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Die Linke, Interview de Gregor Gysi

 

 

 

19 Mars 2008 Kölnische Rundschau :

 


"DIE LINKE" est présentable également à l'Ouest

Interview avec Gregor Gysi, Président du groupe "DIE LINKE" au Bundestag

Traduction de l’allemand: Françoise Diehlmann

Gregor Gysi est Président du Groupe de "DIE LINKE" au Bundestag. Entretien réalisé par Sandro Schmidt sur la montée du Parti à l'Ouest.

 


Monsieur Gysi, selon les sondages, DIE LINKE atteint au plan national les 14%. Etes-vous étonné de la montée fulminante de DIE LINKE seulement neuf mois après l'unification de la WASG et du PDS?

 

Gregor Gysi : Je crois, qu'un saut qualitatif a été franchi avant tout dans les Länder de l'Ouest. Parce que la WASG et Oskar Lafontaine y sont parvenus, nous n'avons plus la réputation d'être un pur parti de l'Est.


Qu'est-ce qui a changé?

Gregor Gysi : Au plan thématique, nous changeons l'air du temps. Nous mettons en avant des choses qui, sans nous, n'existeraient pas: que cela soit le débat sur le salaire minimum, la prolongation de l'allocation-chômage ou l'augmentation des retraites. Les gens disent, plus DIE LINKE est forte, plus les autres corrigent leur politique.

 
Cela vous surprend?

Gregor Gysi : J'ai toujours pensé, que plus l'Ouest progresserait, plus nous perdrions à l'Est. Or, ce n'est pas le cas, au contraire! Ceux qui ont voté pour nous à l'Est, parce qu'ils sont Allemands de l'Est, ne partent pas. Mais ceux qui viennent à nous, votent pour nous, parce que nous avons maintenant des choses à dire au plan national. Cela m'a surpris et me rend relativement optimiste pour les élections à venir.


Votre force ne réside-t-elle pas dans l'état désolant du SPD?

Gregor Gysi : Une force, qui est liée à la faiblesse de l'autre, ce n'est pas suffisant. Je crois que les thèmes que nous couvrons sont justes. Mais naturellement, vous avez raison. L'état du SPD est désolant. Il y a en fait deux partis dans un. L'aile droite et l'aile gauche n'ont plus rien à se dire. Elles veulent des alliances différentes, une politique différente. Le SPD est devenu un parti néoliberal et le néolibéralisme s'impose à lui politiquement.  Un des courants ne nous laisse pas indifférent, l'autre si! C'est pourquoi il est si difficile de nous rapprocher. DIE LINKE réussit à l'Ouest, parce que le SPD a cessé d'être un parti social-démocrate.

 
Est-ce que DIE LINKE est devenue présentable à l'Ouest?

Gregor Gysi : Oui, nous le sommes. Il est étonnant que la Gauche en Europe parte précisément en miette. Mais dans l'ancienne Allemagne fédérale, qui a été pendant des décennies profondément anticommuniste, de sorte qu'un parti à gauche du SPD n'avait aucune chance, DIE LINKE est de plus en plus acceptée. On assiste à un tournant.


...parce que le SPD a glissé à droite?

Gregor Gysi : Avec la politique néolibérale de Schröder, il a laissé de l'espace sur sa gauche. Il a fortement exonéré les consortiums et dit aux chômeurs, "hélas, nous n'avons pas suffisamment d'argent pour vous", et aux malades, "vous devez payer davantage". Ca, les gens ne le comprennent pas.


Votre parti aspire-t-il à gouverner dans les Länder de l'Ouest ou vous sentez-vous mieux dans le rôle d'opposition critique du capitalisme?

Gregor Gysi : J'essaie toujours d'expliquer à mon Parti, qu'il ne s'agit pas de se sentir mieux, mais d'accepter les demandes des électeurs.


DIE LINKE le comprend aussi?

Gregor Gysi : Si on veut! Ils apprennent. On n'entre pas en politique, pour que tout se passe confortablement. On n'entre pas en poltique pour imposer la doctrine pure. Mais on entre en politique, pour changer la société. Si la possibilité existe, de mener, avec un partenaire, des changements pour lesquels nous luttons et ce, avec quelques compromis acceptables, alors, il faut le faire, bien entendu!


DIE LINKE est un mélange coloré de membres du SED / PDS, de sociaux-démocrates et de syndicalistes déçus, d'anciens membres de groupuscules communistes. Est-il possible avec une troupe si disparate idéologiquement de faire de la politique concrète?

