akinorev31

Témoignage de militante, Toulouse

 

Un article paru dans R&V, le journal des Alternatifs:

 

http://www.alternatifs.org/presse/journal/271.pdf

 

ÇA LE FAIT PAS

 

Toulouse, nombre d'habitants : 389496, nombre de sièges à pourvoir : 69, inscrits 242961

Premier tour :

Abstentions 43,50%. Votants 56,50%. Exprimés 97,99%. Blancs ou nuls 2,01%

Aucune liste n'a obtenu la majorité absolue au 1er tour.

TOULOUSE POUR TOUS (Jean-Luc MOUDENC, Centre/UMP) 57303voix 42,60%

TOULOUSE RASSEMBLEE (Pierre COHEN, PS, PC, Verts) 52455voix 39,00%

TOULOUSE AUTREMENT (Jean-Luc FORGET, Modem) 7936voix 5,90%

RENATIONALISATION AIRBUS (Thierry DUPIN, ExtG) 446voix 0,33%

LUTTE OUVRIÈRE (Sandra TORREMOCHA) 1112voix 0,83%

100% POUR TOULOUSE (André GALLEGO, DVG) 1155voix 0,86%

DEBOUT ! ENSEMBLE LA GAUCHE QUI NE RENONCE PAS (Myriam MARTIN, LCR, Motivé-es, Appel Unité Antilibérale) 6817voix 5,07%

L'AUTRE LISTE (François SIMON, DVG) 7293voix 5,42%

Deuxième tour :

Abstentions  38% Votants  61% Blancs et nuls  1% Exprimés  59%

Liste de M. Pierre COHEN  (Liste d'union de la gauche)  50.42%  Elu

Liste de M. Jean-Luc MOUDENC  (Divers droite)  49.58%

 La liste « d’union de la gauche » a été élue avec 1209 voix de plus que celle de droite.  Pierre Cohen a refusé la fusion avec les listes à sa gauche ce qui a bien failli laisser la droite à la mairie pour encore 6 ans.  La population a ainsi dénoncé son manque de démocratie.  Mais……..

37 ans de droite au Capitole, ça suffit !!!

Des données précises:

Cohen a obtenu 21 000 voix de plus au deuxième tour et ne dépasse Moudenc que de 1 209 voix !
Il y a eu un bon report des voix de Debout ! et Simon (réserve de 14 000 voix) et un report nettement plus mauvais du Modem (réserve de 8 000 voix).
11 100 votant-e-s de plus au deuxième tour.
Quasiment 105 000 personnes ne sont pas allées voter au premier tour !

Pour faire entendre la voix des Alternatifs, de la gauche du PS en général, la division, « ça le fait pas »! Les scores du premier tour le montrent:

Total des listes à la gauche du PS en 2001: 16,86%

Le total en 2008: ........................................ 12,51%

Soit une perte de: ......................................... 4,32%

Mais l'analyse reste incomplète si on ne s'en tient qu'à cela. Rappelons que le score cumulé du premier tour de mars 2001 de 16,86% est en grande part imputable aux Motivé-es qui remportaient 12,38% des suffrages exprimés. Dans la Dépêche du 14 mars 2001 on pouvait lire:  « L'analyse affinée du scrutin démontre que c'est en fait dans les quartiers du centre ville et ceux peuplés d'étudiants ou de nouveaux arrivants que les Motivé-e-s obtiennent leurs meilleurs scores [...] Satisfait de son score (41,5 %), le leader de la liste de droite Philippe Douste-Blazy (UDF) [...] a regretté que «la liste sympathique et spontanée des Motivé-e-s soit récupérée par les partis». »  En 2008, les Motivé-es, certes politisés, sont représentés sur plusieurs listes. Il faut aussi tenir compte du fait que Toulouse est une ville qui s'agrandit beaucoup. L'électorat change.

