30 mars 2008 Deutschlandfunk*1

Interview de Lothar Bisky

http://die-linke.de/die_linke/wortlaut/detail/artikel/lothar-bisky-sieht-keine-annaeherung-an-spd/
Traduction de l'allemand: Françoise Diehlmann
Lothar Bisky ne voit
pas de rapprochement avec le SPD2. Le
Président de DIE LINKE, Lothar Bisky, voit une forte concurrence avec le SPD.
Un rapprochement avec le SPD dans le Land de Hesse est en ce moment pure spéculation,
déclare Lothar Bisky. Les succès de DIE LINKE dans la partie occidentale de
l'Allemagne seraient considérés comme "une profanation du sanctuaire".
C'est la raison pour laquelle des personnalités politiques du SPD prennent son
parti pour cible.

Jacqueline Boysen: Monsieur Bisky, des
images horribles nous arrivent ces derniers jours, des images de la violente
répression des Tibétains - lutte contre la domination chinoise. Ces images
rappellent celles de 1989. Quand vous repensez, comment le SED3 autrefois
soutenait l'intervention contre l'opposition en Chine sur la Place Tienanmen à
Pékin, et voyait sans vouloir s'en rendre compte, que le temps de la domination
autoritaire que lui-même exerçait était déjà dépassé. Alors se pose la question
comment votre parti qui a muté en DIE LINKE se situe par rapport à cela et
qu'est-ce que vous en pensez comme Président du Parti de DIE LINKE d'un boycott
des jeux olympiques de Pékin?
Lothar Bisky : En 1989 - c'est vrai
que la direction du SED a défendu par principe cette intervention. Je veux
aussi dire que mes collègues à l'école supérieure de cinématographie de
Potsdam-Babelsberg...
Jacqueline Boysen : ... dont vous étiez
le directeur…
Lothar Bisky : … oui, mais qui a
tourné un film-video, où des étudiants prenaient la parole de façon très
critique sur les événements de la Place Tienanmen, où aussi la secrétaire du
parti prenait clairement ses distances. Mais le Bureau politique n'a pas aimé
ces réactions. C'était vrai.
Jacqueline Boysen: Qu'est-ce qui vous
détourne d'un possible boycott?
Lothar Bisky : Je ne fais pas grand
cas du boycott des jeux olympiques. Je pense que cela a peu apporté dans le
passé et n’apportera pas grand chose aujourd’hui. Par contre, il est important,
à mon avis, que les Tibétains aient le droit de cultiver et de développer leur
tradition culturelle et de faire valoir leurs droits pacifiquement en tant que
minorité. Je ne peux pas m’imaginer que la direction chinoise soit satisfaite
de la situation actuelle.
* Toutes les notes
viennent du traducteur
Jacqueline Boysen: Regardons maintenant
ce qui fait la Une dans notre pays. Le SPD semble se déchirer sur la question :
Comment faisons-nous avec DIE LINKE ? Quels sont les rapports entre ces deux
partis – le SPD et DIE LINKE ? Sont-ils concurrents ou rien de plus que des partenaires
stratégiques?
Lothar Bisky : Pour le moment, nous
sommes concurrents. Si je considère ce que le SPD a pu dire ces derniers temps
sur DIE LINKE, j’ai entendu beaucoup d’opinions à la fois intéressantes et bizarres.
Ce qui manque avant tout, c’est que le SPD s’attaque aux causes. Il est clair,
nous l’avions dit concernant l’Agenda 20104 dès qu’il a été annoncé, qu’il y
aurait de la résistance. La même chose au sujet des lois Hartz5, nous avons dit
que nous étions contre et nous l’avons fait.
La WASG a été créé,
pour ensuite s’unir au PDS et donner naissance à DIE LINKE. Et celui qui veut
se poser la question, pourquoi ce parti existe, il doit remonter à cette loi
antisociale et aux atteintes qu'elle a portées contre des centaines de milliers
d'hommes et de femmes. Cela ne vient à l'esprit de personne de dire que l'un ou
l'autre de ces partis suivait telle ou telle idéologie.