Gregor Gysi : Cela fonctionne, si on saisit que tous les cloisonnements du XX siècle ne vont plus aujourd'hui. Nous devons tenter de devenir une gauche moderne, qui répond aux questions du XXIè siècle. Nous devons faire l'inventaire historique, mais politiquement nous devons regarder en avant.

 
Vous déterminez-vous encore comme communiste aujourd'hui?

Gregor Gysi : Non. Aussi, parce que chacun y comprend ce qu'il veut.


Kölnische Rundschau, 19. März 2008

 

 
 

 

Traduction de l’allemand: Françoise Diehlmann

 

 

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Die Linke, Interview de Lothar Bisky

 

 

 

30 mars 2008 Deutschlandfunk*1

 

 

Interview de Lothar Bisky

 

 

http://die-linke.de/die_linke/wortlaut/detail/artikel/lothar-bisky-sieht-keine-annaeherung-an-spd/

 

Traduction de l'allemand: Françoise Diehlmann

 

Lothar Bisky ne voit pas de rapprochement avec le SPD2.  Le Président de DIE LINKE, Lothar Bisky, voit une forte concurrence avec le SPD. Un rapprochement avec le SPD dans le Land de Hesse est en ce moment pure spéculation, déclare Lothar Bisky. Les succès de DIE LINKE dans la partie occidentale de l'Allemagne seraient considérés comme "une profanation du sanctuaire". C'est la raison pour laquelle des personnalités politiques du SPD prennent son parti pour cible.

 

 

Jacqueline Boysen: Monsieur Bisky, des images horribles nous arrivent ces derniers jours, des images de la violente répression des Tibétains - lutte contre la domination chinoise. Ces images rappellent celles de 1989. Quand vous repensez, comment le SED3 autrefois soutenait l'intervention contre l'opposition en Chine sur la Place Tienanmen à Pékin, et voyait sans vouloir s'en rendre compte, que le temps de la domination autoritaire que lui-même exerçait était déjà dépassé. Alors se pose la question comment votre parti qui a muté en DIE LINKE se situe par rapport à cela et qu'est-ce que vous en pensez comme Président du Parti de DIE LINKE d'un boycott des jeux olympiques de Pékin?

 

Lothar Bisky : En 1989 - c'est vrai que la direction du SED a défendu par principe cette intervention. Je veux aussi dire que mes collègues à l'école supérieure de cinématographie de

Potsdam-Babelsberg...

 

Jacqueline Boysen : ... dont vous étiez le directeur…

 

Lothar Bisky : … oui, mais qui a tourné un film-video, où des étudiants prenaient la parole de façon très critique sur les événements de la Place Tienanmen, où aussi la secrétaire du parti prenait clairement ses distances. Mais le Bureau politique n'a pas aimé ces réactions. C'était vrai.

 

Jacqueline Boysen: Qu'est-ce qui vous détourne d'un possible boycott?

 

Lothar Bisky : Je ne fais pas grand cas du boycott des jeux olympiques. Je pense que cela a peu apporté dans le passé et n’apportera pas grand chose aujourd’hui. Par contre, il est important, à mon avis, que les Tibétains aient le droit de cultiver et de développer leur tradition culturelle et de faire valoir leurs droits pacifiquement en tant que minorité. Je ne peux pas m’imaginer que la direction chinoise soit satisfaite de la situation actuelle.

 

* Toutes les notes viennent du traducteur

 

Jacqueline Boysen: Regardons maintenant ce qui fait la Une dans notre pays. Le SPD semble se déchirer sur la question : Comment faisons-nous avec DIE LINKE ? Quels sont les rapports entre ces deux partis – le SPD et DIE LINKE ? Sont-ils concurrents ou rien de plus que des partenaires stratégiques?

 

Lothar Bisky : Pour le moment, nous sommes concurrents. Si je considère ce que le SPD a pu dire ces derniers temps sur DIE LINKE, j’ai entendu beaucoup d’opinions à la fois intéressantes et bizarres. Ce qui manque avant tout, c’est que le SPD s’attaque aux causes. Il est clair, nous l’avions dit concernant l’Agenda 20104 dès qu’il a été annoncé, qu’il y aurait de la résistance. La même chose au sujet des lois Hartz5, nous avons dit que nous étions contre et nous l’avons fait.

