Qu’est-ce que la dynamique des
collectifs ?
par Laurent Lévy
Un débat est engagé sur le fond de ce qui nous identifie,
sur la nature même de notre construction politique. Il a suscité des échanges
lors de la coordination nationale des collectifs des 29 et 30 mars 2008.
L’objet de cette contribution est de proposer – à la lumière des débats de la
coordination et de ceux qui l’ont précédée et suivie – quelques pistes de
réflexions sur ce qui la caractérise et la distingue.
Je reprends et développe ici, dans un contexte nouveau,
un certain nombre de réflexions déjà avancées dans un texte écrit en
collaboration avec Fernanda Marrucchelli, avant les Assises, dans le cadre de
l’association des communistes unitaires, à laquelle je participais alors, et qui
me semblent ne rien avoir perdu de leur pertinence ; ce texte est
disponible en « feuilleton » sur le site de l’association des
communistes unitaires (ACU) :
http://www.communistesunitaires.net/index.php?option=com_content&task=view&id=99&Itemid=88888944
Un
bilan qui reste à faire
Même si nous n’avons pas tiré le bilan collectif des
dernières séquences de notre aventure politique, depuis 2005, chacun-e, sans
doute, y a réfléchi de manière approfondie, nous donnant le moyen de cette
analyse collective qui reste à faire – ce doit être l’un des objets d’une
prochaine coordination nationale que de prolonger le débat à ce sujet. Il
faudrait au demeurant ne pas se limiter à ces dernières séquences : c’est
l’ensemble de l’héritage politique que le XXe siècle lègue aux anticapitalistes
qu’il s’agit de comprendre, et dont il conviendrait de faire l’inventaire
critique.
La gauche radicale, quel que soit le nom qu’on lui donne,
se trouve à l’évidence à la croisée des chemins, dans un état de délabrement
qui traduit, entre autres choses, la crise induite par le fonctionnement même
de la société sur l’ensemble de nos activités militantes. Cette crise peut être
porteuse d’avenir, ou s’approfondir jusqu’à notre défaite totale.
Dire que la situation de la gauche radicale est, entre
autres choses, induite par le fonctionnement même de la société, appelle un
long effort d’analyse de cette société elle-même ; pour ce faire, nous ne
partons certes pas de rien : de nombreux travaux y sont consacrés, de
nombreuses réflexions et pratiques nouvelles existent. Mais leur éparpillement
ne peut être surmonté que par de nouveaux travaux, confrontations, débats. Cela
aussi existe en divers lieux, mais doit se poursuivre, se coordonner,
s’amplifier, se conforter. Il me semble déraisonnable de penser construire un
« projet » d’alternative sans travailler dans le même temps à la
compréhension du système qu’il s’agit de dépasser, et des obstacles qu’il met
lui même à ce dépassement. Il s’agit là d’un travail critique de longue
haleine, nécessairement collectif, et qui doit se déployer dans de nombreux
champs : économique, culturel, politique, idéologique, etc.
Notre construction participe d’un aspect particulier,
mais essentiel à bien des égards, de ce travail critique, dans le domaine
spécifique de la politique.
La
« politique autrement »
L’expression « faire de la politique
autrement » a été tellement employée, répétée, rebattue, qu’elle en a
perdu toute signification propre – à supposer quelle en ait jamais eue. À tout
le moins, on n’a jamais fait vraiment le point sur ce que l’on entendait par
cette formule, et chacun-e a sur la question un avis qui lui est propre.
On est pourtant là au cœur de la question. De la double
question : car dans l’expression « faire de la politique
autrement », le mot « autrement » doit s’appliquer à la fois au
« faire », c’est à dire aux pratiques et fonctionnements divers des
organisations politiques et de leurs membres ; et à la
« politique » elle même, c’est à dire à la manière dont on la
conçoit, à ce que l’on entend par ce mot. C’est souvent seulement au
« faire » que l’on pense. Et ainsi, l’on reproche – non sans raisons
– aux partis traditionnels leur mode de fonctionnement, leur éventuel
sectarisme, leur caractère hiérarchisé et pyramidal, etc., ou encore des
pratiques de captation de pouvoir interne, des réflexes bureaucratiques, le
manque de transparence, etc. Et c’est en effet un des aspects du problème, un
point qui demande réflexions critiques et innovations diverses. Pourtant,
lorsque l’on évoque cet aspect des choses, ce n’est pas la
« forme-parti » en tant que telle que l’on critique, mais plus
simplement la « forme des partis ». Or ce qui me semble être plus
fondamentalement encore en cause dans la « forme-parti » est moins
cela que la structure même de la vie politique dans laquelle les
« partis » s’insèrent ; que la place qu’ils occupent dans
l’espace politique. Dans ce cadre, si l’on peut assez facilement envisager de
faire « autrement » de la « politique » au sens
traditionnel du terme, c’est à dire dans son sens institutionnel, il demeure un
point aveugle : la question même de ce qu’est l’action politique. Or c’est
aussi cela qu’il s’agit de penser, de comprendre, et de pratiquer,
« autrement ».