Jacqueline Boysen: Cela voudrait dire
en retour que si le SPD penchait plus à gauche, il en serait fini des
fondements qui marquent l'existence de DIE LINKE ?
Lothar Bisky : À l'heure où je vous
parle, il n' y a vraiment aucune menace. Je pense même que nous avons une base
solide pour exister. D'une part, beaucoup acceptent qu'on dise au moins ce
qu'il en est. Ce n'est pas beaucoup, mais c'est une bonne base. Deuxièmement:
c'est une opposition qui est soutenue. L'opposition réside dans la question de
la justice sociale et des engagements de la Bundeswehr dans différentes parties
du monde. Ceci rencontre beaucoup de soutien. Et troisièmement, il s'agit de
construire. Là nous faisons des propositions. Et ces trois éléments -
protester, opposition, construire - sont ceux d'une nouvelle politique qui nous
permet d'être acceptés dans la population.
Jacqueline Boysen: Nous en parlerons
encore de la quantification pour ce qui est de ces trois éléments. Mais restons en au SPD. Bon nombre dans votre
parti et votre collègue, co-président de DIE LINKE, Oskar Lafontaine, dénigrent
massivement le SPD, cela ne passe pas inaperçu. Lorsque Lafontaine parle de ses
anciens collègues, il les considère comme des "farfelus réformistes".
Puis, le secrétaire
général de votre Parti, Dietmar Bartsch, se moque du SPD le comparant à un "tas
de volailles". Est-ce intelligent? Votre parti aura probablement besoin du
SPD un jour dans le cadre d'une coalition?
Lothar Bisky : Si vous écoutez ce
que le SPD dit sur DIE LINKE, je trouve nos expressions plutôt anodines. Je ne
veux pas participer à cela, je tiens à dire tout haut, que cela n'apporte rien
des deux côtés. Et vous pouvez me croire, cela ne me laisse pas insensible,
seulement, je ne fais pas partie de ceux qui pensent que je dois m'occuper de
ma propre sensibilité. Nous n'avons pas à porter le chapeau en ce moment, car
le SPD râle fortement - ce que je peux comprendre dans un certain sens - parce
qu'il est entrain de perdre.
Jacqueline Boysen: Oui, mais vous dites
toujours, que vous ne devez pas porter le chapeau – mais quand on regarde les
élections dans le Land de Hesse - vous dites que la balle est dans le camp du
SPD, il ne faut pas ignorer - et je dis cela avec précaution - qu'il y a aussi
des absurdités au sein de DIE LINKE, qu'en premier lieu, DIE LINKE profite du
manque de forme du SPD, notamment de ceux qui, en désaccord avec les réformes
de l'agenda 2010, se détournent du SPD pour DIE LINKE. Mais DIE LINKE ne
serait-elle pas privée de sa base, sir le SPD - j'aimerais encore vous entendre
à ce sujet - si le SPD penchait à gauche?
Lothar Bisky : Je ne crois pas.
Cela a duré longtemps, jusqu'à ce qu'une gauche atteigne les cinq pour cent,
c'est à dire dépasse les cinq pour cent. Cela a duré longtemps et beaucoup
disaient que cela n'arriverait jamais. C'est arrivé maintenant. Je pense qu'il
y a des raisons, qui agissent depuis plus longtemps que celui d'une élection.
Cependant, il y avait déjà un grand mécontentement avec la pression faite par
le SPD pour aller vers le centre. N'était-ce pas
Schröder - je m'en
souviens encore précisément - qui a toujours marché vers le centre, et maintenant
nous avons au Bundestag quatre partis, qui veulent tous être au centre. Ils tambourinent
au centre, et nous sommes à gauche. Si on veut accepter le spectre Gauche -
Droite, alors il faut
déterminer sa position. Ils veulent tous être au centre, alors qu'ils y
restent. De toutes façons, ils mènent une politique néolibérale, ceci n'est pas
conciliable avec DIE LINKE.