La WASG a été créé, pour ensuite s’unir au PDS et donner naissance à DIE LINKE. Et celui qui veut se poser la question, pourquoi ce parti existe, il doit remonter à cette loi antisociale et aux atteintes qu'elle a portées contre des centaines de milliers d'hommes et de femmes. Cela ne vient à l'esprit de personne de dire que l'un ou l'autre de ces partis suivait telle ou telle idéologie.

 

Jacqueline Boysen: Cela voudrait dire en retour que si le SPD penchait plus à gauche, il en serait fini des fondements qui marquent l'existence de DIE LINKE ?

 

Lothar Bisky : À l'heure où je vous parle, il n' y a vraiment aucune menace. Je pense même que nous avons une base solide pour exister. D'une part, beaucoup acceptent qu'on dise au moins ce qu'il en est. Ce n'est pas beaucoup, mais c'est une bonne base. Deuxièmement: c'est une opposition qui est soutenue. L'opposition réside dans la question de la justice sociale et des engagements de la Bundeswehr dans différentes parties du monde. Ceci rencontre beaucoup de soutien. Et troisièmement, il s'agit de construire. Là nous faisons des propositions. Et ces trois éléments - protester, opposition, construire - sont ceux d'une nouvelle politique qui nous permet d'être acceptés dans la population.

 

Jacqueline Boysen: Nous en parlerons encore de la quantification pour ce qui est de ces trois éléments.  Mais restons en au SPD. Bon nombre dans votre parti et votre collègue, co-président de DIE LINKE, Oskar Lafontaine, dénigrent massivement le SPD, cela ne passe pas inaperçu. Lorsque Lafontaine parle de ses anciens collègues, il les considère comme des "farfelus réformistes".

Puis, le secrétaire général de votre Parti, Dietmar Bartsch, se moque du SPD le comparant à un "tas de volailles". Est-ce intelligent? Votre parti aura probablement besoin du SPD un jour dans le cadre d'une coalition?

 

Lothar Bisky : Si vous écoutez ce que le SPD dit sur DIE LINKE, je trouve nos expressions plutôt anodines. Je ne veux pas participer à cela, je tiens à dire tout haut, que cela n'apporte rien des deux côtés. Et vous pouvez me croire, cela ne me laisse pas insensible, seulement, je ne fais pas partie de ceux qui pensent que je dois m'occuper de ma propre sensibilité. Nous n'avons pas à porter le chapeau en ce moment, car le SPD râle fortement - ce que je peux comprendre dans un certain sens - parce qu'il est entrain de perdre.

 

Jacqueline Boysen: Oui, mais vous dites toujours, que vous ne devez pas porter le chapeau – mais quand on regarde les élections dans le Land de Hesse - vous dites que la balle est dans le camp du SPD, il ne faut pas ignorer - et je dis cela avec précaution - qu'il y a aussi des absurdités au sein de DIE LINKE, qu'en premier lieu, DIE LINKE profite du manque de forme du SPD, notamment de ceux qui, en désaccord avec les réformes de l'agenda 2010, se détournent du SPD pour DIE LINKE. Mais DIE LINKE ne serait-elle pas privée de sa base, sir le SPD - j'aimerais encore vous entendre à ce sujet - si le SPD penchait à gauche?

 

Lothar Bisky : Je ne crois pas. Cela a duré longtemps, jusqu'à ce qu'une gauche atteigne les cinq pour cent, c'est à dire dépasse les cinq pour cent. Cela a duré longtemps et beaucoup disaient que cela n'arriverait jamais. C'est arrivé maintenant. Je pense qu'il y a des raisons, qui agissent depuis plus longtemps que celui d'une élection. Cependant, il y avait déjà un grand mécontentement avec la pression faite par le SPD pour aller vers le centre. N'était-ce pas

Schröder - je m'en souviens encore précisément - qui a toujours marché vers le centre, et maintenant nous avons au Bundestag quatre partis, qui veulent tous être au centre. Ils tambourinent au centre, et nous sommes à gauche. Si on veut accepter le spectre Gauche -

Droite, alors il faut déterminer sa position. Ils veulent tous être au centre, alors qu'ils y restent. De toutes façons, ils mènent une politique néolibérale, ceci n'est pas conciliable avec DIE LINKE.

 

Jacqueline Boysen: Nous y reviendrons, sur la façon dont votre parti détermine sa position. Mais jetons encore un coup d'oeil vers le Land de Hesse. Madame Ypsilanti6 a "gelé" son projet, comme elle dit. L'idée d'être tolérée par DIE LINKE est conservée et n'est pas enterrée. Quel est votre pronostic, jusqu'où peut aller votre parti, à vrai dire, dans le cas d'un rapprochement?

