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Yves Salesse sur l'action des collectifs

L’ACTION DES COLLECTIFS pour une NOUVELLE FORCE POLITIQUE A GAUCHE (reprise de l’intervention lors du débat général de la coordination nationale du 29/3)

 

Yves Salesse, le 2 avril 2008-04-03

 Je ne reviens pas sur  l’évidente nécessité d’une nouvelle force à gauche. Nécessité nationale. Nécessité  européenne pour peser dans les débats et nouer des partenariats. Nous avons décidé de maintenir la perspective du rassemblement de la gauche de transformation sociale et de nous organiser de façon à pouvoir agir sans être prisonniers des décisions des autres forces. Maintenant se pose la question : comment faire pour que cette perspective de rassemblement ne soit pas incantatoire ? La réponse n’est pas facile alors que, pour l’instant, les principales composantes politiques concernées opposent une fin de non-recevoir. La réponse générale me semble être : prendre appui sur les dynamiques unitaires possibles. Nous ne devons écarter le « tout ou rien » et faire des propositions concrètes pour nourrir ces dynamiques. Ce que nous avons fait en proposant la campagne sur le nouveau traité européen puis la poursuite de l’action commune sur les questions européennes (voir le texte spécifique et les résolutions). Ce que les collectifs ont réussi à faire en participant à plus de cent listes lors des municipales dans les formats qui leur paraissaient les mieux adaptés aux possibilités locales. Ces dynamiques unitaires doivent être cherchées dans les luttes et dans l’intervention politique.

 

1.L’unité large pour des luttes spécifiques

 

1.1 Nous cherchons à impulser les dynamiques unitaires concrètes dans les luttes contre la droite et le patronat. Dans bien des cas, les forces politiques ne sont pas à l’initiative de ces luttes, mais les organisations syndicales ou associatives. Nous nous y inscrivons autant que possible, notamment pour faire connaître nos propositions programmatiques sur les sujets en cause.

 

1.2 Dans la foulée des dernières élections nous pouvons proposer des campagnes municipales sur des sujets tels que la municipalisation de l’eau (comme l’envisage le collectif de Cergy), le logement, etc. De telles actions visent l’unité la plus large. En même temps, nous cherchons à y prolonger l’unité politique lorsqu’elle a été réalisée lors de ces élections.

1.3 Au plan national, il me semble nécessaire que l’exécutif prenne vite l’initiative de proposer une réunion unitaire pour une campagne contre l’envoi de troupes en Afghanistan. Nous proposons un nouveau cadre unitaire permanent sur les questions européennes qui devrait notamment intervenir à l’occasion de la présidence française de l’Union européenne.

 

1.4 L’intervention politique particulière dans ces actions larges est souvent délicate. Avec précaution donc, nous défendons la nécessité du regroupement de la gauche de transformation sociale. Il est facile en revanche d’intervenir sur les propositions de fond. Je sais qu’il est très couru de critiquer les 125 propositions. Elles sont quand même utiles tant que l’on a pas élaboré mieux. Je veux seulement donner un exemple. J’ai été invité par les représentants syndicaux  animant le collectif « touche pas au livret A » à participer à une conférence de presse. Ils ont dit tout ce qu’il y avait à dire sur le livret A. J’ai expliqué que, pour nous, le livret A et sa centralisation par la Caisse des Dépôts s’inscrivent dans trois propositions majeures : l’édification d’un service public du logement, la lutte contre l’exclusion bancaire, la construction d’un pôle financier public. Et j’ai donné quelques éléments sur ces trois propositions qui ont suscité beaucoup d’intérêt. Ce n’était  pas une intervention « syndicale » de plus.

 

 2.L’unité politique

  Jusqu’à présent, seuls les Alternatifs s’inscrivent dans la proposition d’Etats Généraux.  Ceci conduit à compléter cette proposition d’ensemble par des propositions plus modestes.

 

2.1 Sur le NPA

 Quelques camarades pensent que nous devrions avoir une approche « positive » de la proposition de la LCR. Cela veut dire quoi ? La direction de la LCR a explicitement, dès qu’elle a formulé cette proposition, exclu de la discuter avec d’autres forces nationales. Cela veut dire qu’elle sera la seule force organisée dans ce « nouveau parti ».  Le NPA ne peut être en conséquence, dans le meilleur des cas, qu’une transcroissance de la LCR. Ce n’est pas un risque face auquel il faudrait rester vigilant ; c’est une donnée de base posée par la LCR. Que la LCR veuille dépasser opérer sa transcroissance en profitant de sa situation actuelle est tout à fait compréhensible. Mais cela ne peut résoudre le problème du rassemblement de la gauche de transformation. Cela n’exclut pas les rencontres et le débat. Comme avec les autres forces, nous rappelons notre analyse : il n’y aura pas émergence d’une force capable de peser véritablement sur le cours des choses autour d’une seule sensibilité politique. Cela n’exclut pas l’action politique commune : nous l’avons montré lors des municipales. Cela empêche en revanche que les collectifs soient co-organisateurs locaux du NPA. Accepter la co-organisation locale signifierait se préparer à une absorption pure et simple par la force centralisée qu’est la LCR.

 

2.2 Pour des listes unitaires aux prochaines élections européennes

 Nous proposons que les forces politiques, et celles du mouvement social qui estiment pouvoir s’engager dans un combat électoral, ayant mené ensemble la campagne contre le TCE présentent des listes unitaires aux élections au parlement européen. Nous avons l’acquis de cette bataille et des textes consistants d’analyse et de propositions communes. Aucun obstacle majeur n’existe justifiant un refus. Nous savons que ce n’est pas gagné pour autant. Nous devons faire connaître cette proposition et entamer le débat immédiatement à tous les niveaux.

