr, l'emploi serait plus élevé et
sortirait des chômeurs de la pauvreté. Or, les emplois créés de cette manière
seraient en grande majorité payés en dessous du seuil de pauvreté. C'est pour
cette raison que l'Ocde reconnaissait, dans sa dernière étude consacrée à la
France, qu'une augmentation du Smic entraînerait «peut-être une diminution
de la mesure de la pauvreté malgré le recul de l'emploi».
Les propositions sont à la mesure du réquisitoire : refus des «coups de pouce»
et de l'indexation automatique du Smic sur la progression du pouvoir d'achat,
refus de conditionner les allégements à la résorption des minima de branches
inférieurs au Smic, et institution d'un Smic-jeunes. De telles provocations
vont à contre-courant de ce qui se passe en Europe sur la question du pouvoir
d'achat. En Allemagne, la discussion est ouverte sur l'institution d'un salaire
minimum, parce que les conventions collectives couvrent de moins en moins les
salariés et que le taux de bas salaires a du coup dépassé celui du Royaume-Uni
(22,7 % contre 21,7 %), comme le montre un bilan récent.
Après l'euro-manifestation sur les salaires, les syndicats réfléchissent à
nouveau sur l'idée d'un système de salaires minima au
niveau européen. Reparler d'un Smic-jeunes, après le mouvement de la
jeunesse de 1994 (et plus récemment contre le CPE) manifeste une
incompréhension tactique assez remarquable de la situation. Mais la fonction
réelle d'un rapport tellement biaisé est plutôt de faire apparaître comme
«modérés» les projets gouvernementaux qui visent, eux aussi à liquider le Smic,
mais «en douceur».
Mercredi 16 Avril 2008
Michel HUSSON
Article publié sur
http://www.marianne2.fr/Haro-sur-le-Smic-!_a85639.html
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Michel Husson est membre du Conseil Scientifique d'Attac
Par akinorev31, Dimanche 20 Avril 2008 à 13:04 GMT+2 dans Pour une alternative au capitalisme -3- (article, RSS)