 

Lothar Bisky : Pour le moment, ce n'est que pure spéculation. Il n' y a qu'un chose: Nous gouvernons avec le SPD dans le Land de Berlin. Autrement...

 

Jacqueline Boysen: … Nous parlons de la Hesse …

 

Lothar Bisky : … Nous parlons de la Hesse, oui, je ne veux pas éviter la question. Mais ils font des annonces, puis les retirent, en font de nouvelles, ensuite on ne sait plus où on en est. Nous n'avons jamais dit: "jamais", "avec personne" etc... Cela a été corrigé par une dose de réalisme, et maintenant on veut voir jusqu'où ce réalisme ira. En Hesse, nous ne sommes pas en manque de réaction. Je me dis que nous serons réellement interpellés, quand la question du salaire minimum garanti, de Hartz IV et des engagements de la Bundeswehr à l'étranger sera véritablement à l'ordre du jour. . .

 

Jacqueline Boysen: … Naturellement, ce ne sont pas des thèmes régionaux …

 

Lothar Bisky : … Oui, c'est exact, mais nous sommes un parti accepté aussi bien à l'échelon régional que national. Et si nous voulons maintenant laisser un peu de côté la Bundeswehr ou la politique étrangère en général, il reste la question du salaire minimum garanti. Le SPD a collecté des signatures. Avec qui veut-il maintenant avancer? Pas avec le FDP!

 

Jacqueline Boysen: C'est révélateur que ce projet de Madame Ypsilanti, d'être tolérée par votre Parti,

DIE LINKE, ait échoué à cause des objections de Madame Metzger, membre du SPD. Elle a politiquement et moralement ciblé son argumentation, sur le fait qu'en tant qu'ancienne

Berlinoise de l'Ouest, elle ne peut supporter une éventuelle coopération avec DIE LINKE qui puise ses racines dans le SED. Le père de Madame Metzger s'est opposé à l'union forcée entre le SPD et le KPD7, la famille a été divisée après la construction du Mur. Et c'est une expérience que vous, Lothar Bisky, vous avez vous-même vécu. Mais chez vous, il s'agissait d'un départ volontaire en RDA, à l'âge de 18 ans, vous quittez le Land de Schleswig-Holstein où vous et vos parents aviez échoué, après avoir fui la Poméranie8. Mais celui qui a vécu arbitrairement la division de la ville comme division familiale, comme une déchirure, peut-on à vrai dire ne pas lui être reconnaissant, de refuser une coopération avec votre parti, même si ce parti s'est transformé?

 

Lothar Bisky : Bien sûr que l'arbitraire a été pratiqué en RDA, je ne le conteste pas. Et celui qui a fait l'expérience de l'arbitraire peut ressentir de la rancune. Sur ce point, je peux comprendre

Madame Metzger en tant que personne. Mais la politique ne peut pas se fonder sur une marginalisation mutuelle. Ceux qui aujourd'hui sont candidats en Hesse n'ont rien à voir avec le Mur. Le débat critique avec la RDA subsiste, mais actuellement nous sommes, en tant qu'individus capables d'apprendre, nous sommes en mesure de pratiquer une politique moderne. Et là, on ne peut pas se limiter uniquement à la référence à l'histoire. Si c'était le cas, beaucoup, dans l'histoire de l'Allemagne, n'auraient plus le droit de prendre la parole.

 

Jacqueline Boysen: Vous avez dans votre propre parti des groupes différents: l'ancien PDS, la WASG, d'anciens membres du KPD, des anciens syndicalistes, des anciens sociaux-démocrates – des déçus qui ont tourné le dos à leur parti et se rassemblent au sein de DIE LINKE. Comment peut-on réunir tous ces groupes? Combien êtes vous satisfaits de la fusion de ces différents groupes? Je crois que c'est Gregor Gysi qui a dit une fois qu'on a besoin d'au moins trois ans.

Nous en sommes à même pas un an. Comment voyez-vous la cohésion entre ces groupes?