Politique
et « séparation »
Ce qui caractérise la vie politique contemporaine me
semble relever de ce que l’on pourrait appeler la « séparation ».
Cela n’est pas le privilège de la politique : il y a la
« séparation » bien connue dans la tradition « marxiste »
des producteurs entre eux, des travailleurs d’avec leur outil de travail et
d’avec le produit de leur travail, des centres de décision d’avec l’exécution
de ces décisions, etc. Il y a la marchandisation croissante de la société, la
contractualisation de tous les rapports humains, la financiarisation de
l’économie, etc. Tout cela relève de la séparation, c’est à dire de la manière
dont le système qui domine la planète tend à dissoudre tous les rapports
sociaux, à atomiser l’humanité, à imposer à tous rapports une médiation
marchande et financière, ou symbolique, ou institutionnels. S’agissant de la
politique, il existe ainsi un genre de fétichisme de la politique
institutionnelle, corollaire du fétichisme de l’état, qui est l’image inversée dans le miroir de l’idéologie
dominante du fétichisme de la marchandise, matrice paradigmatique de la
séparation.
Une double séparation caractérise notre vie politique.
L’axe de cette double séparation, sa colonne vertébrale, est la limitation de
la politique à la sphère institutionnelle, qui se manifeste par le principe
très largement admis – et dont on pourrait faire remonter l’origine, en France,
à la « Charte d’Amiens » de 1905 – d’un fossé infranchissable, d’une
« séparation », entre ce qui serait la « vraie » politique,
celle des politiciens, et de leur rapport avec les institutions de l’état, et ce qui serait déqualifié comme
« non-politique », le mouvement syndical et les luttes diverses sur des
sujets particuliers (droits des migrants, droits des femmes, discriminations,
environnement, précarité, santé, logement, inégalités, mal-vie, éducation,
etc…), ce qu’on appelle désormais le « mouvement social », le
« Mouvement ».
C’est là le premier volet de cette double séparation. Le
second, qui en est le corollaire, est la séparation entre la « sphère
politique » ainsi autonomisée et les citoyen-nes eux-mêmes. La réduction
des travailleurs, des habitant-es des villes et des campagnes, des jeunes, des
migrant-es, des exclu-es, à leur seule dimension de « citoyen-nes »
est d’ailleurs un élément de cette séparation.
Il s’est ainsi constitué ce qu’on appelle par métaphore
une « classe politique », des personnels et organisations
spécialisées dans cette « politique en grand », qui s’est réservée
l’action politique, s’est approprié la direction de l’état, et exerce le pouvoir réel – non pas tant pour elle-même
que pour la classe dominante de la société dont elle n’est en définitive que
l’instrument. La quantité d’énarques à la direction de la plupart des partis
politiques en est un effet, mais la remarque concerne aussi, malgré l’absence
de domination sur eux des énarques, les partis de la « gauche de
gauche », comme le PCF ou la LCR. Ces organisations, se comportent par
leur nature même de « partis », au sens courant du terme, dans le
cadre de cette conception qui sépare la politique du reste de la vie sociale,
conception cohérente avec la domination des logiques marchandes sur l’ensemble
de la société, comme des « offreurs » sur un « marché de la
politique » dans lequel les « citoyen-nes » eux-mêmes sont
réduits à l’état de simples consommateurs ou spectateurs de la politique,
n’ayant d’autre pouvoir que celui de déléguer leurs choix. Ces partis sont
ainsi en quelque sorte eux aussi – pour reprendre un vieux concept, et même si
la formule peut sembler étrange à leur sujet – des appareils idéologiques d’état. Leur existence, leur pratique,
leur discours, contribue à la séparation de la politique d’avec les citoyen-nes.
Là est la grande faillite de la « forme-parti ». C’est sur ce terrain
que cette forme de la pratique politique doit être critiquée.