 

Pourquoi cette année les listes DEBOUT et l'Autre Liste n'ont-elles pas fusionné? le reproche larvé, nous l'entendions de la part des gens à qui nous distribuions le tract de nos listes respectives, dans les marchés, dans la rue. Des nationaux même se fendaient de coups de fil (à l'ACU 31 par exemple). Des éléments de réponse à cette question, il y en a. Il est difficile de se prononcer sans heurter l'une ou l'autre des parties engagées. On peut dire qu'au niveau des appels à l'Unité des Antilibéraux sur Toulouse, il y a eu un discours de sourds entre l'Alternative en Midi-Pyrénées de François Simon et les collectifs Unitaires Antilibéraux de Toulouse (ceux de région restant très partagés dans leurs prises de position). Et puis il y a eu un mémorable bras de fer un soir de meeting public qui était sensé aboutir à une fusion. Malheureusement, le jour même, la Dépêche publiait un article où il était question de « la liste de François Simon ». Déjà ce soir là, les possibilités de fusion ont dû s'évanouir. Certains comme moi ont voulu garder l'espoir mais les désaccords se faisaient de plus en plus politiques. Outre le fait que ce qui deviendra la liste DEBOUT ! refusait d'accorder d'office la tête de liste à François Simon, bien qu'il soit très connu localement, et ce dans un souci de choix collectif, l'écart s'est fait sur la ligne à tenir au deuxième tour. François Simon, l'AMP (bien que quelque peu divisée) et de fait, les individus qui se ralliaient à ce projet de liste petit à petit voulaient tous que les élus puissent occuper une place d'adjoint au maire, ou autre responsabilité. La liste initiée par l'Appel à l'Unité des Antilibéraux, (impulsée par le collectif Centre qui avait fait campagne pour Sylvie Lorthois [5,23%] aux Législatives), refusait toute responsabilité qui pourrait les lier à une équipe majoritaire PS à la mairie. François Simon s'est ensuite prononcé comme étant réfractaire à l'unité avec la LCR. Et voilà le travail.

 

Les deux listes ont eu leurs points forts et leurs défauts. L'Autre Liste, si elle a su mettre en place un programme fouillé et prendre sa place dans les débats publics, n'a pas eu de réel soutien politique hormis de l'association l'AMP (qui est faible en nombre de toulousains) et du parti occitan dont plusieurs membres se reconnaissent dans la démarche des altermondialistes. Le ralliement à la liste de plusieurs personnalités, des Verts notamment, ont été un plus pour cette liste. Si plus unitaire, la liste DEBOUT! a eu un fonctionnement tendu plus d'une fois du fait du manque de lien politique fort entre la LCR, les Motivé-es et les antilibéraux. Ceci nous a valu le bon mot d'un camarade de l'appel pendant la campagne: « Nous pensions faire l'unité, mais en fait nous réussissons simplement à nous diviser entre nous ». Les médias ont boudé la liste mais les interventions publiques de Myriam Martin, tête de liste LCR que nous avions consensuellement désignée, ont su convaincre, ainsi que nos actions sur le terrain et le meeting avec Besancenot (1000 à 1500 personnes).

 

Résultat : Dès le lundi, Pierre Cohen s'oppose à toute fusion, même technique, avec l'une comme avec l'autre liste (c'est le cas de le dire) et propose à François Simon tout seul de rejoindre la dynamique PS, PC, Verts. Il a refusé. Depuis les deux listes dénoncent le manque de démocratie qui fait que notre total de 10,49% soit environ 14 000 toulousains ne sera pas représenté par des élus à la mairie. Et oui, si les deux listes ne sont pas rassemblées pour retourner à la besogne dans les luttes, elles se conçoivent comme un tout du point de vue du vote des toulousains.

L'Autre Liste n'a fait aucune déclaration pour appeler à faire barrage à la droite au deuxième tour. Le libellé du tract entre deux tours de la liste DEBOUT!, un peu confus, rappelle toutefois que « nous souhaitons toujours la défaite de la droite au pouvoir depuis 37 ans à Toulouse ». La LCR et le collectif Centre eux ont fait un appel à « battre la droite au deuxième tour ». Nous avons tenté de convaincre les nombreux toulousains écoeurés de la position de Cohen face à l'extrême gauche. La position du PS a même fâché des gens qui avaient voté « utile » au premier tour.