 

Lothar Bisky : Pour le moment, nous n'avons pas de raison de nous plaindre. Bien sûr qu'il y a des problèmes, c'est tout à fait normal quand on y pense: le contexte de l'Ouest, le contexte culturel de l'Ouest et le contexte de l'Est, ce sont des mondes naturellement différents. Les expériences sociales sont différentes. Le passage d'un parti d'Etat à un parti d'opposition apporte une toute autre expérience que par exemple être à la marge dans un groupuscule en République Fédérale. Tout ceci doit être pris en considération et d'ailleurs, cela continuera d'apporter des problèmes. Mais nous sommes sur la bonne voie, de nous consolider. Sur ce point, je suis optimiste, tout comme je ne pars pas du fait, que nous n'aurons plus de problème à partir de demain.

 

Jacqueline Boysen: Lothar Bisky! La vice-présidente du groupe au Bundestag, Petra Pau, engagée de longue date dans la question de la réforme du parti, décrit la voie que le PDS a prise autrefois en trois phases. D'abord, il s'agit de la pure existence du Parti, puis de se faire accepter et troisièmement de définir les contenus, en commençant, bien sûr, par la question délicate: doit-on participer à un gouvernement ou se limiter au rôle d'opposition. A quel niveau de développement DIE LINKE est-elle arrivée aujourd'hui?

 

Lothar Bisky : Nous sommes dans la situation confortable, que l'on s'habitue à nous, que les gens écoutent de nouveau, ce que nous disons. Et le plus remarquable, c'est que nous avons réussi à ce que cela soit maintenant le cas à l'Ouest . . .

 

Jacqueline Boysen: ... Oui mais Madame Metzger est une parmi les nombreuses personnes pour qui "cette normalité" n'est pas encore arrivée...

 

Lothar Bisky : ... Des destins, comme celui de Madame Metzger, il y en a aussi à l'Est. Il n' y a pas d'exclusivité Est ou Ouest. Il y en a aussi à l'Est qui ont été touchées par l'arbitraire du SED, et bien sûr, ils ne nous aiment pas. Et je le comprends dans un certain sens. Mais maintenant, nous sommes dans la situation où nous nous développons. Ceci crée des troubles chez les sociaux-démocrates et dans les autres partis. Maintenant, nous dépassons les cinq pour cent dans les Länder de l'Ouest et cela ressemble à une sorte de profanation du sanctuaire. C'est la raison pour laquelle on nous tombe dessus. Dans cette dimension, plutôt que de reculer, nous progresserons. Sur ce point, je pars du fait que oui, il y a des problèmes. Mais la plupart des problèmes, DIE LINKE se les crée elle-même. C'est donc à elle seule de les résoudre. Quant à moi, nous sommes à même de comprendre, que la politique dans le Land de Meckembourg-Poméranie du Nord n'est pas la même qu'en Sarre, en Bavière, dans le Schleswig-Holstein, que celle à l'Est n'est pas la même qu'à l'Ouest. Et si on fait preuve de tolérance, on parvient à des points communs. Je cherche les points communs, pas ce qui est tendance.

 

Jacqueline Boysen: Lothar Bisky, au tableau des difficultés que le PDS a rencontrées sans aucun doute à ses débuts dans les années 90, figure le débat avec l'histoire de la RDA. Peut-être que, sur le fond, une évolution des mentalités n'a pas eu lieu chez tous ses adhérents, mais c'était un mérite pour votre parti de les avoir intégrés. Que se passe-t-il maintenant? Vient s'y ajouter un DKP9, qui n'a jamais été obligé de se pencher sur son passé qui, comme nous le savons, était fortement dépendant des subventions venant de la RDA, qui n'a pas examiné à la loupe sa propre histoire, et qui, encore moins, ne s'en est jamais distancé officiellement. Cette partie de la gauche de l'Ouest ne discrédite-t-elle pas, ce que les réformateurs de votre parti construisent depuis dix-huit ans?

 

Lothar Bisky : Nous n'acceptons pas d'être discrédités. Nous avons réagi de façon perceptible dans des cas concrets. C'était le cas par rapport à Madame Wegner10, là nous avons dit que cela n'ira pas comme ça avec nous. Ce n'est pas défendable sur le fond, parce que nous nous sommes confrontés avec la question de la Sécurité d'Etat et avec ce qui était injuste en RDA. Je reste sur ce que j'ai dit. Et nous le referons. Il ne s'agit pas d'une fois pour toutes. Au contraire nous continuerons de poursuivre l'analyse critique de ce qui fut répressif dans le socialisme d'Etat.

 

Jacqueline Boysen: Vous y amènerez aussi les anciens membres du DKP ou ceux qui en sont encore membres aujourd'hui?

