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Aimé Césaire, discours sur le colonialisme

 

Discours sur le colonialisme, Un livre immortel

Introduction

En hommage à Aimé Césaire, les premières pages de son Discours sur le colonialisme, paru en 1950 aux éditions Présence Africaine.

 

Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.

Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.

Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.

Le fait est que la civilisation dite « européenne », la civilisation « occidentale », telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la « raison » comme à la barre de la « conscience », cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper.

L’Europe est indéfendable.

Il paraît que c’est la constatation que se confient tous bas les stratèges américains.

En soi cela n’est pas grave.

Le grave est que « l’Europe » est moralement, spirituellement indéfendable.

Et aujourd’hui il se trouve que ce ne sont pas seulement les masses européennes qui incriminent , mais que l’acte d’accusation est proféré sur le plan mondial par des dizaines et des dizaines de millions d’hommes qui, du fond de l’esclavage, s’érigent en juges.

On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en Afrique Noire, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais qu’ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs « maîtres » provisoires mentent.

Donc que leurs maîtres sont faibles.

Et puisqu’aujourd’hui il m’est demandé de parler de la colonisation et de la civilisation, allons droit au mensonge principal à partir duquel prolifèrent tous les autres.

Colonisation et civilisation ?

La malédiction la plus commune en cette matière est d’être la dupe de bonne foi d’une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu’on leur apporte.

Cela revient à dire que l’essentiel est ici de voir clair, de penser clair, entendre dangereusement, de répondre clair à l’innocente question initiale : qu’est-ce qu’en son principe que la colonisation ? De convenir de ce qu’elle n’est point ; ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du Droit ; d’admettre une fois pour toutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit et de la force, avec, derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes.

Poursuivant mon analyse, je trouve que l’hypocrisie est de date récente ; que ni Cortez découvrant Mexico du haut du grand téocalli, ni Pizarre devant Cuzco (encore moins Marco Polo devant Cambaluc, ne protestent d’être les fourriers d’un ordre supérieur ; qu’ils tuent ; qu’ils pillent ; qu’ils ont des casques, des lances, des cupidités ; que les baveurs sont venus plus tards ; que le grand responsable dans ce domaine est le pédantisme chrétien, pour avoir posé les équations malhonnêtes : christianisme = civilisation ; paganisme = sauvagerie, d’où ne pouvaient que s’ensuivre d’abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, les Nègres.

Cela réglé, j’admets que les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien ; que marier des mondes différents est excellent ; qu’une civilisation, quel que soit son génie intime , à se replier sur elle-même, s’étiole ; que l’échange est ici l’oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en a fait le meilleur redistributeur d’énergie.

Mais alors je pose la question suivante : la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact  ? Ou, si l’on préfère, de toutes les manières d’établir contact, était-elle la meilleure ?

Je réponds non.

Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir une seule valeur humaine.

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au VietNam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de 1’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s’étonne, on s’indigne. On dit : « Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera ! » Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’oeil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il est sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est que l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.

Et c’est là le grand reproche que j’adresse au pseudo-humanisme : d’avoir trop longtemps rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir eu, d’en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste.

[…]

J’ai relevé dans l’histoire des expéditions coloniales quelques traits que j’ai cités ailleurs tout à loisir.

Cela n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde. Il paraît que c’est tirer de vieux squelettes du placard. Voire !

Etait-il inutile de citer le colonel de Montagnac, un des conquérants de l’Algérie :

« Pour chasser les idées qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes. »

Convenait-il de refuser la parole au comte d’Herisson :

« Il est vrai que nous rapportons un plein barils d’oreilles récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis. « 

Fallait-il refuser à Saint-Arnaud le droit de faire sa profession de foi barbare :

« On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres. »

Fallait-il empêcher le maréchal Bugeaud de systématiser tout cela dans une théorie audacieuse et de se revendiquer des grands ancêtres :

« Il faut une grande invasion en Afrique qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths. »

Fallait-il enfin rejeter dans les ténèbres de l’oubli le fait d’armes mémorable du commandant Gérard et se taire sur la prise d’Ambike, une ville qui, à vrai dire, n’avait jamais songé à se défendre :