Jacqueline Boysen: Nous y reviendrons,
sur la façon dont votre parti détermine sa position. Mais jetons encore un coup
d'oeil vers le Land de Hesse. Madame Ypsilanti6 a "gelé" son projet,
comme elle dit. L'idée d'être tolérée par DIE LINKE est conservée et n'est pas
enterrée. Quel est votre pronostic, jusqu'où peut aller votre parti, à vrai
dire, dans le cas d'un rapprochement?
Lothar Bisky : Pour le moment, ce
n'est que pure spéculation. Il n' y a qu'un chose: Nous gouvernons avec le SPD
dans le Land de Berlin. Autrement...
Jacqueline Boysen: … Nous parlons de la
Hesse …
Lothar Bisky : … Nous parlons de la
Hesse, oui, je ne veux pas éviter la question. Mais ils font des annonces, puis
les retirent, en font de nouvelles, ensuite on ne sait plus où on en est. Nous n'avons
jamais dit: "jamais", "avec personne" etc... Cela a été
corrigé par une dose de réalisme, et maintenant on veut voir jusqu'où ce
réalisme ira. En Hesse, nous ne sommes pas en manque de réaction. Je me dis que
nous serons réellement interpellés, quand la question du salaire minimum
garanti, de Hartz IV et des engagements de la Bundeswehr à l'étranger sera véritablement
à l'ordre du jour. . .
Jacqueline Boysen: … Naturellement, ce
ne sont pas des thèmes régionaux …
Lothar Bisky : … Oui, c'est exact,
mais nous sommes un parti accepté aussi bien à l'échelon régional que national.
Et si nous voulons maintenant laisser un peu de côté la Bundeswehr ou la politique
étrangère en général, il reste la question du salaire minimum garanti. Le SPD a
collecté des signatures. Avec qui veut-il maintenant avancer? Pas avec le FDP!
Jacqueline Boysen: C'est révélateur que
ce projet de Madame Ypsilanti, d'être tolérée par votre Parti,
DIE LINKE, ait échoué
à cause des objections de Madame Metzger, membre du SPD. Elle a politiquement
et moralement ciblé son argumentation, sur le fait qu'en tant qu'ancienne
Berlinoise de l'Ouest,
elle ne peut supporter une éventuelle coopération avec DIE LINKE qui puise ses
racines dans le SED. Le père de Madame Metzger s'est opposé à l'union forcée
entre le SPD et le KPD7, la famille a été divisée après la construction du Mur.
Et c'est une expérience que vous, Lothar Bisky, vous avez vous-même vécu. Mais
chez vous, il s'agissait d'un départ volontaire en RDA, à l'âge de 18 ans, vous
quittez le Land de Schleswig-Holstein où vous et vos parents aviez échoué,
après avoir fui la Poméranie8. Mais celui qui a vécu arbitrairement la division
de la ville comme division familiale, comme une déchirure, peut-on à vrai dire
ne pas lui être reconnaissant, de refuser une coopération avec votre parti,
même si ce parti s'est transformé?
Lothar Bisky : Bien sûr que
l'arbitraire a été pratiqué en RDA, je ne le conteste pas. Et celui qui a fait l'expérience
de l'arbitraire peut ressentir de la rancune. Sur ce point, je peux comprendre
Madame Metzger en tant
que personne. Mais la politique ne peut pas se fonder sur une marginalisation
mutuelle. Ceux qui aujourd'hui sont candidats en Hesse n'ont rien à voir avec le
Mur. Le débat critique avec la RDA subsiste, mais actuellement nous sommes, en
tant qu'individus capables d'apprendre, nous sommes en mesure de pratiquer une
politique moderne. Et là, on ne peut pas se limiter uniquement à la référence à
l'histoire. Si c'était le cas, beaucoup, dans l'histoire de l'Allemagne,
n'auraient plus le droit de prendre la parole.