Bon, puisqu'il faut le dire, disons-le: si une seule liste avait remplacé les deux, avec 10,49%, voire plus, le rapport de force n'aurait pas été le même.

 

Veronika D. de Toulouse, ville de toutes les passions

 

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Interview de Caren Lay, die Linke, article de R&V, le journal des Alternatifs

Entretien avec Caren Lay, membre du comité directeur de

Die Linke est le nouveau parti de la gauche allemande, fondé le 16 juin
2007, déjà fort de 72 000 adhérents. Die Linke (http://die-linke.de/)
est issue d
un large mouvement unitaire des anti libéraux de différentes
sensibilités, et dun accord entre la WASG,  implantée essentiellement en Allemagne de lOuest et regroupant principalement des sociaux-démocrates de gauche, dont l'ancien dirigeant du SPD Oskar Lafontaine, et des militants syndicaux du DGB, et le PDS issu de la mutation post-communiste, essentiellement présent dans les Länder de l'Est.
                                                     
                                                                 
Caren Lay a 34 ans.  Sociologue de formation, elle est actuellement conseillère régionale de la Saxe.  A l’origine proche des « Verts »,   elle a été collaboratrice du ministre de l’environnement.  Caren Lay est ensuite devenue membre du PDS et c’est en tant que tel qu’elle a pris part active dans la construction du nouveau parti.

 

R&V :  Le PDS est un parti communiste présent surtout à l’Est.  Quelle a été votre motivation pour en devenir membre, alors que vous êtes originaire de l’Ouest ?

Caren Lay : Je tiens à préciser que le mot « communiste » n’est plus dans le vocabulaire au sein des partis en Allemagne, si bien que le mot « socialiste » a une signification plus large aujourd’hui.  Je suis devenue membre du PDS parce qu’il était le seul parti crédible au niveau de la justice sociale. 

 

R&V : Quels sont les rapports entre militants de l’Est et de l’Ouest ?  Entre les partis ?  Et en quoi cela a-t-il aidé à la construction de Die Linke ?

Caren Lay : Le PDS n’ayant pas réussi à s’établir en tant que tel à l’Ouest, ses militants se sont vus satisfaits de la force émergeante à l’Ouest dans le cadre de l’unité et cela a favorisé la fusion.  Certes les différences politiques et culturelles sont une question centrale.  Le vœu à l’Est est que, dans les nouveaux programmes, on reconnaisse la valeur de la démocratie sociale.  Les militants de la WASG à l’Ouest, eux, souhaitent que le mouvement s’engage clairement en opposition au néo libéralisme.  Sur le plan militant, nonobstant, la WASG est plus radicale car ancrée dans les mouvements sociaux.  Au PDS, nous sommes plutôt enracinés dans les municipalités et les parlements régionaux.  A l’Ouest nous sommes d’ailleurs pour la première fois présents dans un parlement régional à Brème ! 

On peut dire que WASG et PDS se complètent bien.

 

R&V : Quelle est la place des Alter mondialistes au sein de Die Linke ?

Caren Lay : Die Linke s’ouvre aux alter mondialistes : A l’occasion du dernier G8 qui a eu lieu en Allemagne, nous avons pu faire un travail de qualité en lien avec les militants alter mondialistes de l’anti G8.

 

R&V : Y a-t-il un courant « Rouge et Vert » à l’intérieur de die Linke ?

Caren Lay : Avant, l’environnement n’avait pas la première place, ni parmi les militants WASG ni au PDS.  Depuis, die Linke espère un changement et on remarque que les deux présidents, Lothar Bisky et Oskar Lafontaine, ainsi que Gregor Gysi se sont prononcés pour qu’on s’engage plus fortement pour la préservation de la planète : on ne peut en effet se faire crédible en matière d’écologie qu’à condition d’être critique par rapport au capitalisme. 

 

R&V : Quelle est la place des syndicats dans die Linke ?

Caren Lay : De façon générale, les syndicats sont forts en Allemagne.  Leur position se trouve consolidée par la politique de Die Linke.  Bien des syndicalistes reconnaissent que le clivage se creuse entre les positions initiales de leurs organisations et la place faite à leur expression dans une démocratie sociale. 

