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Nice Débat sur la NPA

 

Nice   Débat

NPA ou parti-mouvement : pour être plus clair encore

 

 par Bruno Della Sudda et Romain Testoris

  
           Le débat sur la création d'un nouveau parti anticapitaliste, lancé à l'initiative de la LCR, vient à son heure. Comme l'ont montré une fois de plus  les élections municipales récentes, la gauche  est en pleine crise. Le Parti socialiste n'est plus qu'une machine électorale ; à son ombre survivent les Verts et le  PCF ; l'extrême gauche traditionnelle dévide son discours sans prise sur la réalité. Seul fait nouveau, les listes à gauche de la gauche obtiennent de bons résultats. Elles expriment l'aspiration à une politique résolument orientée à gauche, mais s’affirme aussi et plus fortement qu’auparavant l'aspiration à mettre fin à l’émiettement et à la dispersion à la gauche de la gauche traditionnelle, à la constitution d'une nouvelle force politique rassemblée et pluraliste.

  La LCR, avec son projet de NPA, tente d'incarner cette aspiration. Nous devons prendre cette initiative au sérieux,  en débattre clairement et sur le fond, ce qui implique de réfléchir à ce que pourrait être une force anticapitaliste tenant compte des expériences du passé ainsi que des conditions politiques, sociales et culturelles de notre époque, et tenter de préciser quelle pourrait être son organisation. Car l’aspiration à une nouvelle force est en soi très positive. Non pas parce qu’elle renforce nos propres convictions, mais parce qu’elle peut et doit nous donner l’élan nécessaire pour débattre et prendre des initiatives, au lieu de rester l’arme au pied et d’attendre des jours meilleurs, après l’épisode de l’après-campagne Bové qui n’a pas permis, à ce jour, de constituer cette nouvelle force que nous voulons. 
          
    Nous ne pouvons repousser ou ignorer l'initiative de la LCR en arguant que dans le passé, engagée dans des expériences et des processus unitaires (de la campagne Juquin en 1988 jusqu’au « Non de gauche » en 2005 suivi de la politique isolationniste de la LCR pour les présidentielles de 2007),  elle a toujours fini par faire prévaloir son renforcement au détriment de ces structures unitaires et de la possibilité de se fondre dans une organisation plus large.  Ce que nous savons de la LCR ne doit pas être oublié ; ce n'est pas là un obstacle infranchissable mais un élément de débat;  les pratiques et leurs pesanteurs sont en effet plus parlantes que les proclamations de bonnes intentions.  Ces proclamations d’ouverture sont même parfois contredites, à la lecture attentive de la presse de la LCR ou de la IVe Internationale (1).  

    Sans ignorer l’histoire et l’absence quasi totale de retour critique de la LCR sur son propre passé, mais sans en faire un préalable au débat, débattons donc sur le fond. Il existe en effet un lien étroit existe entre les pesanteurs de la LCR et la manière dont elle lance son initiative. Il faut donc identifier précisément ce qui fait problème. De ce point de vue, il vaut mieux éviter, quand on interroge légitimement la notion de « centralisme démocratique », de confondre léninisme et stalinisme, comme le fait R.-M. Jennar dans son adresse à D. Bensaid.  La LCR vient d'une tradition léniniste que nous ne devons pas assimiler à la tradition stalinienne. A la différence du stalinisme, synonyme de bureaucratie et de terreur, le "léninisme" a été une culture révolutionnaire, mais marquée de pratiques autoritaires, aux conséquences redoutables, dès l’arrivée au pouvoir des bolcheviks ; culture entrée en crise du vivant de Lénine pour cette raison même. Mais c'est parce qu'elle s'appuie sur le meilleur de cette culture que la LCR peut aujourd'hui faire des propositions unitaires, même limitées et très insuffisantes, à la différence des autres organisations d'extrême gauche. Et on peut difficilement exiger d'une organisation qu'elle efface sa mémoire et son histoire et utiliser dans le débat raccourcis et simplifications. 

        
  
Pour prendre le débat par le bon bout, demandons-nous d'abord quelles sont les fonctions que doit remplir une formation politique qui veut rompre avec le capitalisme, animer pour cela les luttes populaires et les luttes de classes, une formation qui ne se donne pas pour objectif de devenir le parti dominant ou dirigeant, mais d'assurer l'hégémonie, dans la société civile, des idées et des pratiques autogestionnaires. On peut repérer comme fonctions essentielles, sans vouloir être exhaustif : porter la mémoire des luttes indispensable à leur pérennité, assurer la synthèse entre l'expérience et la pratique, l'immédiat et le projet, permettre la théorisation, c'est-à-dire la généralisation des expériences et leur compréhension, prendre des initiatives et faire des propositions publiques pour orienter et développer les luttes.

    A la différence des mouvements sociaux qui se fondent chacun sur une question sociale et économique qui est sa raison d'être, ou des mobilisations citoyennes centrées sur un seul objet, la politique qui se réclame de l'anticapitalisme doit assurer la synthèse des luttes dans un projet d'émancipation global. Cela ne peut se faire dans des catégories telles que le rôle d'avant garde du parti ou la conscience venant de l'extérieur des luttes des exploités, issues du léninisme, qui, on l'a bien vu tout au long du 20e siècle, donnent la priorité à l'organisation sur le spontané à tel point que le spontané  perd quasiment toute légitimité.  Et cela ne peut non plus se faire sur la base d’un paradigme rouge, en reléguant au second plan les références à l’écologie, au féminisme et à la démocratie jusqu’au bout, à la fois comme moyen et comme but. Nous allons y revenir. Mais il faut aussi rompre avec des pratiques bien antérieures au léninisme, telles la subordination du social et du syndical au politique, l'autoritarisme interne, le culte de l'unanimité, la prééminence des élections sur les initiatives populaires ou l'élection comme débouché obligatoire des luttes, la participation aux institutions conçue comme une fin en soi. Et refuser, comme nous l’avons fait dans les deux précédentes décennies dans nos controverses avec les Verts –parti auquel nous avons refusé de nous rallier- le sectarisme (symétrique à celui du PCF) de la subordination des associations et des luttes écologistes aux intérêts du « parti écolo », et la substitution d’un paradigme vert (en simplifiant à l’extrême : tout découlerait de l’écologie et celle-ci aurait réponse à tout) à un paradigme rouge.             