 

Lothar Bisky : Ca, je ne sais pas. Je ne parle pas pour le DKP. Je parle pour DIE LINKE.

 

Jacqueline Boysen: Oui, mais vous avez encore sur vos listes .........

 

Lothar Bisky : Qui est candidat pour DIE LINKE, et ça je veux le dire en toute clarté, doit savoir que ce qui constitue DIE LINKE est le consensus antistalinien. Et celui qui n'est pas d'accord, je lui recommande de ne pas rejoindre DIE LINKE.

 

Jacqueline Boysen: Trouvez-vous alors une oreille favorable auprès de votre collègue et co-président Oskar Lafontaine, qui donne l'impression de ne pas s'intéresser particulièrement à l'histoire du DKP. Il l'a dit une fois clairement.

 

Lothar Bisky : Non, non, non, ça, je tiens à le rejeter énergiquement. Oskar Lafontaine voit les choses exactement comme moi. Nous voulons des solutions démocratiques, des solutions démocratiques socialistes. C'est pour cela que nous nous confrontons, pas pour des paragraphes de l'histoire voire la justification de choses qu'on ne peut pas justifier.

 

Jacqueline Boysen: Votre ancien Parti, le PDS, aimait brandir l'expression, qu'"il était arrivé à l'Ouest". Cela signifiait qu'il avait intégré ceux qui doutent de l'Allemagne Fédérale ou qui s'en sentent  éloignés, et que le PDS leur avait offert en quelque sorte un refuge politique. Sa force, la force de l'ancien PDS, résidait particulièrement dans l'antichambre du politique: Le PDS aidait les citoyens à se débattre avec les services sociaux, il était actif au niveau de la solidarité et toujours disponibles dans les communes. Aujourd'hui, le NPD11 presse pour prendre la place à l'Est dans ce domaine avec un personnel plus jeune. Comment pouvez-vous lutter contre le fait qu'un nouveau national-socialisme agressif est entrain de s'étendre? Voyez vous aussi une base pour une possible interdiction du NPD?

 

Lothar Bisky : Oui. Le NPD est un Parti, qui relève de l'idéologie néofasciste. Aussi, il doit être interdit. On n'a pas le droit de faire comme la première fois. Il faut retirer les indics pour ensuite engager avec succès une procédure d'interdiction. Retrait de tous les indics, puis action, en justice. Ce serait réaliste. Sinon, parlons d'un problème qui me tient à coeur. Naturellement, nous avons la responsabilité, comme d'autres partis, de réduire l'influence du NPD là où c'est possible. Et naturellement, mon Parti a un devoir particulier, et je maintiens que nous devons rester le parti de ceux qui souffrent. J'appelle cela de façon simple, le parti de ceux qui souffrent. C'est d'ailleurs important aussi pour d'autres partis, je crois, de refouler l'influence du NPD.

 

Jacqueline Boysen: Monsieur Bisky, jetons un coup d'oeil sur le congrès de votre parti qui se tiendra en mai à Cottbus et aussi sur son programme. Si on regarde les angles d'approche qui aujourd'hui remplacent un programme qui n'existe pas encore, si on ne lit pas uniquement les revendications mots d'ordre, mais aussi les angles d'approche programmatiques, on ne peut pas distinguer à vrai dire d'où doivent provenir les immenses prestations des pouvoirs publics promises. Vous parlez de l'imposition des entreprises, des droits de succession, d'une taxe sur la rentabilité financière et sur les profits spéculatifs, mais tout cela financerait difficilement une protection fondamentale, les soins gratuits, la suppression des droits universitaires, la retraiteà 60 ans, la garde d'enfants sans frais, un secteur d'emploi bénéficiant d'aides publiques etc ... etc..., tout ce que vous citez. Sur quoi mettriez-vous l'accent?

 

Lothar Bisky : Mais nous ne promettons pas de résoudre tous les problèmes sociaux du jour au lendemain, nous procédons de façon réaliste et nous disons ce qu'on veut résoudre et avec quels moyens. Et concernant les propositions que nous soumettons, nous faisons aussi des propositions financières. C'est une erreur de se mettre là comme certains le font, le ministre des finances par exemple, et de dire, DIE LINKE a encore besoin de 150 milliards. C'est tout simplement un non sens. C'est permis dans la polémique entre partis politiques, personne ne peut ni ne veut l'interdire, c'est tout simplement un non sens. Tout compte fait, nous avons aussi les connaissances d'un ministre des finances. . .

 

Jacqueline Boysen: d'un ancien ...