Parallèlement, il faut moderniser la politique syndicale car des réponses sont à trouver aux questions que pose la fin de l’ère industrielle.  Un nouvel espace de travail s’ouvre avec l’émergence des précaires et des chômeurs et la défense de leurs intérêts.

 

R&V : Quel avenir pour die Linke en Allemagne ?

Caren Lay : Un grand avenir j’espère!  Nous sommes d’ores et déjà la troisième force en Allemagne en nombre d’adhérents ;  en deux semaines d’existence, Die Linke a enregistré 3000 nouvelles adhésions… D’après les sondages, notre potentiel électoral serait supérieur à 24%.  Ainsi aujourd’hui, personne ne peut lutter contre l’établissement de Die Linke dans le paysage politique allemand.

 

R&V : Quelles sont les vocations de die Linke dans la construction de l’Europe?

Caren Lay : Naturellement je serais très heureuse que des initiatives comme la création de die Linke s’étende à d’autres pays d’Europe.

Il est possible d’être membre de “Gauche Européenne” sans devenir membre de die Linke, mais le mieux, c’est d’être aux deux !

J’aimerais que die Linke ait un projet politique pro européen.  Ainsi pourrions-nous faire prévaloir nos idées, surtout si à l’échelon européen les gauches se rassemblaient pour mettre les choses en commun.

 

Propos recueillis par Veronika D.  Juin 2007

Merci à Françoise D. d’avoir traduit les propos de Caren Lay.

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Interview de Guro Fjellanger, article de R&V, le journal des Alternatifs

 

 

UNE INTERVIEW DE GURO FJELLANGER

 

Guro Fjellanger est une politicienne norvégienne.


Née en 1964, elle a grandi à Stokmarknes dans le nord.  Guro Fjellanger est bijoutier de formation et a fait des études d’« histoire des idées ».

De 1986 à 1988, elle est leader des Jeunesses de Gauche.  De 1991 à 1995 elle est Secrétaire Général du « Non à l’Union Européenne »  (non qui a ensuite été entériné par référendum).  Elle est Ministre de l’Environnement de 1997 à 2000, au moment des accords de Kyoto.

Guro Fjellanger est aussi connue pour son engagement dans les Droits de l’Homme.  Elle a été le dirigeant de NOAS, Organisation norvégienne pour les demandeurs d’asile, puis du Centre Contre les Discriminations Ethniques.  Elle lutte activement contre toutes les formes de discriminations.  De 2003 à 2005, Guro Fjellanger qui est elle-même spina bifida a participé à l’élaboration du projet de loi contre la discrimination des personnes à mobilité réduite.

 

-1-  Pourquoi un Non à l’Union Européenne ?  Par protectionnisme ?

 

Pas du tout.  Trois choses sont importantes en rapport avec l’Union Européenne :

-        La démocratie.  Les décisions doivent être prises par le peuple.  En cela l’UE représente un grand challenge, mais force est de constater le manque d’implication de l’appareil dans ce sens.

-        La politique environnementale.  Malheureusement l’UE continue de laisser la libre concurrence de primer sur les exigences de la préservation de notre environnement.

-        L’ouverture.  Là encore, l’UE échoue.  Elle bâtit des murs pour se protéger du reste du monde.  Dans sa politique d’immigration, de par son manque d’échange avec les pays du tiers monde, l’UE exerce elle-même un protectionnisme des pays membres.

 

-2-  Tu as participé aux accords de Kyoto.  Comment cela s’est-il déroulé? 

 

Lorsque les discussions ont commencé, je n’étais Ministre de l’Environnement que depuis six semaines.  Les négociations étaient très rudes, d’autant qu’il fallait que le compromis soit accepté par les États Unis !  Jusqu’à cinq heures du matin, cela se passait plutôt mal.  Puis à huit heures, les choses se sont dénouées.  C’était palpitant…

Certes le traité ne va pas assez loin avec comme but seulement 5% de réduction de gaz à effet de serre.  Cependant, sur le principe, c’est une bonne base et un cadre pour des exigences supérieures dans l’avenir.  La préservation du climat est un des plus grands défis de notre époque.