 Ces formes d'organisation sont aujourd'hui caduques : les modalités de cristallisation d’une conscience anticapitaliste et la construction d’une nouvelle culture d’émancipation appellent à repenser la question du parti et obligent à inventer un autre type de force politique. Le léninisme est caduc et le type de parti qui lui est associé l’est tout autant. C’est donc de ce point de vue, et non pas d’un amalgame entre léninisme et stalinisme, que le centralisme démocratique n’est plus acceptable (2).   

    
    Commençons par rompre d’une part avec le centralisme et la verticalité, en donnant la priorité aux formes de décisions les plus démocratiques dans la perspective d'une organisation autogestionnaire; reconnaissons et respectons d'autre part sans restriction et sans exception l'autonomie des mouvements sociaux, de leurs formes, de leurs contenus, de leurs rythmes.

 
1. L'organisation interne.

    Elle est décisive. Après l’échec cuisant des révolutions du XXe siècle, qui se sont rapidement bloquées à leur stade initial, quand elles n'ont pas dégénéré, cette organisation interne donne à voir la sincérité de nos convictions et de notre projet d’émancipation. Ici, la forme rejoint le fond. La forme parti doit être remise en cause au profit du parti-mouvement. Le parti-mouvement associe l'idée de stabilité et de continuité à celle de démocratie active et se dissocie de l'idée de réseau, inadéquate en tant que forme d'organisation interne. Le parti-mouvement s'inspirera de la nouvelle culture en gestation dans le mouvement altermondialiste.  Il  ne s'agit pas de faire disparaître toute centralité, lieu où les pratiques se socialisent, les idées se confrontent, les décisions se confirment après débat interne, mais de  donner la priorité aux droits  des  adhérents et adhérentes, à  la démocratie, à l’expérimentation, au fonctionnement  en réseau et au déploiement des initiatives individuelles . La centralité assure sans coercition la démarche collective et  sa pérennité. Autogestionnaire dans ses objectifs, le parti-mouvement doit l'être dans son fonctionnement. Sans formalisme ni spontanéisme, les pratiques autogestionnaires doivent être non pas institutionnalisées, ce qui débouche sur la bureaucratie, mais instituantes, c'est-à-dire qu'elles trouvent dans les  institutions auxquelles elles donnent naissance leur prolongement et un point d'appui pour de nouvelles conquêtes (3), et non des structures formelles vidées de tout mouvement réel.  La rotation des responsabilités et la parité dans tous les lieux de direction sont impératives. Le droit de tendance doit être respecté, même s'il ne suffit  pas à assurer la démocratie. Il s'agit de prendre en compte et de favoriser la diversité culturelle et sociale  de ses adhérents et adhérentes, la cohérence de l'organisation existant non pas par l'autoritarisme et l'unanimité, mais  par la participation de tous et de toutes aux initiatives décidées en commun, à la critique, à l'élaboration de la stratégie, du projet et des programmes. De ce point de vue le centralisme démocratique, même débarrassé de ses caricatures staliniennes, parce qu'il donne la priorité  à  une centralité devenue  centralisme, est caduc. Et la manière dont, dans l’organisation, une majorité traite sa minorité -ou ses minorités- est le meilleur révélateur de la véracité de ses options démocratiques (4).   

  
2. Le parti mouvement et les mouvements sociaux. 

    Abandonner l'idée de subordonner le social au politique n'est pas renoncer à travailler en commun.  Le mouvement altermondialiste a montré que le  travail en réseau, ici irremplaçable, et les coopérations horizontales entre syndicats, associations et forces politiques est possible. Le parti-mouvement ne dirigera ni les syndicats, ni les associations, ni les mouvements de masse et ne s'y substituera pas. Il renoncera aux fractions ou tendances politiques dans les syndicats et les associations. Avançons l'expression paradoxale de "coopération conflictuelle" pour exprimer que les luttes communes du politique et du social contre leurs ennemis communs n'excluent nullement les contradictions, les désaccords, et exigent une critique réciproque, de même qu’un débat public et socialisé : le plus grand nombre est concerné.   

           
3. Le projet.

    Dans un monde ravagé par le capitalisme mondialisé, l'anticapitalisme doit être le fil rouge du projet.  Le féminisme et l'écologie en sont partie intégrante; ce ne sont pas les contradictions secondaires de l'anticapitalisme qui serait la contradiction principale. Simplement, même si les dégâts  dans le  milieu naturel sont vieux comme l'humanité,  ils prennent sous le règne du productivisme capitaliste l'allure d'une catastrophe permanente; et même si la domination subie par les femmes a sa logique et son autonomie propres, elle recoupe l'organisation capitaliste du travail où les femmes occupent toujours, pour le plus grand nombre, une place subalterne.         Quant à l’autogestion, elle n’est ni un supplément d’âme ni un objectif lointain pour les lendemains de la prise du pouvoir.  L’autogestion est une exigence immédiate, but et moyen à la fois, pratique dans les luttes et aspiration dans le fonctionnement même des structures associatives, syndicales, politiques. L'autogestion ne supprime ni ne remplace la lutte des classes mais rend effective la démocratie dite participative, que nous préférons appeler démocratie active, en l'insérant dans un processus global, celui de l'émancipation sociale. Généralisée à la société tout entière, elle concerne aussi bien les lieux de production au sens large, que les lieux de décision, et implique la lutte contre la bureaucratie et la gestion étatique centralisée. Réapparue en Amérique du Sud, elle est dès aujourd'hui vivace dans l’entreprise comme dans la vie de la cité à travers les aspirations tenaces à la démocratie dite participative. Il s'agit donc d'avancer sur tous les fronts à la fois.  Le féminisme, en tant que revendication à l'égalité des droits et qu’expression d’une émancipation spécifique, doit être intégré à la définition d'une société émancipée au même titre que la propriété collective des moyens de production. Les victimes de la crise écologique sont pour l'essentiel les mêmes que les victimes de la crise économique, ce sont les plus pauvres, les plus exploités.  La synthèse du rouge et du vert est  possible. Elle  permettra de se situer clairement à gauche et de reprendre des mains de la gauche traditionnelle en pleine débandade le flambeau de l'émancipation sociale.            

