Dimanche 10 Fév 2008
Du Handicap comme défi politique, article de Rouge&Vert, le journal des Alternatifs
Par akinorev31, Dimanche 10 Fév 2008 à 13:52 GMT+2 dans Mes articles -3-
DU HANDICAP COMME DEFI POLITIQUE
Tous les jours en ce moment, les médias dénoncent l’inaccessibilité de la plupart des lieux publics pour les personnes à mobilité réduite ; des reportages montrent la pauvreté de nombre de gens atteints de maladies paralysantes, le manque de moyens mis à leur disposition, etc. Peut être cela aidera-t-il à faire avancer un peu les choses en France où le retard est choquant.
Cependant, tout comme la lutte féministe ne se réduit pas à construire des abris pour les femmes battues ni la lutte contre le racisme à dire « moi j’y suis pas », la question du statut de la personne différente dans la société française doit ouvrir sur un réel débat : des outils existent pour lutter contre la gène objective qu’occasionne un handicap physique, une déficience intellectuelle, un trouble mental ou encore un trouble du développement. On agit très peu en France pour les faire fonctionner ; en particulier à l’Education Nationale, pour traiter des pathologies spécifiques qui sont très bien prises en charge dans les pays anglo-saxons et en Scandinavie, les démarches en sont ici à leurs balbutiements. Par le biais des PAI, on note quelques progrès, mais on n’éduque peu ou pas le personnel enseignant. On voit encore par exemple des enfants sourds d’une oreille placés en fond de classe parce qu’ils « ont tendance à pas vouloir écouter le prof » et on entend bien des choses injustes dites au sujet des dyslexiques : « il est dyslexique quand il veut ». La question des tiers temps (temps supplémentaire accordé lors d’un contrôle écrit) fâche énormément : certains enseignants y sont farouchement opposés. Et quand les petits trisomiques auront-ils le droit de rejoindre leurs camarades au Collège Unique ?
Les Alternatifs sont en pleine réflexion autour du thème du féminisme ; il n’est pas de grand thème de société qui doive échapper à la compréhension. Dans un monde meilleur, on peut travailler à restaurer l’estime de soi chez chacun. Faire évoluer les choses est une lutte qui nous concerne.
On ne peut pas obliger le tétraplégique à marcher, on ne peut pas demander à l’aveugle de regarder son chemin: chacun le conçoit. On ne peut obliger un trisomique à avoir le même discours que ses frères et soeurs, mais on peut apprendre à écouter ce qu’il a à dire : c’est aussi important que de construire une rampe pour fauteuil roulant. Il est des handicaps qui se remarquent moins et là on se heurte à l’incompréhension de la société. On ne peut pourtant pas exiger de quelqu’un qui souffre du syndrome d’Asperger qu’il se conduise comme les autres: on pourrait toutefois s’inspirer de sa liberté de parole. Et quelle aide apporte-t-on à l’autiste de haut niveau lorsque son incapacité à exprimer des sentiments conduit son entourage à s’éloigner de lui ? L’hostilité manifeste des gens envers ceux qui sont « un peu » différents les enfonce dans la solitude. Il faut éduquer, faire réfléchir, pour que le regard de l’autre change.
Financer des aménagements, débloquer les crédits nécessaires à la prise en charge de maladies qui diminuent la mobilité et réduisent l’autonomie fait partie des priorités. Mais la lutte pour que chacun trouve sa place dans la société ne peut se réduire à cela.
La prise en charge des handicaps peut se faire à tous les niveaux et ne doit pas être de nature à faire oublier à celui qui est concerné qu’il doit apprendre à relever la tête.
Veronika D. mars 2007