 

-3- Lorsque tu étais Ministre de l’Environnement, le gouvernement de coalition dont tu faisais parti a dû être dissolu parce que, de façon idéaliste, tu t’es opposée à la construction d’une usine à gaz en Norvège (alors que la majorité du parlement s’est prononcée pour).  Pourquoi y étais-tu à ce point opposée et qu’est-ce qui te donne cette force intérieure en tant que politicienne pour résister seule contre tous ?

 

En Norvège, nous tirons notre énergie des barrages hydroélectriques qui ne produisent pas de gaz carbonique.  Les gens veulent beaucoup d’énergie à pas cher.  C’est dans l’ensemble aussi à l’électricité que nous nous chauffons.  Si nous gardons nos habitudes et commençons à utiliser le gaz comme source d’énergie, nous allons produire du gaz carbonique et c’est justement ce qu’il faut éviter.

Si je suis restée ferme dans ma prise de position au point que le gouvernement a du démissionner, c’est d’une part que je tenais à rester loyale en tant que cosignataire des accords de Kyoto.  Plus encore, je veux que le cours des choses change et cela n’est pas un engagement religieux puisque je ne suis pas croyante : j’estime que si on fait de la politique, c’est pour obtenir ce que l’on veut.

 

-4-  Tu dis que tu n’es pas croyante.  Que penses-tu de la laïcité ? 

 

Oh ! Je suis absolument pour !  Il faut savoir qu’en Norvège il n’y a plus que deux partis au pouvoir qui soient fermement contre le passage à la laïcité, ce sont le d.n.a., parti socialiste norvégien et le senterparti, le parti centriste.  Leur motivation est de garder le contrôle sur les religions en Norvège.  Or tant que le luthéranisme n’est pas dissocié du pouvoir, la religion dominante a automatiquement vocation à prendre le dessus.  Je ne suis pas opposée à ce que les religions soient enseignées à l’école, mais nous sommes nombreux à lutter contre le « formålsparagrafen » qui exige que l’enseignant soit « un bon chrétien ».  La conséquence évidente en est une forme de discrimination envers ceux qui n’ont pas de religion ou envers ceux qui ne sont pas chrétiens. 

 

-5-  Il y a encore beaucoup de nature sauvage en Norvège.  Dans quelle mesure a-t-on plus à faire pour la préserver en Norvège qu’ailleurs ?

 

Nous avons des ressources naturelles fantastiques.  Avec un accès facile à des sites magnifiques, les norvégiens sont gâtés.  Nous avons tellement de nature sauvage que nous ne pensons pas assez à la préserver.  Nous avons aussi des bêtes sauvages : ours, loups et lynx créaient des conflits avec les éleveurs de troupeaux.  Il est délicat de trouver un équilibre.

 

-6-  Tu es également célèbre en Norvège pour ta lutte contre la discrimination des étrangers.

-        L’état norvégien est-il plus performant que les autres dans sa façon d’aborder ce problème de société ?

-        En quoi la discrimination en Norvège se différencie-t-elle de celle des autres pays ?

 

Mon engagement contre les discriminations concerne les femmes, les homosexuels, les personnes à mobilité réduite et les étrangers.  A Oslo la communauté étrangère représente 20% de la population, avec une large communauté pakistanaise. Dernièrement j’ai dirigé une commission qui a travaillé sur le thème de la santé psychique des personnes au sein d’une société pluri-culturelle et co-rédigé le rapport. 

A la première question : « L’État norvégien est-il performant », je répondrais oui et non : il faut comprendre que les problèmes de société liés à la présence d’étrangers n’atteignent pas les mêmes sommets qu’en France.  Nos jeunes issus de l’immigration ne brûlent pas les voitures dans les citées et même si on observe une sévère discrimination à l’embauche, nos populations d’origine étrangère sont moins victimes du chaumage que dans les pays de l’Union Européenne. 