    Tout cela ne peut se faire qu'en croisant et dépassant les cultures politiques de lutte sociale issues du 20e siècle. Aucune n’est à négliger, chacune porte une part des expériences passées. Aucune n'est sortie indemne des drames qui ont marqué le mouvement ouvrier (5), toutes en subissent les conséquences ; ce dépassement doit se faire en commun.  Des milliers d'hommes et de femmes sont prêts à faire cette expérience si on les  associe à toutes les étapes de son déroulement. Il faut s'adresser non seulement aux militants et militants des organisations et courants politiques, mais en même temps à toutes celles et tous ceux que l'on retrouve dans les mobilisations féministes, antiracistes, écologistes, sociales, les pratiques autogestionnaires et alternatives, et toutes ces contestations sectorielles qui forment le kaléidoscope de l’altermondialisme.

          
    Une question se pose donc à propos de l'initiative de la LCR : si l'objectif est un rassemblement anticapitaliste, autogestionnaire, féministe, écologiste, et compte tenu du fait qu'actuellement aucune organisation ne peut prétendre posséder la culture qui réalise la synthèse de ces quatre aspects, la seule voie praticable n'est-elle pas de mettre ce projet en œuvre en y associant dès le début organisations, militants et militantes dans des structures unitaires ? Tout doit se faire de bas en haut et non de haut en bas, dans le pluralisme et non pas autour d'une seule organisation. De la base au sommet, aux échelles locale, départementale ou régionale, comme au plan national, toutes les initiatives allant dans ce sens, et permettant de mettre fin à la fragmentation existant à la gauche du PS, sont nécessaires : Etats-Généraux, Forums...
    Ce n'est pas faire un procès d'intention, ni rompre les ponts que de constater qu'en voulant conduire le processus sous sa seule responsabilité, la direction de la LCR ne prend pas cette voie. Or des questions comme l'indépendance sans sectarisme à l'égard du PS et la présence sans compromission dans les institutions, abordées par R.-M. Jennar et D. Bensaid dans leurs échanges, ne peuvent se régler sans croiser les expériences des différentes cultures et expériences sur ces questions.  
    Pour être plus concret, on ne peut laisser entendre que le refus de gouverner aujourd’hui ou même demain avec le PS,  justifié et commun, n’en déplaise à R.-M. Jennar comme D. Bensaid, à l’ensemble de la gauche anti-libérale, impliquerait mécaniquement le refus absolu de toute alliance avec le PS dans les institutions, en particulier les institutions locales, où les exemples d’avancées dans les politiques publiques obtenues par ce type d’alliance, sont très nombreux. Ou alors le slogan « battre la droite » n’est qu’une formule démagogique.       

    Quand nous disions, dans une précédente contribution, que « La nouvelle culture politique, autogestionnaire, n'est pas seulement le fruit d'une nouvelle pratique politique, elle en est aussi la condition de possibilité », ce n’est pas pour opposer au projet du NPA un autre projet « clé en mains ». Mais le parti-mouvement que nous proposons, avec les caractéristiques développées dans cette contribution, se justifie à nos yeux par une expérience politique profondément marquée par l’émergence de l’altermondialisme voici une dizaine d’années maintenant. Militants des Alternatifs, ne prétendant pas engager notre organisation, nous souhaitons que la gauche alternative débatte avec la LCR, et dans le même temps, s’interroge de manière féconde sur les références politiques qui pourraient être celles d’un parti-mouvement, plus nécessaire que jamais aujourd’hui.

 
Bruno Della Sudda et Romain Testoris,

Nice, le 28 avril 2008


(1) On lit dans la dernière livraison d’Inprecor, revue de la IV° Internationale, le texte d’une intéressante intervention de F.Sabado, membre du BP de la LCR et de l’exécutif de la IV° Internationale, faite à une réunion tenue à Sao Paulo (Brésil) en décembre 2007, dans lequel il est dit : « (…)Ainsi, tout en gardant les liens de la LCR avec la IV° Internationale, ce nouveau parti ne sera pas un  parti trotskyste ». De même, plus haut dans l’article, sont livrées les références du nouveau parti anticapitaliste. Avant même sa naissance, l’essentiel serait-il donc déjà décidé par l’actuelle direction de la LCR ?


(2) 
Faute d’une critique argumentée de centralisme démocratique de la part de RM Jennar, D Bensaid peut réaffirmer, en réponse, ses certitudes sur la question, dans des termes quasi intemporels. Instructive est aussi dans la réponse de D Bensaid l’analyse qu’il délivre du mouvement altermondialiste, très réductrice et vidée de la nouvelle culture politique qui caractérise justement l’altermondialisme

(3) 
Y compris dès aujourd’hui, même s’il s’agit de conquêtes limitées et partielles. Ce qui renvoie à la question des institutions et de l’indépendance sans sectarisme vis-à-vis du PS : voir plus loin dans le texte


(4)  
De ce point de vue, la récente « affaire Picquet » au sein de la LCR ne jette-t-elle pas une ombre inquiétante sur le futur NPA par les pesanteurs qu'elle révèle en matière d'organisation interne  ?  Les moyens de l'organisation appartiennent-ils à tous ses membres ou seulement à sa majorité ?

 (5)  
Y compris la culture politique dont se réclame la LCR : le bilan historique des différents courants trotskystes n’est-il pas lui aussi nécessaire, y compris avant de se débarrasser de la référence au trotskisme, comme semble l’avoir décidé la LCR pour le NPA, avant même la naissance de celui-ci ? 