 

Lothar Bisky : ... d'un ancien ministre des finances de notre propre parti, et qui réfléchit aussi avec ses connaissances. Et nous avons d'autres experts financiers. Ce que nous demandons, nous pouvons le financer. Mais - et c'est maintenant le problème dans les partis, vous parliez d'angles d'approche, mais il s'agit d'une question programmatique. On ne peut pas mettre ce point à l'ordre du jour du jour au lendemain. Aussi avons-nous besoin d'offres à moyen terme. Et nous devons dire à chaque élection, comment et quand tel ou tel problème sera résolu.

 

Jacqueline Boysen: C'est pourquoi je vous demande les priorités...

 

Lothar Bisky : Oui, pour nous les priorités sont: l'annulation de Hartz IV. Nous sommes pour l'introduction d'un salaire minimum garanti, pour la transformation des emplois à un euro en assurance sociale. Nous sommes pour un secteur d’emploi subventionné par l’aide publique. Nous savons que ce n'est pas tout. Pour ce qui est de la réforme fiscale, nous avons toute une série de propositions et nous voulons nous préoccuper plus fortement de la retraite légale. Ce sera de toute façon la priorité du prochain Congrès à Cottbus. Et maintenant, je le dis de façon offensive, car cela a un effet de mèche, où sont donc les grands réformateurs de notre pays? L'Agenda 2010 a échoué, Hartz IV a échoué, la réforme de la santé est une réforme contre les malades. Et cela est connu. Et on sait également qu’on n'équilibrera pas le taux d'inflation avec les retraites principalement. Tout le monde le sait. Aussi, cela ne me tourmente pas si on dit toujours, "vous êtes irréalistes". Et la pauvreté qui en touche beaucoup, quant à elle, reste.

 

Jacqueline Boysen: Si on lit exactement vos angles d'approche jusqu'à la dernière page, on trouve sur cette dernière page les questions soumises à la discussion. On y trouve l'angle d'approche "plein emploi". Cela signifie, est-ce que nos concepts - ceux de DIE LINKE - suffisent à atteindre cet objectif. Comment, Monsieur Bisky, répondez-vous à cette question?

 

Lothar Bisky : Ils sont insuffisants. Et je dis publiquement, parce que je ne veux rien faire miroiter aux yeux des gens, que nous n'avons pas de réponse à chaque question. Je le dis seulement pour mon ressort, celui des technologies de l'information et de la communication. Bien sûr que je peux m'imaginer davantage d'emplois dans ce domaine. Pour ce, des programmes complexes doivent être réalisés qui visent à promouvoir autrement les professionnels de l'information, à revendiquer autrement, à savoir s'y prendre autrement avec les emplois dans ce domaine. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il y a toute une série de questions ouvertes, que j'aimerais discuter.

 

Jacqueline Boysen: Lors de son congrès à Cottbus, le parti devra élire un nouveau comité directeur. Bien sûr, il y a des discussions en amont. C'est, comme vous le direz, tout à fait normal dans tous les partis. J'aimerais que vous me disiez ce que vous pensez de la parité12 au sein du comité directeur, pour laquelle plaide Petra Pau. J'aimerais que vous me disiez également comment vous vous y prenez avec les critiques dans le parti, des critiques qui disent: nous sommes trop forts pour être seulement un parti de protestation, nous nous définissons ex negativo à partir des fautes des autres et nous n'avons pas ou peu de discussion sur ce que doit réaliser aujourd’hui un parti de gauche moderne et d'émancipation.

 

Lothar Bisky : Premièrement, nous avons la parité. Actuellement, on peut se plaindre  que trois hommes soient à la tête du parti. C'est également un concept pour Cottbus, qu'on peut accepter ou refuser. Je le dis sans passion. On peut désavouer les trois hommes.

 

Jacqueline Boysen: Ces trois hommes, qui s'appellent Gregor Gysi, Oskar Lafontaine et Lothar Bisky?

 

Lothar Bisky : On peut le faire, ce n'est pas du tout un problème. Ce serait un autre concept. J'ai dit que je reste encore à disposition, avec Lafontaine et Gysi, en 2009. Mais ceci est une autre question. Ca on peut le voir autrement, mais nous avons la parité. Naturellement qu'il y a quelques nouveaux problèmes avec cette fusion. Mais je voudrais en faire l'éloge. Nous avons acquis tant de compétences politico syndicales comme aucun autre parti et ce, en quelques années. Ce sont des syndicalistes expérimentés, intelligents, qui maintenant font de la politique avec nous. C'est un énorme acquis.