La « classe politique » se considère comme
« représentante » du peuple ; sa préoccupation est de plus en
plus simplement électorale, donc délégataire. Les élections, moment du choix de
représentants, deviennent les moments temporaires, épisodiques, mais uniques de
la « citoyenneté », laquelle est ainsi séparée de l’existence
globale, de l’ensemble des pratiques sociales et des combats au jour le jour.
Cela ne concerne pas que la droite ou le parti socialiste. Ainsi évoque-t-on,
dans un texte émanant d’une minorité de la LCR (courant « Unir »
animé par Christian Picquet) le projet d’un « parti large et pluraliste conçu
comme une nouvelle représentation politique pour le monde du travail. ».
Représentation.
La personnalisation à outrance de la vie politique,
induite par l’attitude des médias – dont les liens avec le grand capital ne
sont plus à prouver – la mise en avant de « vedettes » plus ou moins
médiatiques, participe également de ce phénomène de séparation, la politique
étant « incarnée » par des acteurs par nature extérieurs aux acteurs
du quotidien, qui contribuent par le rôle même qu’ils jouent ainsi à la séparation
politique. Jamais sans doute depuis que le Maréchal Staline a été brutalement
arraché à l’affection des siens, même au temps de Georges Marchais, ou l’on
n’avait pourtant pas lésiné sur ce registre, le PCF n’avait à ce point mis en
avant une personnalité : bien avant que la question des candidatures à
l’élection présidentielle ne se pose, il diffusait ainsi les
« propositions de Marie-George Buffet ». Et ne parlons pas de la
vedettarisation à outrance du « petit facteur » Olivier Besancenot.
Comme si les médias ne pouvaient défaire ce qu’ils font. Le portrait d’Olivier
Besancenot sur chaque affiche de chaque liste soutenue par la LCR aux dernières
élections municipales avait quelque chose d’un « Vu à la télé », qui
constitue un mode de communication potentiellement aussi dangereux qu’il peut
être ponctuellement rentable.
Il est évident que la place des périodes électorales dans
la vie « politique », le jeu des médias en ces occasions, les modes
de scrutin, favorisent ces dérives, et entretiennent la séparation.
Démocratie
représentative
Le paradigme dominant est ainsi celui de la
« démocratie représentative », alors même que toute l’évolution des
institutions tend à limiter la représentation jusqu’à la caricature de la
gestion présidentielle que constitue l’état
à la Sarkozy, dans le cadre d’un quinquennat (auquel, soit dit en passant, les
partis de la gauche parlementaire ne se sont pas opposés, les socialistes
l’ayant organisé et approuvé, et les communistes ayant appelé à l’abstention
lors du référendum qui l’a institué).
Il est significatif de voir dans un récent sondage qu’à
choisir, comme « valeurs essentielles de la République » (!) entre le
suffrage universel, la laïcité, les libertés syndicales, le droit
d’association, et la libre constitution de partis politiques, ce sont les
électeurs de droite qui mettent le plus le suffrage universel au premier plan.
Il n’y a dès lors pas à s’étonner d’une certaine
dévalorisation de « la politique » nommée comme telle. Elle est
assimilée à de simples pratiques tendant à la dépossession de tout pouvoir des
salarié-es, des paysan-nes, des habitant-es des quartiers populaires, des
exclu-es, des jeunes, des migrant-es, de celles et ceux qui travaillent et qui
luttent, etc. La politique est assimilée à un monde de magouilles diverses, à
la politichiennerie. Dans combien de mouvements sociaux n’a-t-on entendu
protester contre leur « politisation », contre toute
« récupération politique » ? De telles formules, à l’évidence,
reposent sur l’assomption d’une séparation radicale entre politique et luttes
sociales, comme si les mouvement sociaux n’étaient pas, ou ne pouvaient pas
être considérés comme d’emblée politiques. Comme s’il n’était pas possible de
sortir d’une pratique « séparée » de la politique. Mais si cela est
possible, cela ne peut reposer que sur une manière nouvelle de concevoir la
politique, et pas seulement de la voir. C’est de la responsabilité de celles et
ceux qui veulent changer le monde.