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TamTam liste de diffusion

des Alternatifs des Alpes-Maritimes

B.P. 2016 - 06101 NICE cedex 2

 

 

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Roland Mérieux, les Alternatifs, interviewé par les communistes unitaires de Bondy

 

Association des Communistes Unitaires de Bondy

Point Info Bondy n° 40 d’avril 2008

 

 

Relancer l’union des antilibéraux

 

Entretien exclusif avec Roland Mérieux Membre de l’exécutif du mouvement des Alternatifs, mandataire financier de José Bové.

 

Que penses-tu de l'envoi de soldats supplémentaires en Afghanistan ?

Roland Mérieux Aujourd'hui, la situation afghane est d'une grande complexité et le retrait complet des organisations internationales conduirait sûrement à la catastrophe.

Néanmoins la politique menée par l'OTAN - mandatée par l'ONU - est un échec patent. L'ajout de quelques centaines soldats français n'y changera rien. C'est la politique menée en Afghanistan qui est à reprendre de fond en comble.

Par ailleurs, les Alternatifs dénoncent l'absence - une fois de plus - de débat démocratique sur l'envoi des troupes françaises.

Quant au projet de réintégration au sein du commandement de l'OTAN, il s'agit d'un alignement  inacceptable sur l'impérialisme étatsunien.

 

Que penses-tu de la loi sur les OGM ?

Roland Mérieux La pression du lobby FNSEA/semenciers a été très forte, et a exacerbé les contradictions entre l'appareil de l'UMP et le secteur de la droite favorable au

Grenelle de l'environnement. Le verrou pour 2008 tient, grâce à l'application de la clause de sauvegarde européenne, mais la suite sera difficile. Les

Alternatifs ne sont pas contre l'expérimentation scientifique sur les OGM, mais s'opposent aux cultures en plein champ pour empêcher la dissémination, ils soutiennent les faucheurs volontaires, et refusent par ailleurs le brevetage du vivant.

 

Une autre politique écologiste et sociale est-elle possible ?

Roland Mérieux Elle est vitale pour ne pas limiter un projet de gauche au partage plus équitable des richesses d'un système capitaliste et productiviste non remis en cause pour ne pas se satisfaire d'une écologie en vase clos, ne s'affrontant pas à la question de l'exploitation et des injustices sociales pour poser la question de qui décide, de l'organisation et des finalités de la production.

 

Un appel à un rassemblement unitaire a été lancé dans les bouches du Rhône. De quoi s'agit-il ?

Roland Mérieux Le travail sur le projet et les formes politiques dessinant une alternative est encore en cours, mais nous pouvons franchir une première étape par la convergence, dans leur diversité, des organisations, courants, collectifs, et audelà, de dizaines de milliers de femmes et d'hommes engagés dans les combats féministes, écologistes, sociaux, démocratiques, altermondialistes.

C'est pour cela que nous soutenons et appelons à signer l'appel lancé par les camarades des

Bouches du Rhône.

 

Après l'échec de la candidature unitaire aux présidentielles, est-ce le bon moment pour relancer cette démarche ?

Roland Mérieux On ne peut se contenter de travailler sur le projet, ni dissocier le fond du projet de la construction politique et organisationnelle.  Nous ne pensons pas réaliste, a ce stade, un parti commun des antilibéraux et anticapitalistes, mais plutôt une convergence et il y a urgence.

Faut-il obligatoirement se présenter aux élections pour avoir de l'audience ?

La mobilisation sociale, le "bloc social" sont prioritaires, les élections doivent cristalliser des avancées dans l'institution, mais elles sont aussi, malheureusement l'expérience l'a prouvé, des temps forts pour l'affirmation des sectarismes et d'esprit de chapelle à dépasser.

 

On veut rassembler qui et sur quel projet ?

Roland Mérieux Un projet rouge, vert, autogestionnaire, féministe, altermondialiste sera à même d'exprimer la diversité des champs d'action, des formes organisées sociales et politiques, pour permettre la convergence des résistances et bâtir une perspective d'ensemble.

Dans un monde ravagé par le capitalisme mondialisé, l'anticapitalisme doit être le fil rouge de ce projet.  Le féminisme et l'écologie en sont partie intégrante et ne sont pas les contradictions secondaires de l'anticapitalisme qui serait la contradiction principale.

Plutôt qu'un « nouveau parti » regroupé de fait autour d'un seul courant politique, c'est d'une nouvelle force politique, mouvement ou parti-mouvement, pluraliste et autogéré, écologiste, autogestionnaire et féministe autant qu'anticapitaliste, dont nous avons besoin.

 

Ne crains-tu pas que le parti des Alternatifs disparaisse dans ce rassemblement ?

Roland Mérieux Les Alternatifs sont un outil, transitoire comme toutes les formes politiques. Nous continuons a ce jour a le développer et a le faire vivre , parce qu'ils portent des objectifs rouges et verts et autogestionnaires encore peu présents dans d'autres secteurs de la gauche de gauche.

Dans les mois et années qui viennent nous ferons tout pour qu'ils puissent être partie prenante d'une convergence politique large.

La question du dépassement des Alternatifs se posera à mon sens sans aucune crispation si les conditions de création d'un nouveau mouvement politique rassemblant les forces de transformation sociales et écologistes sont remplies.

 

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Les Alternatifs et le rassemblement



 

 

NOUS VOULONS LE RASSEMBLEMENT DES FORCES DE TRANSFORMATION SOCIALE ET ECOLOGIQUE


Parce qu'il faut ensemble résister et construire face au capitalisme et à la politique de régression de la Droite. Parce qu'une gauche enracinée socialement, à même de peser dans le champ politique est indispensable, pour ne pas laisser le champ libre au PS, force encore dominante à gauche comme l'ont montré les résultats des récentes Municipales, mais inapte à proposer un vrai changement de société.
Aucun parti politique, existant ou à venir, ne sera à  même de changer seul la donne à gauche.  Il n'y aura pas,  à échéance  de plusieurs années, une organisation unifiée des 'antilibéraux' ou 'anticapitalistes', et nous le regrettons.