« Les tirailleurs n’avaient ordre de tuer que les hommes, mais on ne les retint pas ; enivrés de l’odeur du sang, ils n’épargnèrent pas une femme, pas un enfant... A la fin de l’après-midi, sous l’action de la chaleur, un petit brouillard s’éleva : c’était le sang des cinq mille victimes, l’ombre de la ville, qui s’évaporait au soleil couchant. »

Oui ou non, ces faits sont-ils vrais ? Et les voluptés sadiques, les innommables jouissances qui vous friselisent la carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un bon massacre d’Annamites ? Vrai ou pas vrai ? [1] Et si ces faits sont vrais, comme il n’est au pouvoir de personne de le nier, dira-t-on, pour les minimiser, que ces cadavres ne prouvent rien ?

Pour ma part, si j’ai rappelé quelques détails de ces hideuses boucheries, ce n’est point par délectation morose, c’est parce que je pense que ces têtes d’hommes, ces récoltes d’oreilles, ces maisons brûlées. ces invasions gothiques, ce sang qui fume, ces villes qui s’évaporent au tranchant du glaive, on ne s’en débarrassera pas à si bon compte. Ils prouvent que la colonisation, je le répète, déshumanise l’homme même le plus civilisé ; que l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l’homme indigène et justifiée par ce mépris, tend inévitablement à modifier celui qui l’entreprend ; que le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en bête. C’est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu’il importait de signaler.

Aimé Césaire

 

Un hommage à voir et écouter:

 

http://www.rfi.fr/radiofr/emissions/072/accueil_15.asp

  

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Germaine Tillon, ethnologue, résistante

 

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Germaine_Tillion

http://www.germaine-tillion.org/

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article65032

 

"A notre époque de décolonisation généralisée, l'immense monde féminin reste à bien des égards une colonie."

Germaine Tillon

 

 

http://www.elwatan.com/spip.php?page=article&id_article=23630

Edition du 25 juillet 2005 > France-Actualités

 

Germaine Tillon

La justice et la mère

L’ethnologue humaniste a été un grand témoin de l’évolution de l’Algérie. Arrivée dans les Aurès en 1934, Germaine Tillon n’a pas cessé de dénoncer la torture pendant la guerre d’indépendance tout en refusant toute forme de violence aveugle.

Ennemis complémentaires est à lire au plus vite. Contrairement à Albert Camus qui avait choisi sa mère à la justice, Germaine avait décidé d’avoir les deux. Lors de la guerre d’indépendance algérienne, l’ethnologue avait pris fait et cause pour la justice en dénonçant notamment la torture, mais n’a jamais renoncé à sa mère, la France. Sa sympathie va aux deux côtés, aux ennemis complémentaires. Elle n’a renoncé ni à son amour de la patrie ni à son amour de la justice. D’abord, le personnage. Car Germaine Tillon est un personnage, un témoin capital, qui a regardé vivre l’Algérie depuis 1934. C’est au cours d’un séjour d’études dans les Aurès, de 1934 à 1940, qu’elle élabore ce qui deviendra la célèbre théorie de la société des cousins et de la société des beaux-frères et met en lumière de manière définitive « la relation entre pauvreté, tiers-mondialisation et écrasement des femmes ». De retour en France, trahie par un proche, elle est déportée dans le camp de Ravensbrück où elle tente de survivre de l’automne 1943 au printemps 1945. Pour résister, elle étudie le fonctionnement des camps et expose ses remarques ou sa thèse sur les Aurès aux autres prisonnières, mettant souvent en jeu sa propre vie pour sauver ses compagnes. La résistante repart en Algérie entre 1954 et 1957. Publié pour la première en 1960, Les Ennemis complémentaires, aux éditions Tirésias, s’est enrichi dans sa nouvelle édition. On y retrouve le regard de l’ethnologue engagée, le récit de ses rencontres avec les responsables des attentats d’Alger, Yacef Saâdi et Zohra Drif, dénonciations virulentes de la torture, plaidoyers contre la peine de mort et une correspondance avec le général de Gaulle. Dans un échange de lettres, publiées dans ce livre, les deux cousins, Yacef Saâdi et Germaine Tillon, donnent toute la mesure de la guerre, avec sa logique forcément sanglante et ses questionnements. Nous suivons, nécessairement captivés, cette correspondance très riche. « Le terrorisme des uns justifie la torture des autres, la torture et les exécutions capitales rendent licites les attentats. Que faire ? Tenter d’arrêter cet engrenage infernal en s’efforçant de comprendre l’origine du mal, en intervenant de toutes ses (faibles) forces pour sauver des vies humaines », note son éditeur. « Elle a su mener dans un même mouvement action et réflexion, nous avons affaire à la fois à une pensée et à un destin », note si justement Tzvetan Todorov, ami de longue date. Pour Jean Daniel, c’est une « Juste parmi nous ». « Ce qui touche le plus dans ces textes que j’ai lus et relus avec une complicité frémissante, ce sont les audaces insolites d’un engagement si personnel. Germaine Tillon pense par elle-même sans se soucier des doctrines environnantes ni des modes de pensée », confie Jean Daniel dans sa préface. On retient effectivement que Germaine Tillon est libre et audacieuse. Sa rencontre avec Yacef Saâdi est réellement impressionnante. Ce n’est pas pour rien que l’ancien responsable FLN de La Casbah lui rend visite chaque année.