Car il me semble que nous ne devons pas nous lasser
d’affirmer le point suivant, et d’y conformer notre pratique : si nous
faisons « de la politique », ce n’est pas seulement pour qu’un groupe
quelconque – en fissions nous partie – s’institue en « représentant »
du peuple et s’empare des leviers du pouvoir d’État. C’est pour changer le
monde, dépasser et renverser les mécanismes qui le gouvernent, avancer dans le
sens de l’émancipation humaine dans toutes ses dimensions. La question du
pouvoir n’est pas indifférente à un tel projet ; elle ne le résume pas ;
à certains égards, elle peut y faire obstacle. Si nous entendons agir comme
force politique, ce n’est pas plus en limitant notre action à la sphère
institutionnelle qu’en la récusant : c’est en refusant la séparation entre
cette sphère et l’ensemble de l’action sociale. Politique autrement.
Du
neuf avec du vieux
Pour reprendre une célèbre formule de Marx, « c’est
toujours avec du vieux que l’on fait du neuf, mais l’exercice est malaisé, et
avec du vieux, il est souvent beaucoup plus facile de refaire du vieux ».
C’est dire la difficulté de l’exercice auquel se livrent nos collectifs.
S’agissant de « faire de la politique
autrement » nous sommes loin d’être sans défauts, pour ce qui concerne le
« faire ». On ne se débarrasse pas comme ça des mille et uns travers
induits par nos expériences antérieures, et surtout par la culture politique
dominante. Cela suppose un effort critique de chaque instant. Nous y
travaillons, que ce soit dans nos collectifs ou dans les structures de
coordination que nous mettons en place. Les choses progressent à pas lent, et
doivent progresser bien plus encore et bien plus vite pour être à la mesure de
nos ambitions, et ne pas « refaire du vieux avec du vieux ». Il
convient de noter que ces réflexes hérités des modes dépassés de l’action politique
et de l’organisation ne sont pas seulement – et peut-être pas surtout – le fait
des militant-es issu-es des organisations traditionnelles, mais aussi celui de
celles et ceux qui, n’ayant jamais vécu ces pratiques de l’intérieur, les
reconstituent par une forme de mimétisme, par l’effet de l’idéologie dominante
en la matière. Le « parti » reste le modèle dominant de
l’organisation (et l’expression « le parti », ceci n’est pas anodin,
signifie dans bien des consciences le « parti communiste »), et la démocratie
interne de bien des associations n’a rien à envier à celle des plus rouillés
des appareils politiques. Nous y travaillons, donc, et nous avons encore bien
du travail en perspective sur ce chapitre.
Mais en ce qui concerne la conception même de ce qu’est
la politique – indépendamment de la manière dont on la pratique – il me semble
que la dynamique des collectifs crée véritablement du nouveau, de l’inouï, et
met en place un nouveau paradigme : celui d’une politique dont les acteurs
et actrices ne sont plus seulement des organisations séparées, tendant à en
déposséder le peuple, mais l’ensemble de celles et ceux qui entendent, à leur
niveau, y contribuer.
Les collectifs ont des origines diverses. Certains sont
anciens, d’autres, la plupart, sont issus d’une manière ou d’une autre de la
campagne pour le « non » au projet de traité constitutionnel européen
en 2005, certains ont pris naissance dans la suite, dans la campagne pour des
candidatures unitaires aux élections de 2007, ou, après l’échec de cette
tentative, dans la campagne Bové. Certains collectifs nés dans ces conditions
ont disparu ou se sont mis en sommeil une fois leur objet aussi épuisé que
leurs militant-es. Mais presque tous avaient (et conservent lorsqu’ils
demeurent) une caractéristique commune : même lorsqu’ils étaient issus
d’un « appel » de personnalités ou de forces politiques, ils ont pris
leur autonomie, se sont dotés d’une vie propre, et se sont attachés à
développer une activité militante locale. Tous ou presque sont des réalités
ouvertes, invitant et permettant à qui le souhaite de participer à leurs
réunions et leurs initiatives, à leurs réflexions et décisions. On y trouve
généralement des militant-es de tous engagements dans le mouvement social et de
toutes origines politiques à la gauche de la gauche, un mélange de parcours,
d’histoires, de mémoires, de traditions, de cultures politiques diverses, des
syndicalistes, des altermondialistes, des écologistes, bon nombre de membres et
plus encore d’ex-membres de partis politiques (PCF, LCR, Verts, Alternatifs,
PS…), etc. Certains ont participé à des campagnes électorales (présidentielle,
législatives, municipales, cantonales…), d’autres ont choisi, en fonction des
situations locales, de leurs équilibres internes et de leurs propres
réflexions, de ne pas y participer. Mais les enjeux électoraux n’ont jamais été
essentiels pour eux, n’ont jamais résumé leur posture politique. Même s’ils se
définissent comme « antilibéraux », la plupart sont résolument
anticapitalistes.