La LCR ne dérogera pas à sa ligne de construction du Nouveau Parti Anticapitaliste, le PCF  est loin d'en avoir fini avec l'introspection.  Le travail sur le projet et les formes politiques dessinant une alternative est encore en cours, mais nous pouvons franchir une première étape par la convergence, dans leur diversité, des organisations, courants, collectifs, et au-delà, de dizaines de milliers de femmes et d'hommes engagés dans les combats féministes, écologistes, sociaux, démocratiques, altermondialistes.


Les Alternatifs approuvent donc la proposition d'Etats généraux de la gauche de transformation sociale et écologique, portée notamment par les collectifs unitaires, et se félicitent du succès de l'appel 'Rassembler' des Bouches-du Rhône, démarches visant à rassembler la gauche de transformation sociale et écologique, la gauche antilibérale.

Si un certain nombre de formations politiques ne s'associaient pas à la démarche de convergence, nous ne baisserons pas les bras, et proposerons l'organisation d'états généraux de la gauche unitaire de transformation sociale et écologique, permettant à tous les secteurs unitaires du camp antilibéral de réfléchir et agir ensemble.

A ce stade du processus, plutôt que la fusion dans un parti commun de gauche critique, l’organisation de la convergence pourrait combiner une alliance permanente de différentes structures politiques, et une structuration à la base unitaire et ouverte.

Cette recherche opiniâtre de la convergence des forces de la gauche de gauche, n'est pas contradictoire avec notre volonté de renforcer et rassembler les forces alternatives autogestionnaires et écologistes au sein d'une organisation commune. Nous affirmons notre disponibilité à tous pas en avant dans ce sens, et faisons dès à présent de premières propositions sur la nature de l'organisation à construire.


NOUS VOULONS UN PROJET ALTERNATIF

Pour répondre à la crise sociale, la crise de la démocratie
représentative, la crise écologique.  C'est à partir de la pleine prise en compte de ces trois éléments majeurs que se construit un projet alternatif.
En germe dans les luttes sociales auto organisées, prenant en compte les acquis du mouvement altermondialiste (échanges sur un pied d'égalité entre mouvements syndicaux, associatifs, politiques, internationalisme altermondialiste, refus des paradigmes réducteurs 'rouge' ou 'vert' et recherche des synthèses). Tirant le bilan de l'échec historique des deux modèles dominants au sein du mouvement ouvrier.

Un projet rouge, vert, autogestionnaire, féministe, altermondialiste sera à même d'exprimer la diversité des champs d'action, des formes organisées sociales et politiques, pour permettre la convergence des résistances et bâtir une perspective d'ensemble.

Dans un monde ravagé par le capitalisme mondialisé, l'anticapitalisme doit être le fil rouge de ce projet.  Le féminisme et l'écologie en sont partie intégrante et ne sont pas les contradictions secondaires de l'anticapitalisme qui serait la contradiction principale.

Simplement, même si les dégâts  dans le  milieu naturel sont vieux comme l'humanité,  ils prennent sous le règne du productivisme capitaliste l'allure d'une catastrophe permanente, et même si la domination subie par les femmes a sa logique et son autonomie propres, elle recoupe l'organisation capitaliste du travail où les femmes occupent toujours, pour le plus grand nombre, une place subalterne.


Quant à l’autogestion, elle n’est ni un supplément d’âme ni un objectif lointain pour les lendemains de la prise du pouvoir.  L’autogestion est une exigence immédiate, but et moyen à la fois, pratique dans les luttes et aspiration dans le fonctionnement même des structures associatives, syndicales, politiques. Réapparue en Amérique Latine, elle est vivace dans l’entreprise comme dans la vie de la cité à travers les aspirations tenaces à la démocratie dite participative.

Il s'agit d'avancer sur tous les fronts à la fois. Cette synthèse, permettra de se situer clairement à gauche, et de reprendre le flambeau de l'émancipation sociale,  raison d'être et notion fondatrice de la gauche, des mains de la gauche traditionnelle en pleine débandade.



VERS UNE NOUVELLE FORME D'ORGANISATION POLITIQUE, VERS UN PARTI/MOUVEMENT

Pour résister à l'exploitation, aux discriminions, aux oppressions, il faut s'organiser. Dépasser la  juxtaposition des expériences sociales et locales sectorielles, construire un lieu d'échange et de propositions politiques, stratégiques, brassant les engagements, permettant la mise en commun de forces pour gagner.

Mais le besoin d'organisation politique ne peut pas plus ignorer les contradictions de la société telle qu'elle est, que les échecs des forces politiques autoritaires et centralistes ou digérées par l'institution et le compromis érigé en stratégie.

Les Alternatifs proposent de construire un nouveau type d'organisation politique, qu'ils expérimentent déjà en leur sein.

La question de la démocratie interne  est cruciale. il faudra inventer en marchant. Mais il est possible d'avancer dès aujourd'hui des orientations.  Il faut rompre avec le centralisme et la verticalité, formes dominantes dans presque toutes les tendances du mouvement ouvrier, et donner la priorité aux formes de décisions les plus démocratiques dans la perspective d'une organisation autogestionnaire.

Il  ne s'agit pas de faire disparaître toute centralité, mais de dépasser les blocages  issus des cultures politiques autoritaires et délégataires.

La forme parti classique doit être remise en cause au profit du mouvement  politique,  ou du parti-mouvement, si l'on veut par cette expression associer l'idée de stabilité à celle de la novation et se dissocier du projet inadéquat de nous réduire à la forme 'réseau'.

La nouvelle force  politique participera aux luttes sans imposer son orientation,  ne dirigera  ni les syndicats, ni les associations, ni les mouvements de masse et ne s'y substituera pas.