Jacqueline Boysen: Vous avez dans votre
propre parti des groupes différents: l'ancien PDS, la WASG, d'anciens membres
du KPD, des anciens syndicalistes, des anciens sociaux-démocrates – des déçus
qui ont tourné le dos à leur parti et se rassemblent au sein de DIE LINKE.
Comment peut-on réunir tous ces groupes? Combien êtes vous satisfaits de la
fusion de ces différents groupes? Je crois que c'est Gregor Gysi qui a dit une
fois qu'on a besoin d'au moins trois ans.
Nous en sommes à même
pas un an. Comment voyez-vous la cohésion entre ces groupes?
Lothar Bisky : Pour le moment, nous
n'avons pas de raison de nous plaindre. Bien sûr qu'il y a des problèmes, c'est
tout à fait normal quand on y pense: le contexte de l'Ouest, le contexte culturel
de l'Ouest et le contexte de l'Est, ce sont des mondes naturellement
différents. Les expériences sociales sont différentes. Le passage d'un parti
d'Etat à un parti d'opposition apporte une toute autre expérience que par
exemple être à la marge dans un groupuscule en République Fédérale. Tout ceci
doit être pris en considération et d'ailleurs, cela continuera d'apporter des
problèmes. Mais nous sommes sur la bonne voie, de nous consolider. Sur ce point,
je suis optimiste, tout comme je ne pars pas du fait, que nous n'aurons plus de
problème à partir de demain.
Jacqueline Boysen: Lothar Bisky! La
vice-présidente du groupe au Bundestag, Petra Pau, engagée de longue date dans
la question de la réforme du parti, décrit la voie que le PDS a prise autrefois
en trois phases. D'abord, il s'agit de la pure existence du Parti, puis de se
faire accepter et troisièmement de définir les contenus, en commençant, bien
sûr, par la question délicate: doit-on participer à un gouvernement ou se
limiter au rôle d'opposition. A quel niveau de développement DIE LINKE est-elle
arrivée aujourd'hui?
Lothar Bisky : Nous sommes dans la
situation confortable, que l'on s'habitue à nous, que les gens écoutent de
nouveau, ce que nous disons. Et le plus remarquable, c'est que nous avons
réussi à ce que cela soit maintenant le cas à l'Ouest . . .
Jacqueline Boysen: ... Oui mais Madame
Metzger est une parmi les nombreuses personnes pour qui "cette
normalité" n'est pas encore arrivée...
Lothar Bisky : ... Des destins,
comme celui de Madame Metzger, il y en a aussi à l'Est. Il n' y a pas d'exclusivité
Est ou Ouest. Il y en a aussi à l'Est qui ont été touchées par l'arbitraire du
SED, et bien sûr, ils ne nous aiment pas. Et je le comprends dans un certain
sens. Mais maintenant, nous sommes dans la situation où nous nous développons.
Ceci crée des troubles chez les sociaux-démocrates et dans les autres partis.
Maintenant, nous dépassons les cinq pour cent dans les Länder de l'Ouest et
cela ressemble à une sorte de profanation du sanctuaire. C'est la raison pour
laquelle on nous tombe dessus. Dans cette dimension, plutôt que de reculer,
nous progresserons. Sur ce point, je pars du fait que oui, il y a des
problèmes. Mais la plupart des problèmes, DIE LINKE se les crée elle-même.
C'est donc à elle seule de les résoudre. Quant à moi, nous sommes à même de
comprendre, que la politique dans le Land de Meckembourg-Poméranie du Nord
n'est pas la même qu'en Sarre, en Bavière, dans le Schleswig-Holstein, que
celle à l'Est n'est pas la même qu'à l'Ouest. Et si on fait preuve de tolérance,
on parvient à des points communs. Je cherche les points communs, pas ce qui est
tendance.