 

2.3 Des Etats généraux locaux ?

 Dans la suite de ce qui s’est fait récemment et devant le bocage national, les collectifs devraient évaluer la possibilité de faire localement, voire régionalement des Etats généraux pour le rassemblement de la gauche de transformation. Nous verrions alors si l’addition de telles initiatives serait suffisante pour devenir un fait national marquant la scène politique et sociale de ce pays.

 

2.4 Poursuivre le travail de construction d’un socle de propositions

 Les 125 propositions sont un point de départ et non d’arrivée. Nous aurons assurément à reprendre le débat sur « propositions, programme, projet » au niveau le plus général. Cela ne doit pas, selon moi, conduire à abandonner le terrain des propositions précises. Nous n’avons tout intérêt à y travailler avec d’autres. Si ces autres ne sont pas seulement des forces politiques mais aussi associatives ou syndicales, c’est le débat sur des propositions précises qu’elles pourront mener avec nous. Les  possibilités en ce sens, là encore dans la foulée des municipales, sont sans doute plus ouvertes au plan local que national.   

Yves Salesse
 
 
 

MOTIONS EUROPE : compléments
 

Yves Salesse,  le 4 avril 2008-04-04

 

 

La coordination nationale a adopté deux motions sur l’Europe. Je résume ici la présentation que j’avais faite de notre intervention dans ce domaine. Au nom des collectifs, j’avais proposé à nos partenaires de la campagne contre le traité de Lisbonne que nous poursuivions l’activité commune avec deux échéances proches : la présidence française et les élections au Parlement européen.  Nous avons tenu deux réunions qui indiquent déjà que les deux échéances ne peuvent être traitées dans le même cadre.

 

  1. Un nouveau collectif « pour une autre Europe »

 

Lors de la deuxième réunions (27 mars) étaient présents : PC, LCR, collectifs anti-libéraux (c’était avant la coordination), Alterekolo, Alternatifs, MARS, PCOF, Solidaires, ATTAC, Cedetim, Copernic, Euro marches, Réseau féministe Ruptures, IPAM, Cactus la gauche, MAG. Observateurs : FSU, CGT Finances, Amis de la Terre. Excusés : LDH, UNEF. Repartie : la CGC qui s’était trompée de salle.

 

Plusieurs idées ont été largement partagées. En premier lieu, la nécessité de ne plus se contenter de réagir aux offensives libérales européennes ; d’où l’idée de se doter d’un cadre permanent pour suivre l’actualité, informer, discuter les actions possibles et poursuivre la réflexion sur les propositions alternatives. En second lieu, l’intérêt d’élargir la participation à ce cadre. Le collectif du 29 mai a vécu et nous devons tenter de travailler avec des forces, notamment associatives et syndicales, auxquelles nous ne demandons pas d’assumer les prises de position de l’ex-collectif. 

 

UN tel cadre devrait facilité la concertation et l’extension européennes des actions par l’utilisations des différents relais et réseaux européens des organisations participantes. Cela dit, les possibilités d’élargissement ne sont pas illimitées. Il sera indispensable d’examiner soigneusement cet aspect au plan local où l’élargissement peut être plus facile que nationalement. Les organisations venues en observateurs, Solidaires et ATTAC ont précisé qu’elle ne sauraient participer à un cadre électoral à l’occasion des prochaines élection au parlement européen. Un court texte définissant le nouveau collectif sera examiné mardi 8 avril.

 

Lors de cette réunion la perspective d’une campagne commune à l’occasion de la présidence française de l’UE sera également discutée à nouveau. Elle n’aura pas pour vocation de doubler les initiatives déjà prises : FSE, contre-sommet sur l’immigration, etc. Des premiers échanges, il ressort que le thème le plus mobilisateur pour mener une campagne de masse et chercher à lui donner une dimension européenne serait « l’Europe sociale contre l’Europe des marchés financiers ». Il faudrait décliner ce thème en quelques propositions concrètes. J’ai trouvé que les principales forces politiques ne faisaient pas preuve d’un très grand enthousiasme pour une campagne commune. Il est nécessaire que les collectifs prennent en charge cette proposition unitaire. La présidence française débutera le 1er juillet prochain. La campagne devrait donc commencer en mai.

 

  1. Des listes unitaires aux élections européennes

 

Cette proposition est moins large que la précédente. Si nous voulons des listes capables de défendre « une autre Europe » et une critique de l’actuelle construction européenne sans cacophonie, l’accord politique doit être plus poussé. Il s’agit en gros des forces qui se sont retrouvées dans l’appel des 200 pour le Non de gauche au TCE. 

 

Leur cohésion sur la question européenne va plus loin que cet appel. Presque tout l’arc des ces forces avait élaboré la note Copernic « Europe : une alternative » (2003), dont les propositions on été actualisées dans celle intitulée « Propositions pour des politiques alternatives » (2006). On peut sans doute considérer comme faisant aussi en gros consensus les documents publiés par les ATTAC d’Europe, même s’ils n’ont pas été élaborés dans les mêmes conditions.  On sait que le sujet de désaccord majeur sur la question européenne porte sur le système institutionnel à proposer et (c’est lié) un éventuel processus constituant (par opposition à une négociation intergouvernementale). Il y avait toutefois accord sur la nécessité d’un nouveau socle remplaçant les traités existants adopté par référendum à la suite d’un débat approfondi impliquant les citoyens. Cette divergence ne justifie pas des listes séparées.