Le mouvement altermondialiste nous l’a confirmé : coopérations horizontales et en réseau entre syndicats, associations et forces politiques à égalité, absence de hiérarchie entre les terrains de lutte.  Voilà ce qu’il nous faut, voilà la culture politique émergente qui doit nous faire renoncer au parti dirigeant ou, ce qui revient au même, au parti qui s'institue «débouché des luttes».

Les déclarations d'intention ne suffisent pas. Les actes sont décisifs.
Sans formalisme ni spontanéisme, les pratiques autogestionnaires doivent être l'épine dorsale de l'organisation politique, donnant la priorité aux droits  des  adhérents et adhérentes, à  la démocratie, à l’expérimentation, et au déploiement des initiatives individuelles en liaison avec la démarche collective et le primat du collectif.  La rotation des responsabilités, la parité dans tous les lieux de direction seront impératifs.

Des milliers d'hommes et de femmes sont prêts à faire cette expérience, à condition d'être associés à toutes ses étapes.

Le projet doit se faire de bas en haut et non de haut en bas, dans le pluralisme et non pas autour d'une seule organisation. Ni la précipitation  ni l'à peu près ne sont de mise.  La nouvelle culture politique, autogestionnaire, n'est pas seulement le fruit d'une organisation politique nouvelle, elle en est aussi la condition de possibilité.

Les Alternatifs engageront le débat sur ces questions, à la base toujours et au sommet chaque fois que possible, avec les courants, femmes et hommes se réclamant d'une gauche alternative et écologiste, comme avec la LCR ou les collectifs unitaires.

Car plutôt qu’un « nouveau parti » regroupé de fait autour d’un seul courant politique, c’est d’une nouvelle force politique, mouvement ou parti-mouvement, pluraliste et autogéré, écologiste, autogestionnaire et féministe autant qu’anticapitaliste, dont nous avons besoin.

 

                                             

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José Bové sur son actualité militante

 
Rouge & Vert , le journal des Alternatifs
 
http://www.alternatifs.org/
 
a interrogé José Bové sur son actualité militante
(le soutien à l’USTKE et la lutte contre les OGM).
 
Nous sommes aussi revenus sur la présidentielle et les suites de cette campagne.
 
Rouge & Vert  : Tu es très impliqué dans le soutien aux militants de l’USTKE victimes de répressions policières et judiciaires en. Peux-tu revenir sur cette lutte?
José Bové  : Je parlerais plutôt de Kanaky que de Nouvelle-Calédonie, car c’est bien le cadre d’action de l’USTKE, le seul syndicat indépendantiste et aussi le premier syndicat en terme de représentativité, très loin devant les autres, avec une implantation très forte dans le publique comme dans le privé. L’USTKE, à partir de sa réflexion syndicale, a décidé de favoriser l’émergence d’un nouveau parti politique, le Parti Travailliste (créé au mois de novembre dernier). Ces militants avaient soutenu notre campagne présidentielle*, se sont présentés aux législatives et aux municipales. Ils ont arraché des élus dans la totalité des communes et ils ont gagné une commune dans le Nord. Entre le syndicat, acteur social incontournable, et son parti, réellement indépendantiste, et qui bouscule les indépendantistes «institutionnels», l’USTKE devient vraiment le syndicat à abattre à la fois pour le MEDEF local et pour l’Etat français.
 
Rouge & Vert : Quelle est l’origine du conflit actuel ?
José Bové  : Un licenciement abusif chez Véolia. Un chauffeur ramène la caisse de son bus un matin parce qu’il n’y avait personne la veille dans les bureaux à qui la remettre. Il est accusé de vol et licencié. Il y a négociation. Un protocole d’accord est signé en janvier 2007. Il n’est toujours pas appliqué aujourd’hui. En Novembre, les camarades de son entreprise se mettent en grève, soutenus par l’USTKE, et installent des piquets de grève. La tension monte et en Janvier 2008, à l’aube, les gendarmes et le GIPS (forces de police cagoulées, flash-balls et compagnie) encerclent puis chargent les militants présents. Des violences policières absolument invraisemblables ! Des gens tabassés à terre, attachés les uns sur les autres et entassé par 20 dans les fourgons de police. 50 arrestations et 15 personnes jugées en comparutions immédiates pour « attroupement armé » parce qu’ils ont jeté des cailloux ! Comme ils refusent la comparution immédiate, ils sont emprisonnés un mois A la mi février le procès à lieu. Ils sont libérés à l’audience. En effet, on ne peut pas juger en comparution immédiate pour attroupement, car l’attroupement, et c’est une information importante pour un journal militant, est le dernier délit politique du code pénal. Il date de 1848 et a été renforcé en 1934, après les affrontements de la place de la concorde avec les cagoulards. Les délits politiques imposent automatiquement une enquête, et donc interdisent la comparution immédiate. On a donc obtenu leur libération.
 
Rouge & Vert : Au même moment, il y avait le siège de l’USTKE...
José Bové  : L’Etat a voulu abattre le syndicat en interpellant ces leaders, notamment son président Gérard Jodar et plusieurs vice présidents, le jour même de la descente sur les piquets de grève. Dans les jours qui ont suivi, ils ont arrêté d’autres leaders du syndicat chez eux, à six heures du matin, en fracassant les portes, en renversant tout. Les responsables du syndicat, eux, se sont enfermés au siège du syndicat, immédiatement assiégé par la police et défendu par les militants. Pendant un mois, ils sont restés enfermés au siège du syndicat, avec tout le quartier bouclé. Fouilles systématiques, quartier sous surveillance, hélicoptères en position stationnaire plusieurs heures par jour. . . Bref un état de siège. Et le premier jour où les copains sont sortis du siège du syndicat, ça a été pour le procès. Ça a été une vraie gifle pour la justice coloniale : ils ont dû en même temps libérer les 15 inculpés et les personnes qu’ils traquaient sont venus sous leur nez au tribunal (ils ne pouvaient pas arrêter des personnes citées comme témoin se rendant au tribunal). Plus de 1000 syndicalistes ont fait le siège du tribunal jusqu’à notre sortie, à 21h. Ce moment de mobilisation très fort a permis de faire durer le mouvement. Malgré la répression, le piquet de grève est toujours sur place, avec une solidarité extraordinaire puisque les gens se relaient par branches.
 