Même si les étrangers sont moins bien logés, sont plus pauvres et en moins bonne santé, nous avons par ailleurs des célébrités issues de l’immigration, tant dans le monde des arts, de l’intellect, de la politique et du business que dans les sphères plus populaires comme le sport et l’entertainment.  La possibilité d’accéder à des postes d’importance pour des personnes qui sont identifiées comme issues d’autres cultures est un élément positif  qui contribue à lutter contre les préjugés.

             

 

-7-  Toute ta vie tu as du te battre pour être reconnue en tant que chef.  Dans ta vie d’étudiante, on t’a même conseillé de devenir standardiste sous prétexte que tu étais spina bifida!

-        D’où te vient ta force ?

-        As-tu inspiré d’autres gens par ton attitude ?


J’ai grandi avec mes deux petites sœurs qui elles n’étaient pas touchées par la réduction de la mobilité.  Pendant toute notre vie d’enfants, nos parents nous ont traitées toute les trois comme des égales.  On m’a toujours sécurisée dans l’idée que j’avais autant de valeur que les autres et que je pouvais faire exactement ce que je voulais, même si je ne le faisais pas de la même façon que les autres.  C’est dans l’éducation que m’ont donné mes parents que je puise ma force.

Je comprends que j’ai inspiré les autres :  lorsque j’étais ministre, de nombreuses personnes m’ont écrit, des parents aussi, pour me remercier de ce que j’osais occuper le devant de scène et démontrais ainsi que c’était possible.


-8-  Tu as participé à l’élaboration du projet de loi contre la discrimination des personnes à mobilité réduite qui doit être soumis au vote au parlement cette année.

-        Cette loi est-elle initiatrice ?

-  Cette loi a une certaine portée universaliste.  En quoi se rattache-t-elle aux Droits de l’Homme ?

 

Si la loi est acceptée, alors nous pourrons dire que nous aurons été des pionniers dans cette commission de rédaction et ceci pour deux raisons :

-        Le texte couvre tous les secteurs de la société, y interdit la discrimination et enjoint que l’égalité est obligatoire quand aux possibilités d’accéder aux lieux, à l’éducation, au travail, etc.

-        Il déclare que le manque d’accessibilité est une discrimination en soi et qu’il est donc illégal car contraire au respect des Droits de l’Homme : au delà de la loi norvégienne, le texte établit clairement la nécessité universelle d’aménager tous les sites.

                                         Propos recueillis par Veronika D.

                                                          Février 2007 

 

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Un toit c'est un droit, article de Rouge & Vert, le journal des Alternatifs

 

 

UN TOIT C’EST UN DROIT

 

Une action menée par les Alternatifs à Colomiers près de Toulouse
 

LES FAITS :

 

L’été dernier, les 6 jeunes qui squattaient un immeuble vide d’un quartier calme de Colomiers et que plusieurs riverains côtoyaient sans friction ont été délogés par la police.  Quatre d’entre eux ont repris la route et deux sont restés, forts de leurs espoirs d’être logés décemment dans un des logements sociaux de la ville.

 

Le dossier déposé auprès des services concernés, plus personne ne se soucie de trouver à ces gens une solution d’attente décente dans la ville qui est la leur.  Les samedis, ils font la manche au marché.  Toute la ville les connaît et leur donne de l’argent, de la nourriture, des croquettes pour les chiens.  Le secours populaire est très actif à Colomiers et les nourrit quand il le faut mais ne possède pas de structure d’accueil pour les loger en attendant.  Ces dernières nuits étaient à moins six degrés à Colomiers… 

 

Après un contact avec les deux personnes au marché, il a été facile de constater leur état d’affaiblissement en raison du froid : ils  dormaient au 3° sous-sol du parking de centre ville.  Des gens, en particulier des élus et des personnes des services sociaux étaient au courant mais ne faisaient rien, on verra pourquoi.  

 

Les Alternatifs se sont occupés de leur trouver un lieu correct où dormir jusqu’au rendez-vous pris dès le lundi à la Mairie pour une solution d’urgence.