 

Yves Salesse

   

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nouveau parti anticapitaliste ou parti-mouvement?

 

"Nouveau parti anticapitaliste" ou parti-mouvement ?
Contribution à un débat nécessaire

 

          Les élections municipales ont révélé un paradoxe: les électrices et les électeurs ont infligé une défaite à la droite et la gauche victorieuse n'a rien à leur proposer. Le PS perd  sa substance militante et se transforme en machine  électorale pour laquelle la victoire est une fin en soi. Le PCF tente tout et son contraire pour conserver quelques îlots d'influence.  Les Verts survivent dans la plupart des cas dans la dépendance du PS. L'extrême gauche classique dévide sa propagande sans influence sur la réalité. 

          Seul fait digne d'intérêt, les listes à gauche de la gauche obtiennent de bons résultats ;  la direction de la LCR s'y appuie  pour relancer son initiative, créer un nouveau parti anticapitaliste.  Nous devons  prendre cette initiative au sérieux ; l'aspiration à une nouvelle force politique est réelle autour de nous, la LCR est la seule à occuper ce terrain à gauche de la gauche.                 

          L'émiettement de la gauche alternative, altermondialiste, n'est en effet plus tenable. Preuve en est la quasi-disparition des listes constituées autour de groupes locaux de type « alternatifs-citoyens-motivés"… Le rassemblement de cette gauche alternative dans une forme politique stable est à l'ordre du jour. Quelles sont les conditions de la réussite?

    

           La question de la démocratie interne  est cruciale. Certes il faudra inventer en marchant. Mais il est possible d'avancer dès aujourd'hui quelques idées-forces. Il faut rompre avec le centralisme et la verticalité, formes dominantes dans presque toutes les tendances du mouvement ouvrier, et donner la priorité aux formes de décisions les plus démocratiques dans la perspective d'une organisation autogestionnaire.  Il  ne s'agit pas de faire disparaître toute centralité, lieu où les pratiques se socialisent, les idées se confrontent, les décisions se confirment après débat interne, mais de dépasser les blocages  qui marquent la culture politique issue du mouvement ouvrier. 

          La forme parti doit être remise en cause au profit du mouvement,  ou du parti-mouvement, si l'on veut par cette expression associer l'idée de stabilité à celle de la novation et se dissocier de l'idée inadéquate, parce qu’elle nous réduit à l’impuissance, de réseau. Il faut s'inspirer de la nouvelle culture  en gestation dans le mouvement altermondialiste. La nouvelle force  politique  animera les luttes sans imposer son orientation,  ne dirigera  ni les syndicats, ni les associations, ni les mouvements de masse et ne s'y substituera pas.

          Le mouvement altermondialiste nous l’a confirmé : travail en réseau et coopérations horizontales entre syndicats, associations et forces politiques à égalité, absence de hiérarchie entre les terrains de lutte, voilà ce qu’il nous faut, voilà la culture politique émergente qui doit nous faire renoncer au parti dirigeant ou, ce qui revient au même, au parti qui s'institue «débouché des luttes».     

          Les déclarations d'intention ne suffisent pas. Les actes sont décisifs. Sans formalisme ni spontanéisme, les pratiques autogestionnaires doivent être non pas  institutionnalisées, ce qui débouche sur la bureaucratie, mais instituées par des statuts qui donnent la priorité aux droits  des  adhérents et adhérentes à  la démocratie, à l’expérimentation, au fonctionnement  en réseau et au déploiement des initiatives individuelles en liaison avec la démarche collective et le primat du collectif.  La rotation des responsabilités, la parité dans tous les lieux de direction seront impératifs.

          Ce qui se passe en ce moment  dans la LCR, à travers l’épisode de la « dépermanentisation » de Christian Picquet, représente ce qui ne doit plus être possible et jette une ombre inquiétante sur le projet de la direction de la LCR, l'ombre portée d'une culture politique caduque, issue de l'avant-garde organisée autour du centralisme démocratique.     

 

          Dans un monde ravagé par le capitalisme mondialisé, l'anticapitalisme doit être le fil rouge de ce projet.  Le féminisme et l'écologie en sont partie intégrante et ne sont pas les contradictions secondaires de l'anticapitalisme qui serait la contradiction principale. Simplement, même si les dégâts  dans le  milieu naturel sont vieilles comme l'humanité,  elles prennent sous le règne du productivisme capitaliste l'allure d'une catastrophe permanente, et même si la domination subie par les femmes a sa logique et son autonomie propres, elle recoupe l'organisation capitaliste du travail où les femmes occupent toujours, pour le plus grand nombre, une place subalterne. Quant à l’autogestion, elle n’est ni un supplément d’âme ni un objectif lointain pour les lendemains de la prise du  du pouvoir.  L’autogestion est une exigence immédiate, but et moyen à la fois, pratique dans les luttes et aspiration dans le fonctionnement même des structures associatives, syndicales, politiques. Réapparue en Amérique Latine, elle est vivace dans l’entreprise comme dans la vie de la cité à travers les aspirations tenaces à la démocratie dite participative.

           Il s'agit d'avancer sur tous les fronts à la fois. Cette synthèse, permettra de se situer clairement à gauche, et de reprendre le flambeau de l'émancipation sociale,  raison d'être et notion fondatrice de la gauche, des mains de la gauche traditionnelle en pleine débandade.