Rémi Yacine

 

 

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/04/19/l-ethnologue-et-resistante-germaine-tillion-est-morte_1036180_0.html

L'ethnologue et résistante Germaine Tillion est morte

LEMONDE.FR | 19.04.08 | 17h33  •  Mis à jour le 19.04.08 | 17h33

 

Germaine Tillion, ethnologue et résistante, est morte samedi 19 avril, à son domicile de Saint-Mandé (Val-de-Marne), dix jours avant de fêter ses 101 ans, a annoncé Tzvetan Todorov, président de l'association Germaine Tillion.

Ethnologue en Algérie dans les années 30, spécialiste des Berbères chaouias de l'Aurès algérien, Germaine Tillon voit "sa vie basculer" , le 17 juin 1940, en entendant le discours du maréchal Pétain "capitulant devant Hitler". "J'ai vomi - ce n'est pas une image - dans les dix minutes qui ont suivi". "A l'époque, confirme-t-elle, je n'étais pas communiste. Ni anticommuniste. J'étais antihitlérienne, d'emblée."

Elle entre en Résistance et fonde le réseau du Musée de l'homme. Dénoncée par un prêtre, l'abbé Alesch, en 1942, elle est incarcérée puis envoyée, avec sa mère, en déportation. De son séjour dans les camps nazis, elle a rapporté un ouvrage magistral, Ravensbrück (édité en 1946, réédité en 1973 et en 1988), mais aussi une opérette, Le Verfügbar aux enfers, présenté en 2007 au Théâtre du Châtelet.

"SAVANTE ET MILITANTE À LA FOIS"

Après la guerre, Germaine Tillion restera cette femme engagée. Celle qui se décrira comme une "vieille gaulliste" ( Le Monde du 6 juin 1992) n'en travaillera pas moins avec le trostkiste David Rousset, contribuant à la création, en 1951, de la Commission internationale contre le régime concentrationnaire, qui dénonce l'existence des goulags en URSS.

Dans un ouvrages consacré à Germaine Tillion, publié aux éditions du Seuil (Le Siècle de Germaine Tillion), Tzvetan Todorov, disait d'elle qu'elle était "savante et militante à la fois". Cela s'est illustré, quand, après-guerre, de retour en Algérie, l'ethnologue a également joué le rôle d'intermédiaire entre le régime gaulliste et les combattants FLN, sauvant des vies quand elle l'a pu, et dénonçant les tortures et les "singes sanglants" de l'OAS.

Germaine Tillion était l'une des Françaises les plus décorées et partageait avec cinq autres femmes le privilège d'être grand'Croix de la Légion d'honneur.