Rouge & Vert : Et aujourd’hui?
José Bové  : Des procès sont en cours. Il y a une véritable volonté de casser le mouvement. On ne s’attend à aucune clémence du tribunal. Il y a eu une nouvelle convocation des responsables de l’USTKE. Ils on été libérés après 12h de garde-à-vue grâce au siège du commissariat central de Nouméa que nous avions organisé. Huit salariés de l’entreprise du patron du MEDEF local qui avaient participés au rassemblement de soutien le jour du procès ont été licenciés pour absence injustifiée. L’USTKE est allée manifester devant le siège du MEDEF et, après une heure de stationnement pacifique, ils ont subi une intervention du GIPN cagoulé et armé pour les déloger. Nouvel accrochage. Il y a un durcissement des positions. Nous avons organisé une manifestation rue Oudinot, devant le ministère des colonies**. Nous avons été reçus par un représentant du ministre. Ils se sont engagés à inciter Véolia à ouvrir le dialogue. Parce qu’il faut trouver un débouché. De toute façon, (et c’est un peu la spécificité de l’USTKE), ils ne lâchent pas tant qu’ils n’ont pas gagné. Par exemple, pendant le dernier conflit dur, l’USTKE avait totalement bloqué pendant plus de six mois la fabrication du ciment sur l’île. À la fin du conflit, ils ont produit eux-mêmes le ciment et ils l’ont vendu pour payer les grévistes. C’est un vrai syndicalisme de combat.
 
Rouge & Vert : Véolia est surtout implanté en France. Y a-t-il une mobilisation syndicale en métropole?
José Bové : Il y a une manifestation devant le siège de Véolia organisée par la CGT et SUD ainsi qu’un tractage à l’intérieur de l’entreprise, réalisé par FO. S’il n’y a pas d’évolution positive, cette mobilisation devra s’amplifier. On envisage un évènement festif et politique à Paris pour mettre cette question en avant. Il y a une véritable omerta en métropole sur ce qui se passe en Kanaky.
 
Rouge & Vert : Changeons de sujet : tu es toujours très impliqué dans la lutte contre les OGM. La aussi, il y a une actualité.
José Bové  : Apres la grève de la faim de Janvier qui a débouché sur l’annonce de l’activation de la close de sauvegarde, on a bataillé tout le mois de février sur le cadre d’application de la clause, et pour éviter qu’elle ne soit torpillée par le ministère de l’Agriculture. La clause de sauvegarde a été déposée de manière cohérente, ce qui est important. Il y a aussi eu un décret interdisant la culture et la vente de semences sur le territoire français. Ça a été immédiatement attaqué sans succès devant le Conseil d’état par la FNSEA, sa section spécialisée, l’association Générale des Producteurs de Maïs et tous les semenciers en France (Monsanto, Pioneer, Syngenta et Limagrain). L’enjeu était de taille : si Conseil d’état avait cassé l’interdiction, les transgéniculteurs auraient pu semer cette année. On a maintenant la garantie quasi-certaine qu’il n’y aura pas d’OGM commerciaux de manière publique en France. Il y aura bien quelques crapules pour essayer de tricher, mais on va les surveiller.
 
Rouge & Vert : C’est une victoire importante ?
José Bové  : Très, parce que la France, avec 3 millions d’hectares, est le premier producteur de maïs en Europe. Que la France rejoigne l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche, la Hongrie, la Grèce, et j’en passe, voilà qui crée un sacré rapport de force au niveau européen ! Le phénomène d’entraînement pour les autres pays peut être très fort. Il y a actuellement une mobilisation dans ce sens-là en Roumanie et j’étais à une rencontre à côté de Bibao les 15 et 16 mars avec l’ensemble des mouvements paysans et écologistes de la péninsule Ibérique pour lancer un mouvement coordonné sur ces deux pays, pour demander l’application d’une clause de sauvegardes sur toute la péninsule Ibérique.
 
Rouge & Vert : Il devrait aussi ne plus y avoir d’essais en plein champ.
José Bové  : On sait que les firmes essaient toujours de mettre en place des essais pour tester de nouvelles variétés. On a mené la bagarre depuis le début sur ces essais, sur leur finalité non pas scientifique mais technique, en vue d’être inscrit au catalogue. Outre les raisons écologiques, c’est l’autre raison qui nous a poussé à mener la bataille : en empêchant ces essais, on empêche l’inscription de nouvelles variétés, et donc on attaque directement les firmes au porte-monnaie. C’est ce qui poussé Limagrain à arrêter tous leurs essais en Europe (ces deux dernières années, ils ont vu 70% de leurs essais détruits). Ils travailleront maintenant aux USA. Qu’ils partent donc, on ne les retiendra pas! Rouge & Vert: Et les pro-OGM? José Bové : Aujourd’hui, on est confronté à l’esprit revanchard des pro-OGM qui se manifeste déjà au travers du débat qui a commencé au Sénat début mars sur la loi sur les OGM. Elle correspond à la directive européenne sur les OGM 2001-18, qui doit être traduit dans les droits nationaux de chaque pays depuis 2001! Elle passe à l’Assemblée Nationale les 1er et 2 avril, et repassera au Sénat fin avril. Alors que le Grenelle de l’environnement avait conclu qu’il fallait, outre la clause de sauvegarde et le moratoire, une loi sur la liberté de produire et consommer sans OGM. Or le lobby OGM, soutenu par la majorité UMP, a dénaturé au Sénat le contenu de la loi. C’est devenu une loi de dissémination et de coexistence, ce qui est très défavorable aux anti-OGM et en contradiction avec l’esprit du projet. Cela s’est conclu par un vote avec 30 voix d’écart, ce qui montre que même dans la majorité, il y a des gens qui sont très mal a l’aise. On va voir ce qui va se passer à l’Assemblée Nationale. Il est clair qu’on n’a pas fini cette bataille.
 