    

          Des milliers d'hommes et de femmes sont prêts à faire cette expérience, à condition d'être associés à toutes les étapes de son déroulement. Une question se pose à propos de l'initiative de la LCR. Si l'objectif est un rassemblement anticapitaliste, autogestionnaire, féministe, écologiste, et compte tenu du fait qu'actuellement aucune organisation ne peut prétendre avoir la culture qui réalise la synthèse de ces quatre aspects, la seule voie praticable n'est-elle pas de mettre ce projet en œuvre en  y associant dès le début organisations, militants et militantes dans des structures unitaires?

           Le projet doit se faire de bas en haut et non de haut en bas, dans le pluralisme et non pas autour d'une seule organisation. En voulant conduire le processus sous sa seule responsabilité, la direction de la LCR ne prend pas cette voie.  Or des questions comme l'indépendance sans sectarisme à l'égard du PS et la présence sans compromission dans les institutions ne peuvent se régler sans croiser les expériences  des différentes sensibilités intéressées par la construction d’une nouvelle force politique.     

          Nous devons être exigeants dans nos discussions avec la LCR et aborder les problèmes sur le fond. Ces discussions doivent donc avoir lieu !  L'enjeu est en effet de taille. Il s'agit de secouer l'hégémonie du PS sur la gauche et de rouvrir les possibles de la transformation sociale.           
          Ni la précipitation  ni l'à peu près ne sont de mise.  La nouvelle culture politique, autogestionnaire, n'est pas seulement le fruit d'une organisation politique nouvelle, elle en est aussi la condition de possibilité.

 

          Répétons-le: plutôt qu’un « nouveau parti anticapitaliste » à l’ancienne, regroupé de fait autour d’un seul courant politique, c’est d’une nouvelle force politique, mouvement ou parti-mouvement, pluraliste et autogéré, écologiste, autogestionnaire et féministe autant qu’anticapitaliste, dont nous avons besoin.

          De la base au sommet, aux échelles locale, départementale ou régionale, comme au plan national, toutes les initiatives allant dans ce sens, et permettant de mettre fin à la fragmentation existant à la gauche du PS, sont nécessaires : Etats-Généraux, Forums … etc

           Les listes municipales à gauche de la gauche, en maintenant leur existence au-delà des élections, pourraient jouer un rôle très utile dans ce sens.

           
           Ces initiatives, prenons-les sans tarder !

Bruno Della Sudda et Romain Testoris


Nice, le 3 avril 2008

 

 
                                                                                                                                                                                                                          


 

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Roger Martelli: rompre avec le bipartisme

 

Tribune libre -

Article paru dans l'Humanité le 31 mars 2008

Rompre avec le bipartisme

Par Roger Martelli, historien, membre du Conseil national du PCF.

 

La séquence électorale est passée. Le PCF a-t-il interrompu son mouvement de recul ? Le fléchissement est certes moindre qu’à d’autres élections et, surtout, infiniment moins grand qu’on ne le craignait il y a quelques mois. Mais recul il y a toujours : nous perdons dix villes dans la tranche des plus de 3 500 habitants, dix conseillers généraux et 1 % aux élections cantonales. Nous gagnons Dieppe et Vierzon et perdons Calais, Aubervilliers et Montreuil. Nous conquérons vingt villes totalisant un peu plus de 300 000 habitants et en perdons trente comptant pour près de 550 000. Or, cette fois, les municipales ont eu lieu alors que la droite détenait l’ensemble des pouvoirs nationaux (la première fois depuis 1995) et que la gauche a obtenu son meilleur résultat depuis 1977. Le PS a gagné une cinquantaine de villes de plus de 20 000 habitants alors que nous en perdons deux. Que, malgré une situation exceptionnelle à gauche, nous nous tassions encore un peu n’a rien de miraculeux ni de rassurant.

En même temps, fût-ce affaibli, le PCF reste une force territoriale qui compte. Il exerce des responsabilités municipales sur un territoire de trois millions d’habitants et il dépasse les 20 % dans plus de deux cents cantons (dans une série qui en compte 1997). Mais cette force n’est plus nationalisée comme elle l’était autrefois. À quoi sert-elle donc ? Faut-il se résigner à n’être plus qu’une force implantée dans quelques territoires et à occuper une place politique marginale sur le plan national ? Telles sont les questions des questions.

Elles se posent à un moment bien particulier. S’il est une donnée globale évidente à l’issue des scrutins de mars 2008, c’est la suivante : le bipartisme s’est accentué un peu plus encore. Le PS et l’UMP dirigent à eux seuls 75 % des communes de plus de 15 000 habitants et totalisent 60 % des sièges de conseillers généraux attribués contre 40 % en 2001. Le phénomène n’est pas nouveau ; il a toutefois franchi un seuil significatif, à droite comme à gauche. Quand la logique bipartisane s’incruste, il n’y a plus, à gauche, que deux attitudes possibles : soit accepter d’être le supplétif de la force dominante pour ramasser les miettes du gâteau ; soit s’installer dans un rôle de contestation à la marge. Dans les deux cas, cela signifie que l’on se résigne à l’hégémonie d’un Parti socialiste qui, d’une façon ou d’une autre, va continuer de se recentrer.