 

Jacqueline Boysen Si je vous comprends bien: vous êtes de nouveau candidat et vous partez du fait que Gregor Gysi et Oskar Lafontaine que vous venez de nommer le seront aussi.

 

Lothar Bisky : Oui, je le suppose, sinon il y a quelque chose dans cet accord qui ne va plus.

 

Jacqueline Boysen: Il n'y aura plus de parité entre ceux qui viennent du PDS et ceux qui viennent de la WASG ou d'autres groupes. A quoi aspire DIE LINKE?

 

Lothar Bisky : Die LINKE aspire à la cohésion. Si elle n'y parvient pas, DIE LINKE échouera. Je le dis tel quel.

 

Jacqueline Boysen: Est-ce que vous craignez un éclatement?

 

Lothar Bisky : Non, je ne le crains pas.

 

Jacqueline Boysen: Les véritables objectifs du PDS - vous parlez toujours de partis d'origine – la toute-puissance des partis d'origine, ne passent-ils pas au second plan? Si on lit les angles d'approche, le réajustement des conditions d'existence Est et Ouest n'apparaît qu'aux point 8 et 9. Et récemment, Oskar Lafontaine, alors qu'il présentait un document stratégique de son groupe au Bundestag, n'a même pas nommé ce point. Cela signifie-t-il que vous vous détournez plus fortement des intérêts de l'Allemagne de l'Est, que vous incarniez, et si j'ose dire, que vous incarniez aussi en tant que personne?

 

Lothar Bisky : Non, je ne vois pas les choses ainsi. Ce qui est nouveau, c'est que l'Est et l'Ouest s'unissent. Et nous voulons faire de la politique d'égal à égal, ensemble et comme partenaire. Cela ne fonctionne pas l'un contre l'autre. Nous restons en Allemagne de l'Est la forte représentation de l'Est. Et la population le remarque aussi. Et je n'aimerais pas que nous gagnions à l'Ouest et perdions à l'Est. J'aimerais que nous soyons très forts à l'Est et gagnons de plus en plus à l'Ouest.

 

Jacqueline Boysen: Monsieur Bisky, vous nous avez dévoilé que vous serez de nouveau candidat. Ce n'est naturellement pas une surprise. Comment avez-vous supporté que la législature pour vous ait commencé en 2005 par une expérience inhabituelle et sûrement aussi douloureuse, à savoir: vous vous êtes présenté, pour votre parti, quatre fois à la Vice-présidence du Bundestag et vous avez échoué quatre fois. Comment le vivez-vous?

 

Lothar Bisky : C'est une défaite, c'est clair. Mais d'une défaite, on peut en faire quelque chose de positif. Le Bundestag a décidé à la majorité qu'il était préférable que je me consacre à mon parti. C'est ce que j'ai fait et je quitterai le Bundestag si le Parti atteint un score à deux chiffres. C'est ma réponse à cette défaite.Deutschlandfunk, 30 mars 2008.

 

Source:

http://die-linke.de/die_linke/wortlaut/detail/artikel/lothar-bisky-sieht-keine-annaeherung-an-spd/

 

Traduction de l'allemand: Françoise Diehlmann

                                                  

1 Radio allemande à laquelle l’interview a été accordée

 

2 Parti Social-Démocrate d’Allemagne

 

3 Le Parti Communiste de l’ex-RDA

 

4 Ensemble de mesures disparates d’inspiration néolibérale couvrant des domaines aussi variées que la fiscalité, le droit au licenciement, les cotisations aux assurances sociales, menée par la coalition rose-verte du Gouvernement Schröder

 

5 Un des volets de l’agenda 2010, réforme profonde de la gestion du chômage qui porte le nom de l’ex manager de Volkswagen, Peter Hartz, qui, entre autres, réduit de façon drastique l’allocation chômage

 

6 Tête de liste du SPD aux élections régionales de la Hesse (région de Wiesbaden – Francfort)

 

7 Parti communiste d’Allemagne

 

8 A la fin de la Seconde Guerre mondiale

 

9 Parti communiste allemand après l’interdiction du KPD en 1956

 

10 En tant que membre du DKP, avait été candidate sur les listes de DIE LINKE aux élections régionales de la Basse-Saxe, le 27 janvier 2008, a, dans ce cadre donné une interview où elle justifiait le mur et la sécurité d’Etat (Stasi)