Quel que soit, ici ou là, leur éventuel caractère
embryonnaire, ils mettent donc en œuvre une conception nouvelle de la
politique, tendant à se libérer de la « forme-parti » : une
politique qui ne hiérarchise pas entre politique institutionnelle et combats au
jour le jour pour changer la vie, entre élections et mobilisations sociales,
entre militant-es aguerri-es et sympathisant-es, qui ne privilégie pas le
clinquant médiatique, qui ne se donne pas de leaders emblématiques ou
médiatiques. Ils ne tentent pas de s’approprier l’action politique.
Faire du neuf en politique, c’est sans doute une question
de pratiques ; mais c’est aussi et surtout une question de définition. Il
s’agit de donner à la politique une extension nouvelle.
Le
choix des collectifs
Dans l’état actuel des choses, la dynamique des
collectifs n’est pas seulement – et sans doute n’est-elle pas essentiellement –
la continuation de celle qui s’est effondrée à Saint-Ouen, lorsque le choix de
la direction du PCF de faire cavalier seul pour l’élection présidentielle a
marqué la faillite du « CIUN » qui la pilotait jusqu’alors. Certains
collectifs ont alors disparu, d’autres se sont mis provisoirement en sommeil,
dans l’attente d’une situation politique décantée, d’autres encore ont
poursuivi leur activité, qu’ils participent à la campagne présidentielle en
soutenant la candidature de José Bové, ou qu’ils s’abstiennent de toute
participation. Et certains se sont constitués pour les besoins ou à l’occasion
de cette campagne.
Ce qui caractérise la dynamique des collectifs depuis le
début de l’année 2007, confirmé par les Assises et depuis, est son caractère
autonome, affranchi de la tutelle des groupes, organisations et
« personnalités » qui composaient le CIUN – certains de ses
animateurs se retrouvant toutefois à présent dans les collectifs.
Il en résulte un regroupement politique dont la radicale
nouveauté ne doit pas échapper : des collectifs militants soucieux à la
fois de leur autonomie et de leur coordination, sans création de leadership,
sans posture de compétition à l’égard des autres forces existantes, soucieuse
au contraire d’en rassembler le plus grand nombre dans l’unité, mais refusant a
priori toute construction « par en haut ».
Il ne faudrait pas pour autant faire semblant de croire
que les choses sont aussi simples dans la pratique de chaque collectif pris à
part. La tentation de construire un « nouveau parti » sur leur seule
base, comme celle de rassembler de manière artificielle les forces existantes
peuvent être identifiées dans bien des discours, à l’intérieur même de la
dynamique des collectifs. C’est pourquoi il convient de ne jamais laisser
faiblir notre réflexion critique sur la nature de notre dynamique.
Une
démarche différente de celle du « NPA »
Les dirigeants de la LCR, disent volontiers que la
construction qu’ils envisagent, a, entre autres difficultés, celle d’être une
chose nouvelle, jamais faite. C’est le cas, non pas de ce que nous envisageons,
mais de que ce que nous faisons effectivement, de ce que nous avons commencé
depuis nos Assises à mettre en œuvre. Il me semble nécessaire de ne pas
sous-estimer, ni cette nouveauté, ni cette difficulté.
Les débats et la résolution de la coordination nationale
à propos du lancement par la LCR d’un « nouveau parti
anticapitaliste » (NPA) illustrent la différence de fond entre la
conception résolument nouvelle de la politique mise en œuvre par les collectifs
et la manière dont on peut « faire du vieux avec du vieux ». L’une
des conclusions de ces débats est que, si nous entendons poursuivre la
perspective d’États Généraux dont nous souhaitons que la LCR, ou le
« NPA » s’il vient à naître, et le plus grand nombre des forces
possibles de la « gauche de gauche » les coorganisent, il demeure
que, s’agissant du « NPA » lui-même, « les collectifs n’ont
pas vocation à être, en tant que tels, partie prenante de cette
construction »
Certain-es d’entre nous on voulu voir dans cette formule
une manifestation de « fermeture » à l’égard de la LCR et de son
initiative. Une telle interprétation suppose, d’une part que l’on isole cette
phrase du reste de la résolution dans laquelle elle figure, et d’autre part que
l’on isole cette résolution des débats qui lui ont donné naissance, et des
pratiques de la quasi unanimité des collectifs qui l’ont approuvée. Nombre de
ces collectifs ont en effet mené la campagne des municipales avec la LCR. Ils
en tirent des bilans contrastés, mais l’idée n’a pas été exprimée au cours de
la coordination ni dans les débats qui l’ont précédée qu’ils auraient eu tort.