Rompre avec le bipartisme n’a rien de simple : les mésaventures de Bayrou et l’échec de la candidature antilibérale en 2006-2007 en témoignent. Mais rien n’est plus stratégique. La gauche restera-t-elle sous la dominante écrasante d’un socialisme plus ou moins « social-libéralisé » ou verra-t-elle se reconstituer, à côté du PS, une dynamique transformatrice suffisamment forte pour redonner le ton à la gauche tout entière ? La critique sociale retrouvera-t-elle un correspondant fort sur le terrain politique ou se résignera-t-elle au choix du moindre mal, comme dans le monde anglo-saxon ? Pourquoi ne se produirait-il pas, en France, l’équivalent de ce qui est en train de se passer en Allemagne avec les progrès de Die Linke ?

Il est bon d’avoir des élus, et en grand nombre, parce que la population en a besoin et parce que cela peut contribuer à créer des rapports des forces politiques. Mais si l’action gestionnaire ne s’adosse pas à une construction politique alternative ambitieuse, son effet reste limité. Si la gauche reste ce qu’elle est, si l’esprit de transformation sociale reste minoré, qui peut garantir que la prochaine conjoncture électorale territoriale sera aussi favorable pour la gauche ? Et qui garantira alors la pérennité de nos bases locales d’insertion ?

À droite comme à gauche, celui qui reste seul aux côtés du parti dominant se prépare à être le prisonnier du bipartisme. Il ne sert à rien d’être le troisième parti dans un système qui n’en retient que deux. À l’issue de la séquence électorale complète de 2007-2008, nul à gauche ne peut dire : j’ai désormais les forces pour construire et rassembler autour de moi.

Nous sommes une force, mais une force isolée ne suffit pas. Avec d’autres, nombreux et divers, dans toute la société politique, nous devons créer la synergie qui seule « fait » force politique. Non pas pour être le premier des petits, mais pour agir au coeur de la gauche et du mouvement populaire, pour que sans attendre l’esprit de transformation et non d’adaptation redevienne majoritaire. Mais pour cela, il ne suffit pas de « continuer » ; ou alors cette continuation serait une renonciation à ce qui a été le meilleur de la tradition communiste française : le mariage de la radicalité transformatrice et de la vocation à participer à des mouvements majoritaires.

 

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Réaction de R. Martelli au licenciement de C. Picquet

 

 

Licenciement de Christian Picquet : un mauvais signe*

Par Roger Martelli, historien

 Le 30/03/2008

La direction de la LCR vient de décider d'écarter Christian Picquet de ses fonctions de permanent. Il les exerçait depuis 28 ans, et notamment dans les années 1990 de vache maigre de la Ligue, quand ses effectifs ne dépassaient pas les 600 adhérents. Il se trouve que j'ai justement rencontré Christian au début de ces années-là, dans plusieurs initiatives qui, déjà, réfléchissaient à ce que pouvait être une dynamique franchement à gauche, sortant la gauche de son engluement « réaliste ». Christian a fait alors partie de ceux qui m'ont fait comprendre, à moi qui avait si longtemps « bouffé » du gauchiste et du trotskyste, qu'il n'y avait pas que des nostalgiques de Petrograd et de la Sierra Madre dans la famille trotskyste et qu’une muraille de Chine (pardonnez la comparaison…) ne séparait pas nécessairement les héritiers déchirés du bolchevisme d’hier.

Qu’il soit aujourd’hui licencié est un vilain geste et un mauvais signe. Un vilain geste, dans un univers politique partisan dont j’ai toujours apprécié, peut-être par comparaison avec le mien, qu’il pouvait combiner l'extrême franchise du débat interne et le respect absolu des différences. Un mauvais signe, dans un moment bien particulier de l’histoire politique française. Après une quinzaine d’années de remontée de la critique sociale (depuis 1993-1995), la période 2004-2006 avait ouvert l’espoir que, enfin, la conjonction des forces transformatrices allait briser le déséquilibre dangereux qui pénalisait la gauche depuis le début des années 1980. L’échec de la candidature antilibérale avait déçu cette espérance ; les récentes élections municipales et cantonales ont porté ce déséquilibre à un point jamais atteint. Dans ce moment de montée du bipartisme, certains se sentent en état d’incarner la « vraie » gauche : soit parce qu’ils se définissent comme le « troisième parti de France », soit parce qu’ils estiment pouvoir, autour d’eux, rassembler tous les anticapitalistes.

Du côté de ces ambitions, il ne faudrait pas que l’on donne aujourd’hui le signe d’une fin de partie. Après une phase à la fois créatrice et brouillonne de « mouvement » qui, d’altermondialisme en collectifs antilibéraux, a vu émerger des forces nouvelles plus ou moins en marge du circuit partisan, il ne serait pas bon que l’on laisse entendre qu’il n’est plus temps de jouer, que la main doit revenir aux organisations bien structurées, parlant d’une seule voix. Après la floraison des démarches citoyennes et de « l’autre façon de faire de la politique », le retour à l’ordre des appareils ?

La mise à l’écart de Christian Picquet peut s’interpréter comme l’indice d’une époque où, chacun à gauche du PS campant sur ses prétentions, la seule question qui vaudrait d’être posée serait de savoir qui va regrouper autour de lui le plus grand nombre de forces inorganisées. Bras de fer dérisoire des « petits » entre eux, pendant que le « grand » continue tranquillement son bonhomme de chemin, n’hésitant pas, lui, à valoriser ses conflits internes pour laisser entendre qu’il peut, à lui seul, rassembler toutes les sensibilités de la gauche.

Je suis solidaire de Christian Picquet. Par amitié d’abord, mais aussi par raison politique.