 

Le mardi, rencontre devait se faire avec une personne des affaires sociales.  Ce sont le chef du cabinet du maire; le 3° adjoint au maire (aux affaires sociales) (ps), la directrice du CCAS et en plus un adjoint qui étaient réunis avec chacun un exemplaire de la lettre des Alternatifs, assortie du tract « un toit c’est un droit ».


Le chef de cabinet a tenu un long discours à la fois offensif et défensif, se focalisant sur la phrase: «Comment notre municipalité de gauche plurielle peut-elle tolérer les conséquences extrêmes du capitalisme foncier que la situation de ces deux jeunes met en exergue sans s’engager dans une lutte efficace? » et terminant par « vous nous menacez avec les Enfants De Don Quichotte ! »  (Effectivement, proposition
était faite de positionner une caravane sur la voie publique avec banderole des EDQ). 

Il a été répondu : « est-ce comme "une menace" que vous percevez les sans toit installés au Monument aux Morts à Toulouse? » Le ton a changé.

    -  Des méthodes étonnantes : 

On m’a demandé « Les avez-vous vus dans le parking ? » et lorsque l’une des autorités présentes a lâché : « Ils vont aux sous-sols, près de la bouche d’aération », on lui a signifié de se taire…

 

    -  A la violence de la misère, ne pas opposer la violence du refus : 

L’un des deux sans domicile est très calme et poli ; l’autre a une attitude plus conforme à celle des habitués de la rue: ivresse publique et tapage, quoique cela demeure très modéré.  Il m’a été expliqué : « Il n’aura rien si il ne change pas de comportement ».  Ceci est particulièrement inacceptable.  Un opprimé peut et doit se rebeller et le fait selon ses moyens d’expression.  On ne peut enfoncer dans la misère un sans toit, alors que sa condition a tellement duré qu’il développe les comportements déviants associés.

 

-       Prendre en compte la détresse psychologique :

Lorsque j’ai demandé pourquoi on ne leur avait pas proposé de solution d’attente avant qu’ils n’obtiennent un logement social, il m’a été dit « ils ne se sont pas plaints de dormir dehors ; quand il fait beau, ils n’ont rien contre ».    C’est sur ! Ils ont aussi dit « Nous avons juste besoin d’un endroit où dormir », mais étaient contents de la poche d’habits et de nourriture. Il va de soi que face à l’attitude défaitiste de quelqu’un qui ne sourit jamais, on doit aller à ses devants pour prendre soin de lui à sa place.

 

-       Refuser de déplacer « le problème » :

On demande : « avez-vous fait le 115 ? »  C’est trop facile !  Colomiers jouissant, à juste titre d’ailleurs, d’une bonne réputation grâce à ses 28% de logements sociaux, ne veut pas accueillir les sans abris.  « Nous ne pouvons trouver solution à toute la misère du monde » dit-on.  C’est le prétexte invoqué pour éviter de voir des gens de Toulouse sans logement venir chercher refuge d’eux-mêmes à Colomiers.  Une ville de 35 900 habitants ne peut pas se cacher derrière de pareils arguments ni renvoyer à Toulouse des gens qui ont un dossier pour un logement social à Colomiers !  Une ville de la taille de Colomiers doit proposer un refuge pour ceux qui attendent un logement social et un parc de logements sociaux doit être réservé pour les gens à la rue.  Un accueil pour les sans domicile itinérants est aussi utile dans une ville de cette taille, mais doit demeurer une solution marginale, le but étant un vrai toit pour chacun !

 

-       Suivre l’affaire jusqu’au bout :

Jusqu'au vendredi, les deux ont été logés à l’hôtel par les services concernés. Le vendredi, après le rendez-vous avec divers organismes pour une solution d’attente et de nouveaux dossiers, ils ont eu une place dans un centre d’accueil pour un mois, mais …… à Toulouse évidemment !  Il faut s’assurer qu’ils ne dormiront plus dehors et se tenir prêt le cas échéant à disposer la caravane en un lieu bien choisi si la promesse de logement social ne faisait pas suite à la période d’accueil en centre toulousain.

 

Veronika D. Février 2007

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