Jacqueline Boysen: Lothar Bisky, au
tableau des difficultés que le PDS a rencontrées sans aucun doute à ses débuts
dans les années 90, figure le débat avec l'histoire de la RDA. Peut-être que,
sur le fond, une évolution des mentalités n'a pas eu lieu chez tous ses
adhérents, mais c'était un mérite pour votre parti de les avoir intégrés. Que
se passe-t-il maintenant? Vient s'y ajouter un DKP9, qui n'a jamais été obligé
de se pencher sur son passé qui, comme nous le savons, était fortement
dépendant des subventions venant de la RDA, qui n'a pas examiné à la loupe sa propre
histoire, et qui, encore moins, ne s'en est jamais distancé officiellement.
Cette partie de la gauche de l'Ouest ne discrédite-t-elle pas, ce que les
réformateurs de votre parti construisent depuis dix-huit ans?
Lothar Bisky : Nous n'acceptons pas
d'être discrédités. Nous avons réagi de façon perceptible dans des cas
concrets. C'était le cas par rapport à Madame Wegner10, là nous avons dit que
cela n'ira pas comme ça avec nous. Ce n'est pas défendable sur le fond, parce
que nous nous sommes confrontés avec la question de la Sécurité d'Etat et avec
ce qui était injuste en RDA. Je reste sur ce que j'ai dit. Et nous le referons.
Il ne s'agit pas d'une fois pour toutes. Au contraire nous continuerons de
poursuivre l'analyse critique de ce qui fut répressif dans le socialisme
d'Etat.
Jacqueline Boysen: Vous y amènerez
aussi les anciens membres du DKP ou ceux qui en sont encore membres
aujourd'hui?
Lothar Bisky : Ca, je ne sais pas.
Je ne parle pas pour le DKP. Je parle pour DIE LINKE.
Jacqueline Boysen: Oui, mais vous avez
encore sur vos listes .........
Lothar Bisky : Qui est candidat
pour DIE LINKE, et ça je veux le dire en toute clarté, doit savoir que ce qui
constitue DIE LINKE est le consensus antistalinien. Et celui qui n'est pas
d'accord, je lui recommande de ne pas rejoindre DIE LINKE.
Jacqueline Boysen: Trouvez-vous alors
une oreille favorable auprès de votre collègue et co-président Oskar
Lafontaine, qui donne l'impression de ne pas s'intéresser particulièrement à
l'histoire du DKP. Il l'a dit une fois clairement.
Lothar Bisky : Non, non, non, ça,
je tiens à le rejeter énergiquement. Oskar Lafontaine voit les choses
exactement comme moi. Nous voulons des solutions démocratiques, des solutions démocratiques
socialistes. C'est pour cela que nous nous confrontons, pas pour des paragraphes
de l'histoire voire la justification de choses qu'on ne peut pas justifier.
Jacqueline Boysen: Votre ancien Parti,
le PDS, aimait brandir l'expression, qu'"il était arrivé à l'Ouest". Cela
signifiait qu'il avait intégré ceux qui doutent de l'Allemagne Fédérale ou qui
s'en sentent éloignés, et que le PDS
leur avait offert en quelque sorte un refuge politique. Sa force, la force de
l'ancien PDS, résidait particulièrement dans l'antichambre du politique: Le PDS
aidait les citoyens à se débattre avec les services sociaux, il était actif au
niveau de la solidarité et toujours disponibles dans les communes. Aujourd'hui,
le NPD11 presse pour prendre la place à l'Est dans ce domaine avec un personnel
plus jeune. Comment pouvez-vous lutter contre le fait qu'un nouveau
national-socialisme agressif est entrain de s'étendre? Voyez vous aussi une base
pour une possible interdiction du NPD?