 

 

 

 

 

 

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Aimé Césaire

Aimé Césaire

« PARTIR »

 

Partir,

Comme il y a des hommes-hyènes,

Et des hommes-panthères,

Je serai un homme-juif,

Un homme-cafre,

Un homme-hindou-de-Calcutta

Un homme-de-Harlem-qui ne-vote-pas.

 

L’homme-famine, l’homme-insulte,

L’homme-torture, on pouvait à n’importe quel moment le

saisir, le rouer de coups, le tuer - parfaitement, parfaitement, le tuer -

sans avoir de compte à rendre à personne, sans avoir

d’excuses à présenter à personne.

 

Un homme-juif,

Un homme-pogrom,

Un chiot,

Un mendigot,

Mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la face

de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait dans sa

soupière une tête de Hottentot ?

 

Aimé Césaire Extrait de Cahier d’un retour au Pays natal  Présence Africaine 1939/1960 Bordas/ 1945

 

Un discours d’Aimé Césaire             

          

 

Retour sur un discours prononcé aux États-Unis le 26 février 1987, dans le cadre de la Conférence hémisphérique des peuples noirs de la diaspora.

La Négritude, une révolte nécessaire contre le sentiment européen de supériorité ( extraits)

 

La Négritude résulte d’une attitude active et offensive de l’esprit.
 Elle est sursaut, et sursaut de dignité.

 Elle est refus, je veux dire refus de l’oppression.

 Elle est combat, c’est-à-dire combat contre l’inégalité.

 Elle est aussi révolte. Mais alors, me direz-vous, révolte contre quoi ? Je n’oublie pas que je suis ici dans un congrès culturel, que c’est ici, à Miami, que je choisis de le dire. Je crois que l’on peut dire, d’une manière générale, qu’historiquement la Négritude a été une forme de révolte d’abord contre le système mondial de la culture tel qu’il s’était constitué pendant les derniers siècles et qui se caractérise par un certain nombre de préjugés, de pré-supposés qui aboutissent à une très stricte hiérarchie. Autrement dit, la Négritude a été une révolte contre ce que j’appellerai le réductionnisme européen.

 Je veux parler de ce système de pensée ou plutôt de l’instinctive tendance d’une civilisation éminente et prestigieuse à abuser de son prestige même pour faire le vide autour d’elle en ramenant abusivement la notion d’universel, chère à Léopold Sédar Senghor, à ses propres dimensions, autrement dit à penser l’universel à partir de ses seuls postulats et à travers ses catégories propres. On voit et on n’a que trop vu les conséquences que cela entraîne : couper l’homme de lui-même, couper l’homme de ses racines, couper l’homme de l’univers, couper l’homme de l’humain, et l’isoler, en définitive, dans un orgueil suicidaire, sinon dans une forme rationnelle et scientifique de la barbarie.

 Mais, me direz-vous, une révolte qui n’est que révolte ne constitue pas autre chose qu’une impasse historique. Si la Négritude n’a pas été une impasse, c’est qu’elle menait autre part. Où nous menait-elle ? Elle nous menait à nous-mêmes. Et, de fait, c’était, après une longue frustration, c’était la saisie par nous mêmes de notre passé et, à travers la poésie, à travers l’imaginaire, à travers le roman, à travers les oeuvres d’art, la fulguration intermittente de notre possible devenir.

Tremblement des concepts, séisme culturel, toutes les métaphores de l’isolement sont ici possibles. Mais l’essentiel est qu’avec elle était commencée une entreprise de réhabilitation de nos valeurs par nous-mêmes, d’approfondissement de notre passé par nous-mêmes, du ré-enracinement de nous-mêmes dans une histoire, dans une géographie et dans une culture, le tout se traduisant non pas par un passéisme archaïsant, mais par une réactivation du passé en vue de son propre dépassement.
Littérature, dira-t-on ?

 Spéculation intellectuelle ?

 Sans aucun doute. Mais ni la littérature ni la spéculation intellectuelle ne sont innocentes ou inoffensives. Et, de fait, quand je pense aux indépendances africaines des années 1960, quand je pense à cet élan de foi et d’espérance qui a soulevé, à l’époque, tout un continent, c’e s t v r a i, j e p e n s e à l a Négritude, car je pense que la Négritude a joué son rôle, et un rôle peut-être capital, puisque cela a été un rôle de ferment ou de catalyseur.