De même, certain-es ont participé et participent aux initiatives de la LCR pour
un « NPA ». La résolution adoptée est tellement peu incompatible avec
ces pratiques qu’elle a été adoptée y compris par la plupart d’entre elles et
eux.
Si l’on prend un peu de recul pour comprendre en quoi « les
collectifs n’ont pas vocation à être, en tant que tels, partie prenante »
de l’initiative de la LCR, on peut utilement remonter à la coordination
nationale de juin 2007, à bien des égards fondatrice de notre orientation.
C’est en effet là qu’a été tranché le difficile débat qui semblait opposer
celles et ceux qui souhaitaient éviter que les collectifs ne s’orientent vers
la construction, autour d’eux, d’un nouveau parti, et celles et ceux qui
souhaitaient éviter qu’ils ne s’orientent vers un retour à une formule de
simple rassemblement « par en haut » des forces existantes à la
gauche de la gauche, comme un CIUN-bis. Il était alors apparu, au terme de
débats particulièrement riches, que ces deux craintes n’étaient pas contradictoires,
mais au contraire complémentaires, et même souvent partagées, et que nous
pouvions trouver ensemble en chemin entre ces Charybde et Sylla qui menaçaient
de leurs écueils le mouvement « antilibéral ».
L’enjeu était alors de savoir quel sens et quelle forme donner
aux Assises alors envisagées. Celles et ceux qui craignaient avant tout la
construction d’un « parti » de plus, ajoutant la division à la
division, prônaient des Assises qui soient d’emblée celles de la gauche
antilibérale dans son ensemble. Les autres affirmaient que la dynamique des
collectifs devait se retrouver, et que les Assises devaient pour cela être
celles des collectifs, et seulement les leurs, hors de toute tutelle des
organisations existantes. Le moyen trouvé dans un consensus des plus larges, a
consisté à décider de provoquer des États Généraux de toute la gauche de
transformation sociale et écologique, après que des Assises des collectifs
auraient donné à ces derniers une structuration nationale leur permettant de
jouer leur rôle irremplaçable dans ce processus.
Cette démarche a été confirmée depuis, tant par les
Assises elles-mêmes, en novembre 2007, que lors des réunions de la commission
nationale d’animation et de la coordination nationale de mars 2008. Cette
dernière, discutant du projet de « nouveau parti anticapitaliste » de
la LCR, a considéré qu’il ne correspondait pas à sa propre démarche. Si l’on
regarde la question sous l’angle des deux aspects évoqués plus haut du
« faire de la politique autrement », ce jugement semble tomber sous
le sens : d’une part, l’initiative du « NPA » est une
construction a priori, et même si elle entend reposer sur des comités
locaux, ceux ci sont des constructions « pour les besoins de la
cause », qui sont la conséquence de l’initiative de la LCR, et non son
origine ou son point de départ. Les dirigeants de la LCR, quelle que soit leur
volonté réelle, sont ainsi comme condamnés à garder la main sur la nouvelle
structure. D’autre part, elle fait l’impasse sur la question décisive de la
« forme-parti », c’est à dire sur la caractéristique fondamentale du
rapport entre les organisations politiques, les institutions et le mouvement
social, autrement dit de la place de la politique dans la société, qui a porté
tous les échecs des politiques émancipatrices au XXe siècle.
La construction de notre rassemblement et la volonté
unitaire qui le fonde sont aux opposés de cette problématique.
Évaluer
les efforts À venir…
Si la démarche des collectifs est fondamentalement
nouvelle, il n’en demeure pas moins que « c’est toujours avec du vieux que
l’on fait du neuf ». Nous héritons ainsi de réflexes, de traditions, et de
structures qui relèvent des modes passés de concevoir la politique. Mais ces
modes ne sont pas seulement passés, ils sont aussi présents. Ils structurent
encore l’ensemble de la vie politique comme la marchandise structure l’ensemble
de la société.
Nous sommes nombreux-ses à avoir longtemps rêvé d’une
construction politique différente, dans laquelle les intéressé-es prendraient
eux et elles-mêmes en charge leurs affaires. Une construction dans laquelle on
cesserait de distinguer une « société civile » d’un « corps
politique » assurant la domination des forces sociales qui le dirigent.
Mais ce rêve a toujours échoué sur la digue de la « séparation »
induite par les structures politiques dominantes et l&rsquo