Lothar Bisky : Oui. Le NPD est un
Parti, qui relève de l'idéologie néofasciste. Aussi, il doit être interdit. On
n'a pas le droit de faire comme la première fois. Il faut retirer les indics
pour ensuite engager avec succès une procédure d'interdiction. Retrait de tous
les indics, puis action, en justice. Ce serait réaliste. Sinon, parlons d'un
problème qui me tient à coeur. Naturellement, nous avons la responsabilité,
comme d'autres partis, de réduire l'influence du NPD là où c'est possible. Et
naturellement, mon Parti a un devoir particulier, et je maintiens que nous
devons rester le parti de ceux qui souffrent. J'appelle cela de façon simple,
le parti de ceux qui souffrent. C'est d'ailleurs important aussi pour d'autres
partis, je crois, de refouler l'influence du NPD.
Jacqueline Boysen: Monsieur Bisky,
jetons un coup d'oeil sur le congrès de votre parti qui se tiendra en mai à
Cottbus et aussi sur son programme. Si on regarde les angles d'approche qui
aujourd'hui remplacent un programme qui n'existe pas encore, si on ne lit pas
uniquement les revendications mots d'ordre, mais aussi les angles d'approche
programmatiques, on ne peut pas distinguer à vrai dire d'où doivent provenir
les immenses prestations des pouvoirs publics promises. Vous parlez de
l'imposition des entreprises, des droits de succession, d'une taxe sur la
rentabilité financière et sur les profits spéculatifs, mais tout cela
financerait difficilement une protection fondamentale, les soins gratuits, la
suppression des droits universitaires, la retraiteà 60 ans, la garde d'enfants
sans frais, un secteur d'emploi bénéficiant d'aides publiques etc ... etc...,
tout ce que vous citez. Sur quoi mettriez-vous l'accent?
Lothar Bisky : Mais nous ne promettons
pas de résoudre tous les problèmes sociaux du jour au lendemain, nous procédons
de façon réaliste et nous disons ce qu'on veut résoudre et avec quels moyens.
Et concernant les propositions que nous soumettons, nous faisons aussi des propositions
financières. C'est une erreur de se mettre là comme certains le font, le
ministre des finances par exemple, et de dire, DIE LINKE a encore besoin de 150
milliards. C'est tout simplement un non sens. C'est permis dans la polémique
entre partis politiques, personne ne peut ni ne veut l'interdire, c'est tout
simplement un non sens. Tout compte fait, nous avons aussi les connaissances
d'un ministre des finances. . .
Jacqueline Boysen: d'un ancien ...
Lothar Bisky : ... d'un ancien
ministre des finances de notre propre parti, et qui réfléchit aussi avec ses
connaissances. Et nous avons d'autres experts financiers. Ce que nous
demandons, nous pouvons le financer. Mais - et c'est maintenant le problème
dans les partis, vous parliez d'angles d'approche, mais il s'agit d'une
question programmatique. On ne peut pas mettre ce point à l'ordre du jour du
jour au lendemain. Aussi avons-nous besoin d'offres à moyen terme. Et nous
devons dire à chaque élection, comment et quand tel ou tel problème sera
résolu.
Jacqueline Boysen: C'est pourquoi je
vous demande les priorités...
Lothar Bisky : Oui, pour nous les
priorités sont: l'annulation de Hartz IV. Nous sommes pour l'introduction d'un
salaire minimum garanti, pour la transformation des emplois à un euro en assurance
sociale. Nous sommes pour un secteur d’emploi subventionné par l’aide publique.
Nous savons que ce n'est pas tout. Pour ce qui est de la réforme fiscale, nous
avons toute une série de propositions et nous voulons nous préoccuper plus
fortement de la retraite légale. Ce sera de toute façon la priorité du prochain
Congrès à Cottbus. Et maintenant, je le dis de façon offensive, car cela a un
effet de mèche, où sont donc les grands réformateurs de notre pays? L'Agenda
2010 a échoué, Hartz IV a échoué, la réforme de la santé est une réforme contre
les malades. Et cela est connu. Et on sait également qu’on n'équilibrera pas le
taux d'inflation avec les retraites principalement. Tout le monde le sait.