Rouge & Vert : Encore un autre sujet : au moment de la présidentielle, tu as participé à l’ouverture d’une fenêtre politique pour un espace militant différent, à la foi altermondialiste, écolo, solidaire, féministe anti-raciste. Est-ce une parenthèse qui se referme dans ton parcours militant, ou y a-t-il pour toi un espace à faire perdurer et d’autres rendez-vous dans l’espace strictement politique ?
José Bové  : Avec le recul, ça fait un an maintenant, je pense que ça a été une expérience très riche, très forte. Elle a mis beaucoup de gens en mouvement, plus même que je pouvais imaginer. On l’a revu d’ailleurs au moment des municipales : il y a beaucoup de gens qui s’étaient impliqués dans la présidentielle qu’on a retrouvée lors des municipales, dans des constructions ouvertes pour faire de la politique autrement. Des choses se sont passées qui à mon avis sont fortes. L’expérience des présidentielles a permis de montrer qu’il y avait un espace politique et qu’on était capable de relever le pari de présenter un candidat en dehors des logiques partidaires. Je n’ai pas été surpris du score dans ce contexte des logiques des gros partis, des logiques médiatiques, du temps court (on a fait une campagne de deux mois et demi alors que d’autres y étaient déjà depuis un an). On a ne pouvait s’attendre à un autre résultat en termes de voies. Cependant, on a touché et l'on a pu mobiliser des gens qui autrement ne se seraient jamais mobilisés. On a eu parmi nous beaucoup d’invisibles, et ces invisibles, on a pu les rendre visibles et leur donner la parole. Ça c’est important, c’est une chose qui s’inscrit dans la durée. Des gens qui n’étaient pas dans le débat politique se retrouvent aujourd’hui conseillers municipaux, en particulier dans certaines villes de banlieue. Il y a eu une prise de conscience qu’être dans les mouvements sociaux n’était pas forcément suffisant, qu’il y avait d’autres espaces possibles d’implication politique. Et ce phénomène n’a pas lieu que dans les grandes villes. On trouve aussi en milieu rural, dans des départements où la présidentielle avait fait beaucoup bouger, des listes aux municipales qui ont fait des scores intéressants.
 
Rouge & Vert : Et la suite ?
José Bové  : Sur quoi ça peut déboucher aujourd’hui ? Je crois qu’il est nécessaire de continuer dans ce sens-là, dans cette logique d’ouverture, de débat, mais en même temps d’être vigilant sur ce qui se passe. On voit bien ce que la LCR veut faire, et qui n’apporte pas une véritable nouveauté, ni en termes de pratiques ni en termes de discours. J’aime bien Olivier Besancenot, mais son projet ne correspond pas à l’aspiration de ces nombreuses personnes qui veulent faire de la politique autrement, qui veulent que cette réalité citoyenne prenne le dessus. Nous sommes plutôt dans un processus lent (ça ne va pas se régler en quelques semaines ni quelques mois) mais qui porte en lui une vraie espérance. C’est quelque chose de long, parce que cela s’inscrit dans des réalités nationales et européennes, dans un contexte de bipolarisation. Les élections européennes sont, potentiellement, l’occasion de faire émerger, comme ça s’était fait en Midi-Pyrénées aux Régionales avec des listes ouvertes et pluralistes, un espace composé de l’éventail politique le plus large (pas en termes de consensus mou). Mais ça ne se fera pas un mois avant les Européennes. Il faudrait déjà y travailler aujourd’hui. D’autant que ceux qui auront créé de nouveaux partis voudront sans doute à cette occasion se compter. Interview réalisée par MC
 
* Au premier tour de la présidentielle en Nouvelle-Calédonie, José Bové était arrivé en 4e position, derrière Sarkozy, Royal et Bayrou.
 
** Autrement appelé «secrétariat d’Etat chargé de l’outre-mer auprès du ministère de l’Intérieur, de l’outre-mer et des Collectivités Territoriales»
 
 
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listmaster@alternatifs.org
 
 

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Des résultats de gauche dans les Bouches Du Rhone (13)

 
 DES RÉSULTATS ENCOURAGEANTS 
A MARSEILLE ET DANS LE 13
Au second tour, dans le 13, des militants 
des collectifs unitaires antilibéraux figuraient 
sur 4 listes et plusieurs d'entre eux sont élus.

Ci-dessous un petit récapitulatif
sans commentaires politique.

- Aubagne : le collectif était partie prenante
de la liste de la gauche unie conduite par 
Daniel Fontaine (communiste unitaire) 
qui l'a emporté (53,2%). Olivier Bosch et 
Barbara La Barbera sont élus.

- Miramas : la liste d'union PS/gauche
alternative "Pour Miramas" conduite
par Fred Vigouroux (PS) et Gérard Géron 
(collectifs) l'emporte également 
(48,13% en triangulaire). Il s'agissait 
d'une liste strictement paritaire entre 
ces deux composantes.

- Aix : la liste Aix pour Tous (gauche unie)
est battue de peu (43% en triangulaire), 
mais je suis cependant élu.

- Simiane : la liste citoyenne "Simiane avec
vous" conduite par Bruno Gerara (ex PC) 
obtient 2 élus (18,47%). Magali Braconnot 
(collectifs et membre des Alternatifs) est la 
seconde.

Cela s'ajoute aux résultats
du premier tour :

- Allauch : la liste "Enfin la gauche à
Allauch" (18,85%) conduite par Gilles 
Viallon (collectifs) avait obtenu 3 élus 
(le second est PC et le troisième LCR)

- Septèmes : Michel Gourdol (collectifs)
conduisait une liste de rassemblement 
citoyen (8,3%) et a été élu.

Bien sûr, le bilan ne se résume pas aux
élus. Loin s'en faut. Il faut également 
citer à l'actif des collectifs :

- le bon résultat des listes Marseille Contre
Attaque à Gauche (LCR, Alternatifs, collectifs, 
Motivés, Résister...) et par