Roger Martelli

* Voir l’article : « Bilan du courant UNIR de la LCR »

Dans la rubrique "Pour une alternative au capitalisme"

 

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Pour une gauche digne de ce nom

 

   
Le Monde

 

http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0,50-1028457,0.html

Point de vue

Pour une gauche digne de ce nom

LE MONDE | 28.03.08 | 13h53



  Nicolas Sarkozy et son parti viennent d'être lourdement sanctionnés aux élections municipales et cantonales. Celles et ceux qui, voilà moins d'un an, s'étaient laissé abuser par le populisme et les promesses du futur président le désavouent. Sur fond d'inégalités croissantes et d'étalage indécent des privilèges d'une infime minorité, une crise de confiance s'ouvre entre le pays et ses gouvernants. Un clash politique et une confrontation sociale majeure se profilent.

On attendrait d'une gauche digne de ce nom qu'elle se hisse à la hauteur de l'enjeu. Que, forte de cette victoire, elle marque immédiatement sa solidarité avec les mobilisations en cours contre les licenciements et pour les salaires. Qu'elle s'inscrive dès à présent dans les affrontements que vont provoquer les projets du gouvernement. Qu'elle oppose d'autres choix globaux à la politique du pouvoir. Nous en sommes loin.

Les principaux responsables du Parti socialiste exhortent le chef de d'Etat à une simple "correction" de son action. En perspective de leur prochain congrès, ils en appellent à une "modernisation" s'inspirant des projets de MM. Blair ou Prodi, dont les renoncements calamiteux ont pourtant produit les désastres sociaux que l'on sait. Pour ces municipales, emportés par une dérive ininterrompue depuis deux décennies, ils ont surtout songé à se tourner vers le MoDem.

Le verdict des urnes a pourtant démontré, et avec quel éclat, que le choix des classes populaires - non celui des amis de François Bayrou, avec leurs alliances à géométrie variable - était essentiel pour réunir les conditions d'un changement radical. Rue de Solférino, on devrait pourtant se souvenir de l'expérience calamiteuse du printemps 2007 : les victoires décisives sur la droite dépendent non de l'accumulation de succès électoraux partiels (comme aux régionales de 2004) ou d'ouvertures réitérées au centre, mais de la capacité à proposer une perspective mobilisatrice.

Là réside l'origine du marasme à gauche. A tant vouloir accompagner le modèle libéral, à refuser d'affronter les orientations économiques et sociales d'un capitalisme synonyme de crises boursières paroxystiques et de dévastations humaines sans limites, le social-libéralisme ne délivre pas de signe d'espoir à celles et ceux qui, comme à l'automne 2007, défendent le droit à la retraite, l'augmentation des salaires, les services publics, les droits des "sans", l'environnement.

Et c'est, en retour, la vacuité de son opposition qui autorise M. Sarkozy à ne vouloir tenir aucun compte de la raclée qu'il vient de subir. Incroyable paradoxe ! Bien que de nouveau minoritaire, la droite est résolue comme jamais à détruire une à une les principales conquêtes populaires de ces soixante dernières années, à remettre en question des principes républicains aussi fondamentaux que l'égalité ou la laïcité. Elle entend même rendre sa politique irréversible en quelques mois.

Au moment où la question sociale revient au premier plan, l'attente grandit d'une politique qui y réponde réellement. L'aspiration se fait plus profonde à une gauche qui refuse de considérer le capitalisme comme un horizon indépassable et s'emploie à bouleverser la donne politique. L'espace qu'a révélé l'émergence de Die Linke en Allemagne existe également dans notre pays. Ainsi, aux municipales, dans la plupart des communes où furent présentes des listes défendant des propositions vraiment à gauche et refusant l'accompagnement du libéralisme, elles auront réalisé des percées prometteuses.

Et plus elles auront réuni en leur sein de traditions et de forces diverses, plus leurs poussées auront été significatives... Une tendance dont auront également bénéficié les listes initiées par des municipalités communistes lorsqu'elles devaient faire face aux appétits du PS et de ses alliés. N'est-ce pas le signe que des dizaines de milliers d'hommes et de femmes veulent faire du neuf à gauche, que le rassemblement des énergies transformatrices est gage de crédibilité et de succès ?

Venant d'horizons et de cultures différents, nous voulons plus que jamais contribuer au débat sur la reconstruction d'une gauche du XXIe siècle.

Si elle veut échapper à la bipolarisation croissante de l'espace public, celle-ci ne saurait ni consentir à la satellisation par le social-libéralisme, au risque de signer son irréversible impuissance à faire émerger une authentique alternative, ni se résigner à la défense de pétitions de principe, qui ne permettent jamais de changer le cours des choses.

C'est d'une gauche de gauche que nous avons besoin. Qui réponde par l'exigence de justice et l'intérêt général au pouvoir occulte des marchés. Qui donne la priorité à la satisfaction des besoins populaires et à la redistribution des richesses. Qui porte l'objectif d'un mode de développement respectueux des grands équilibres écologiques et se montre soucieuse de protéger la diversité culturelle. Qui place la souveraineté du peuple au coeur de son projet. Qui affiche l'ambition de s'appuyer sur les mobilisations du plus grand nombre pour donner de nouveau majoritairement le ton à gauche. Qui devienne une véritable force et crée les conditions d'un gouvernement rompant enfin avec les logiques libérales...