Aussi, cela ne me tourmente pas si on dit toujours, "vous êtes irréalistes".
Et la pauvreté qui en touche beaucoup, quant à elle, reste.
Jacqueline Boysen: Si on lit exactement
vos angles d'approche jusqu'à la dernière page, on trouve sur cette dernière
page les questions soumises à la discussion. On y trouve l'angle d'approche "plein
emploi". Cela signifie, est-ce que nos concepts - ceux de DIE LINKE -
suffisent à atteindre cet objectif. Comment, Monsieur Bisky, répondez-vous à
cette question?
Lothar Bisky : Ils sont
insuffisants. Et je dis publiquement, parce que je ne veux rien faire miroiter aux
yeux des gens, que nous n'avons pas de réponse à chaque question. Je le dis
seulement pour mon ressort, celui des technologies de l'information et de la
communication. Bien sûr que je peux m'imaginer davantage d'emplois dans ce domaine.
Pour ce, des programmes complexes doivent être réalisés qui visent à promouvoir
autrement les professionnels de l'information, à revendiquer autrement, à
savoir s'y prendre autrement avec les emplois dans ce domaine. Cela ne se fait
pas du jour au lendemain. Il y a toute une série de questions ouvertes, que
j'aimerais discuter.
Jacqueline Boysen: Lors de son congrès
à Cottbus, le parti devra élire un nouveau comité directeur. Bien sûr, il y a
des discussions en amont. C'est, comme vous le direz, tout à fait normal dans tous
les partis. J'aimerais que vous me disiez ce que vous pensez de la parité12 au
sein du comité directeur, pour laquelle plaide Petra Pau. J'aimerais que vous
me disiez également comment vous vous y prenez avec les critiques dans le
parti, des critiques qui disent: nous sommes trop forts pour être seulement un
parti de protestation, nous nous définissons ex negativo à partir des fautes
des autres et nous n'avons pas ou peu de discussion sur ce que doit réaliser
aujourd’hui un parti de gauche moderne et d'émancipation.
Lothar Bisky : Premièrement, nous
avons la parité. Actuellement, on peut se plaindre que trois hommes soient à la tête du parti.
C'est également un concept pour Cottbus, qu'on peut accepter ou refuser. Je le
dis sans passion. On peut désavouer les trois hommes.
Jacqueline Boysen: Ces trois hommes,
qui s'appellent Gregor Gysi, Oskar Lafontaine et Lothar Bisky?
Lothar Bisky : On peut le faire, ce
n'est pas du tout un problème. Ce serait un autre concept. J'ai dit que je
reste encore à disposition, avec Lafontaine et Gysi, en 2009. Mais ceci est une
autre question. Ca on peut le voir autrement, mais nous avons la parité.
Naturellement qu'il y a quelques nouveaux problèmes avec cette fusion. Mais je
voudrais en faire l'éloge. Nous avons acquis tant de compétences politico
syndicales comme aucun autre parti et ce, en quelques années. Ce sont des
syndicalistes expérimentés, intelligents, qui maintenant font de la politique
avec nous. C'est un énorme acquis.
Jacqueline Boysen Si je vous comprends
bien: vous êtes de nouveau candidat et vous partez du fait que Gregor Gysi et
Oskar Lafontaine que vous venez de nommer le seront aussi.
Lothar Bisky : Oui, je le suppose,
sinon il y a quelque chose dans cet accord qui ne va plus.
Jacqueline Boysen: Il n'y aura plus de
parité entre ceux qui viennent du PDS et ceux qui viennent de la WASG ou
d'autres groupes. A quoi aspire DIE LINKE?