 Que c e t t e reconquête de l’Afrique elle-même n’ait pas été facile, que l’exercice de cette indépendance nouvelle ait comporté bien des avatars et, parfois, des désillusions, il faudrait une ignorance coupable de l’histoire de l’humanité, de l’histoire de l’émergence des nations en Europe même, en plein XIXe siècle, en Europe et ailleurs, pour ne pas comprendre que l’Afrique, elle aussi, devait inévitablement payer son tribut au moment de la grande mutation.

Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel est que l’Afrique a tourné la page du colonialisme et qu’en la tournant elle a contribué à inaugurer une ère nouvelle pour l’humanité tout entière.

 

Extrait du discours sur la Négritude dans « Discours sur le colonialisme ». Éditions Présence africaine.1955

 

 

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A propos de Thomas l'Obscur (séminaire J.Lacan)

 

A propos de Thomas l'Obscur

(séminaire J.Lacan)
 

Les émotions, si quelque chose nous en est montré chez l'hystérique, c'est justement quand e11e est sur la trace du désir, c'est ce caractère nettement mimé, comme on dit hors saison, à quoi on se trompe et d'où se tire l'impression de fausseté. Qu'est-ce à dire, si ce n'est que l'hystérique bien sûr ne peut pas faire autre chose que de chercher le désir de l'Autre là où il est, où il laisse sa trace chez l'autre, dans l'utopie, pour ne pas dire l'atopie, la détresse, voir la fiction ; bref que c'est par la voie de la manifestation comme on peut s'y attendre, que se montrent tous les aspects symptomatiques. Et si ces symptômes trouvent cette voie frayée, c'est en liaison avec ce rapport que Freud désigne au désir de l'Autre

Jacques Lacan

 

 

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Antirasistisk Senter



The Antiracist Center in Norway is a nonprofit, politically nonpartisan institution which seeks to promote human rights and equal opportunities, and increase the understanding between the indigenous people and persons of non-Norwegian origin in Norway. The Center also provides individual assistance to persons who have become social, political and economic victims of racism and racial discrimination.



http://www.antirasistisk-senter.no/

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Aspies


Les critères:

http://perso.orange.fr/asperweb/criteres/aspies/aspies.htm

 

.......................................................................................................................................................................

 [...]we oppose any attempts to "cure" someone of an autism spectrum condition, or any attempts to make them 'normal' against their will.

 

http://www.aspiesforfreedom.com/

 

.................................................................................................................................................................

Books:

 

http://www.amazon.fr/Asperger-Syndrome-Universe-Everything-Kerr/dp/1853029300

-Asperger Syndrome and Difficult Moments: Practical Solutions for Tantrums, Rage, and Meltdowns. Brenda Smith Myles, Jack Southwick. Autism Asperger Publishing Co june 1999
- Pretending to be Normal: Living with Asperger's Syndrome. Liane Holliday Willey, Tony Attwood. Jessica Kingsley 1999
- Eating an Artichoke : A Mother's Perspective on Asperger Syndrome. Echo R. Fling, Tony Attwood. Jessica Kingsley
- Asperger's Syndrome, The Universe and Everything: Kenneth's Book. Kenneth Hall, Ken P. Kerr, Gill Rowley. Jessica Kingsley January 2001

 

 

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Le visage


«Le visage, derrière la contenance qu'il se donne, est comme exposition d'un être à sa mort, le sans défense, la nudité et la misère d'autrui. Il est aussi le commandement de prendre en charge autrui, de ne pas le laisser seul ; vous entendez la parole de Dieu. Si vous concevez le visage comme objet du photographe, bien entendu, vous avez affaire à un objet comme un autre objet. Mais si vous rencontrez le visage, cette responsabilité est dans cette étrangeté d'autrui et dans sa misère. Le visage s'offre à votre miséricorde et à votre obligation.»           

[Emmanuel Levinas] 

 

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