Bien sûr, les choses ne sont pas simples. Le "non" de gauche au traité constitutionnel européen n'a pu se traduire en une candidature commune à la présidentielle. La tendance se fait aujourd'hui forte, au nom des succès électoraux partiels que viennent d'enregistrer les formations de la gauche de transformation, à se réfugier dans le statu quo. Ce serait, à terme, un choix mortifère.

La renaissance d'un espoir ne peut davantage procéder d'une addition de partis que d'un rassemblement autour d'un seul d'entre eux. Militants politiques, acteurs sociaux et culturels, écologistes, féministes, altermondialistes, nous sommes ensemble dans tous les combats sociaux. Nous venons encore de mener en commun la bataille contre le coup de force présidentiel sur le traité de Lisbonne.

Retrouvons-nous donc, du plan local à l'échelon national, sans préalable sur ce que peuvent être par ailleurs les engagements des uns ou des autres. Ouvrons largement nos échanges pour conduire une réflexion commune et pluraliste sur les réponses politiques qu'appelle en urgence la violence des attaques de la droite et du Medef. Portons conjointement ces réponses, dans le débat public comme dans les rendez-vous politiques et sociaux des prochains mois. Et de la sanction, nous passerons à l'alternative...


Eric Coquerel, président du Mouvement pour une alternative républicaine et sociale (MARS) ;

Claude Debons, ancien responsable syndical ;

Marc Dolez, député socialiste, Force militante ;

François Labroille, élu régional Ile-de-France, Alternative citoyenne ;

Roger Martelli, historien, PCF ;

Christian Picquet, animateur du courant Unir de la Ligue communiste révolutionnaire.

 

Article paru dans l'édition du 29.03.08

 

 

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Bilan du courant UNIR de la LCR

 

À propos d’un licenciement politique à la LCR

http://www.unir.asso.fr/2008/03/27/a-propos-d%E2%80%99un-licenciement-politique-a-la-lcr/

 

Unir 27 mars 2008

Dans son édition datée du 28 mars, Le Monde  vient de rendre publique la situation dans laquelle se retrouve le courant Unir de la LCR à la suite de la réunion des 15 et 16 mars de la direction nationale de la LCR. Notre camarade Christian Picquet s’y est effectivement vu immédiatement « dépermanentisé ». Dit autrement, il y a été procédé à son licenciement politique…

Résumons les faits. Le courant Unir de la LCR (plate-forme B du dernier congrès de l’organisation) agit depuis des années en faveur du rassemblement de toutes les composantes de la gauche antilibérale et anticapitaliste, dans la perspective d’une nouvelle force politique, un nouveau parti anticapitaliste, large, pluraliste. C’est au nom de cet objectif qu’il n’avait pas accepté, en septembre 2006, que la majorité de direction de la LCR n’ait pas appliqué le mandat que lui avaient donné les militants de l’organisation, celui de tout mettre en œuvre « pour aboutir » à une candidature unitaire à la présidentielle de 2007, en s’appuyant sur la dynamique qui avait caractérisé la campagne du « non » de gauche au traité constitutionnel européen. C’est aussi en vertu de la même démarche qu’au XVII° Congrès de la Ligue, le courant Unir s’était opposé à la volonté de la majorité de réduire désormais sa visée stratégique à la construction d’un « nouveau parti anticapitaliste » autour d’une LCR qui en serait l’unique composante nationale.

On le sait, lors de ce congrès, nous avons été minoritaires. Nous en avons pris acte, tout en relevant que les divergences apparues ces deux dernières années n’avaient nullement été surmontées. À nos yeux, le cours désormais suivi est de nature à mettre en cause le projet stratégique qui était jusqu’alors celui de la LCR, un parti large et pluraliste conçu comme une nouvelle représentation politique pour le monde du travail. C’est ce qui a motivé notre maintien en tendance publique de la LCR (dénommée courant Unir).

Parce que nous sommes militants de la LCR et que nous participons à toutes ses instances et activités, mais aussi parce que la crise ouverte à propos de la candidature unitaire a été tranchée par le congrès, nous avons souhaité discuter avec nos camarades majoritaires de la nécessaire gestion commune de la nouvelle situation. Notre souci était double : voir garanti le droit, reconnu par les statuts de la Ligue, à un fonctionnement en tendance publique ; faire en sorte d’apaiser au maximum les tensions, afin que les divergences maintenues n’hypothèquent pas l’échange collectif et que soit restauré un travail en commun au sein des instances de l’organisation. C’est dans cette optique que nous avons fait les propositions suivantes à la DN : une tribune hebdomadaire dans Rouge ; un budget pour les activités de la tendance publique ; un temps de permanent pour le fonctionnement de la tendance, couplé avec un demi-temps pour les activités de l’organisation dans le cadre de la direction centrale de l’organisation. Notre proposition était, dans ce cadre, que Christian Picquet occupe ce demi-temps, notamment pour poursuivre le travail dans lequel il s’est largement investi depuis des années en animant la rédaction de Rouge, couplé avec un autre demi-temps pour le courant Unir.

Cette proposition a été refusée. Dans une motion significativement intitulée « Motion PFB », il était stipulé que, si la DN acceptait de rémunérer « un poste de demi-permanent au titre de « Unir » », elle rejetait « la proposition faite par la PFB de permanentiser Christian Picquet au titre du secrétariat du bureau politique. Il n’est donc plus permanent de la LCR. Évidemment cette décision prend effet dès le lendemain de la DN ». La majorité de direction justifiait cette décision par le fait que l’existence d’Unir comme courant public était un « mauvais signe » au moment où la LCR connaissait des succès, notamment électoraux. Une argumentation reprise, avec des accents de procureur, par Pierre-François Grond dans Le Monde : « Les moyens de l’orga doivent être mis à la disposition de ceux qui appliquent la ligne majoritaire. Il faut que la minorité assume son centre de gravité à l’extérieur de l’organisation. » Dans le même sens, au milieu de l’an passé, le même Pierre-François Grond avait signifié officiellement à notre camarade l’interdiction de représenter l’organisation dans quelque initiative que ce soit.