Lothar Bisky : Die LINKE aspire à
la cohésion. Si elle n'y parvient pas, DIE LINKE échouera. Je le dis tel quel.
Jacqueline Boysen: Est-ce que vous
craignez un éclatement?
Lothar Bisky : Non, je ne le crains
pas.
Jacqueline Boysen: Les véritables
objectifs du PDS - vous parlez toujours de partis d'origine – la toute-puissance
des partis d'origine, ne passent-ils pas au second plan? Si on lit les angles d'approche,
le réajustement des conditions d'existence Est et Ouest n'apparaît qu'aux point
8 et 9. Et récemment, Oskar Lafontaine, alors qu'il présentait un document
stratégique de son groupe au Bundestag, n'a même pas nommé ce point. Cela
signifie-t-il que vous vous détournez plus fortement des intérêts de
l'Allemagne de l'Est, que vous incarniez, et si j'ose dire, que vous incarniez
aussi en tant que personne?
Lothar Bisky : Non, je ne vois pas
les choses ainsi. Ce qui est nouveau, c'est que l'Est et l'Ouest s'unissent. Et
nous voulons faire de la politique d'égal à égal, ensemble et comme partenaire.
Cela ne fonctionne pas l'un contre l'autre. Nous restons en Allemagne de l'Est
la forte représentation de l'Est. Et la population le remarque aussi. Et je
n'aimerais pas que nous gagnions à l'Ouest et perdions à l'Est. J'aimerais que
nous soyons très forts à l'Est et gagnons de plus en plus à l'Ouest.
Jacqueline Boysen: Monsieur Bisky, vous
nous avez dévoilé que vous serez de nouveau candidat. Ce n'est naturellement
pas une surprise. Comment avez-vous supporté que la législature pour vous ait
commencé en 2005 par une expérience inhabituelle et sûrement aussi douloureuse,
à savoir: vous vous êtes présenté, pour votre parti, quatre fois à la
Vice-présidence du Bundestag et vous avez échoué quatre fois. Comment le
vivez-vous?
Lothar Bisky : C'est une défaite,
c'est clair. Mais d'une défaite, on peut en faire quelque chose de positif. Le
Bundestag a décidé à la majorité qu'il était préférable que je me consacre à
mon parti. C'est ce que j'ai fait et je quitterai le Bundestag si le Parti
atteint un score à deux chiffres. C'est ma réponse à cette défaite.Deutschlandfunk, 30 mars 2008.
Source:
http://die-linke.de/die_linke/wortlaut/detail/artikel/lothar-bisky-sieht-keine-annaeherung-an-spd/
Traduction de l'allemand: Françoise Diehlmann

1 Radio allemande à
laquelle l’interview a été accordée
2 Parti
Social-Démocrate d’Allemagne
3 Le Parti Communiste
de l’ex-RDA
4 Ensemble de mesures
disparates d’inspiration néolibérale couvrant des domaines aussi variées que la
fiscalité, le droit au licenciement, les cotisations aux assurances sociales,
menée par la coalition rose-verte du Gouvernement Schröder
5 Un des volets de
l’agenda 2010, réforme profonde de la gestion du chômage qui porte le nom de
l’ex manager de Volkswagen, Peter Hartz, qui, entre autres, réduit de façon
drastique l’allocation chômage
6 Tête de liste du SPD
aux élections régionales de la Hesse (région de Wiesbaden – Francfort)
7 Parti communiste
d’Allemagne
8 A la fin de la
Seconde Guerre mondiale
9 Parti communiste
allemand après l’interdiction du KPD en 1956
10 En tant que membre
du DKP, avait été candidate sur les listes de DIE LINKE aux élections régionales
de la Basse-Saxe, le 27 janvier 2008, a, dans ce cadre donné une interview où
elle justifiait le mur et la sécurité d’Etat (Stasi)