La volonté d’éliminer politiquement le principal courant minoritaire de la Ligue est ici évidente. La décision de la DN est sans précédent depuis au moins 25 ans : ainsi, dans les années 1990, la tendance R !, à laquelle participait Olivier Besancenot, avec quatre fois moins de voix que n’en a obtenu cette année le courant Unir, disposait d’un permanent sur les quatre qui animaient alors la direction centrale de la Ligue. Plus profondément, elle représente un coup porté à la démocratie et au pluralisme intérieurs, qui faisait jusqu’alors le rayonnement de la LCR au sein de la gauche.

Mais outre que cette décision va profondément altérer l’image de l’organisation qui est la nôtre, elle éclaire d’une manière inquiétante le processus censé conduire à la proclamation du « nouveau parti anticapitaliste. À la même direction nationale, nos camarades ont ainsi décidé de rendre celui-ci « irréversible », en favorisant dès aujourd’hui la dissolution des instances de base de la LCR dans les comités d’initiative pour le nouveau parti. Le risque est bien, ce faisant, et avant même qu’un congrès puisse se prononcer souverainement, de dessaisir les militants de tout contrôle sur ce qui doit amener prochainement à la dissolution de leur organisation. Faut-il voir ici la raison pour laquelle on balaie sans scrupules l’engagement de militants, parfois engagés depuis 30 ou 40 ans dans la LCR, au motif que leurs orientations sont minoritaires et qu’ils entendent seulement poursuivre leur bataille de conviction sous la forme d’une tendance publique, dans les conditions prévues par les statuts de leur organisation ? Il y a quelque raison de le craindre…

Quoi qu’il en soit, cet épisode d’un autre âge concerne bien au-delà des rangs de la LCR. Les reconstructions politiques nécessaires pour l’avenir ne pourront s’affranchir du respect scrupuleux des opinions divergentes, des droits démocratiques des minorités, du pluralisme interne et externe des organisations. La direction majoritaire de la LCR doit se l’entendre dire de toutes parts…

La Direction du courant Unir de la LCR

Vous trouverez ci-dessous l’article du Monde

La direction de la LCR licencie son principal opposant

LE MONDE Article paru dans l’édition du 28.03.08

La direction nationale de la LCR ne supporte plus les critiques trop fortes de ses opposants. Lors de sa dernière réunion plénière, les 13 et 14 mars, elle a décidé de “dépermanentiser” son principal opposant, Christian Picquet. En clair, de le licencier après vingt-huit ans de service.

Prenant “acte” de la volonté du courant de M. Picquet (Unir) de se maintenir en tendance publique, c’est-à-dire avec son expression propre, le texte sanctionnant le dissident explique qu’il “n’est plus permanent de la LCR” et que cette “décision politique” prend effet immédiatement. La direction estime que le maintien en courant décidé par les amis de M. Picquet, au moment où la LCR lance son projet de “nouveau parti anticapitaliste”, est un “mauvais signe”. “Il y a un problème de clarification politique. On ne peut plus travailler ensemble”, justifie Pierre-François Grond, membre du bureau politique.

Depuis mai 2006, à l’occasion d’un appel en faveur d’une candidature unitaire antilibérale à l’élection présidentielle, que Christian Picquet avait signé contre l’avis de la majorité de la LCR, les militants de la minorité n’ont pas caché leurs préférences : critiques publiques de la candidature “en solo” d’Olivier Besancenot, participation aux meetings des antilibéraux ou encore, au soir du premier tour des législatives, communiqué appelant à voter à gauche contre l’avis de leur parti. La direction avait pris une première mesure, début 2007, en interdisant à M. Picquet de représenter la LCR dans les réunions avec d’autres organisations. Elle lui reproche aujourd’hui de ne “plus assumer ses responsabilités de direction”.

Pour la minorité, la mesure prise contre son dirigeant relève d’un “licenciement politique”. “On cherche à se débarrasser d’un courant critique alors que de nombreux militants se posent des questions”, explique M. Picquet. “Le pluralisme dans le nouveau parti, c’est mal barré. Certains ont même voté la sanction le poing levé”, assure Alain Faradji. “C’est douloureux car le statut de Picquet, c’est aussi un symbole”, lâche Francis Sitel, un de ses proches.

M. Picquet est en effet une des figures de la LCR, principal porte-parole de la minorité mais aussi un des piliers de Rouge. Entré en 1968 à la “Ligue”, il est de ceux qui ont “tenu” l’organisation lors des années de vache maigre. “Faut pas en faire un drame, on lui trouvera quelque chose”, assure Alain Krivine, qui ajoute : “Prétendre qu’il y a de la répression politique à la Ligue, ça fera rigoler !”

“Personne n’est permanent à vie”, tranche M. Grond. “Les moyens de l’orga doivent être mis à la disposition de ceux qui appliquent la ligne majoritaire. Il faut que la minorité assume son centre de gravité à l’extérieur de la LCR.” Une manière de pousser dehors des opposants qui jurent, eux, qu’il n’est “pas question de déserter”.

Sylvia Zappi

 


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