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Israël / Palestine

Un article paru dans l’Humanité :

http://www.humanite.fr/Etat-palestinien-face-a-face-Leila-Shahid-Regis-Debray

Entretien réalisé par Françoise Germain-Robin paru dans l’Humanité des débats du 26 avril 2008.

Y aura-t-il un État palestinien ? Notre face-à-face

Dans L’Humanité des débats du samedi 26 avril, face-à-face Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne et Régis Debray, écrivain, médiologue.

« Honnêtement, je suis plus désespérée par l’attitude de l’Europe qu’en regardant nos deux sociétés, israélienne et palestinienne, qui, je le crois, trouveront les ressources pour s’en sortir, malgré les échecs dans lesquels nous sommes tous. » Leïla Shahid.

 

 

 S oumises à la pression militaire permanente d’Israël, les bases physiques, économiques et humaines d’un État palestinien sont en voie de disparition. Y a-t-il encore une place en Palestine pour un État palestinien ? C’est sur cette question paradoxale que se penchent nos deux invités, Leïla Shahid, représentante de l’Autorité palestinienne à Bruxelles, et Régis Debray, écrivain et médiologue (1). Il n’a pas oublié qu’il fut philosophe et a intitulé son dernier livre Un candide en Terre sainte (2).

Il le dédie à la fois à son vieil ami François Maspero, qui lui a donné l’idée de ce reportage « sur les pas de Jésus », et à Jacques Chirac, qui lui avait confié la mission délicate d’étudier « les coexistences ethnico-religieuses » au Proche-Orient. Régis Debray, en quête des Évangiles et de la Palestine, n’en a retrouvé que des évocations. Les uns estompés par le temps, l’autre fracassée par l’occupation et la colonisation. Il a fait le constat de l’effacement progressif, inexorable, du territoire de ce qui devrait être un jour la Palestine. Alors que cette année doit être, si l’on en croit M. Bush, celle de la création de l’État palestinien promis par l’ONU en 1947.

Alors que le mouvement sioniste, lui, a concrétisé sa promesse et fêtera en mai les soixante ans d’Israël. Le printemps pour Israël, l’hiver de la « Nakba » pour les Palestiniens.

Régis Debray, quand on referme Un candide en Terre sainte, on n’est pas loin du désespoir absolu en ce qui concerne l’avenir de la Palestine. De votre voyage d’étude sur les lieux - effectué en 2006 à la demande de Jacques Chirac -, vous rapportez un constat implacable : « Les bases physiques, économiques et humaines d’un État palestinien sont en voie de disparition. » Vous dites aussi que dès 1938 « l’administration britannique avait constaté l’impossibilité de créer en Palestine deux États, un juif, un arabe ». Alors, toutes ces luttes, ces plans de paix, tout ça pour rien ? Et est-ce que Leila Shahid, qui représente la Palestine à Bruxelles, est d’accord avec ce diagnostic ?

Régis Debray. Dans la Fêlure, Scott Fitzgerald dit : « On devrait pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir et cependant être décidé à les changer. » C’est vrai, en cet endroit que je redécouvrais après quelques années avec l’analyse des cartes précises dues au travail remarquable des géographes des Nations unies, l’OCHAA, j’ai constaté l’application d’un programme qui s’exécute, sans fanfare ni journalistes, et qui consiste simplement à aller jusqu’à la frontière qui est pour le moment celle de l’État d’Israël : le Jourdain. Ainsi se développe, non de façon machiavélique, mais de façon à la fois vitale, spontanée, inexorable, une colonisation doublée de travaux d’infrastructures, de captation d’eau, d’occupation des hauteurs, de raccordements d’une colonie à l’autre, une colonie sauvage qui est très vite officialisée… bref, un processus qui est un rouleau compresseur et qui ne correspond pas du tout à l’image qu’on a à l’extérieur.

 

[photo AFP]

 

Face à cette réalité, je me trouve devant cette difficulté : faut-il laisser le ronron diplomatico-médiatique nous dire que « d’ici un an nous aurons deux États », que « la Conférence d’Annapolis relance l’espoir de paix », que « nous, la France, appelons au gel des colonies »… Faut-il laisser cet écran de fumée, ou dire la réalité telle qu’elle est ?

À mon sens, ce qui serait désespérant, c’est d’entériner cet écran de fumée. Ce serait entériner le double jeu d’un gouvernement qui s’efforce d’être consensuel à l’extérieur mais qui est implacable à l’intérieur. Et le double jeu de l’Occident qui consiste à laisser faire le plus fort en le protégeant par une série de déclarations lénifiantes. Faut-il déchirer cet écran au risque de décourager, de démoraliser nos amis palestiniens ? C’est un dilemme. Personnellement, j’écris pour mon opinion publique, pour les Français, pour les Européens et je ne veux pas qu’ils s’endorment sur de fausses certitudes.

Leïla Shahid. Je reviens d’un mois en Palestine après quatre ans d’absence, et j’ai été absolument catastrophée, effondrée, de voir combien les choses ont régressé. J’ai l’impression qu’en quatre ans, c’est devenu quasiment irréversible. À commencer par Jérusalem. Jérusalem aujourd’hui n’a plus d’existence en tant que ville arabe à l’Est, israélienne à l’Ouest. L’endroit où le mur est le plus répulsif, le plus difficile à vivre, c’est Jérusalem. Parce que, là, il est tout en béton. Ailleurs, sur ses 700 kilomètres de parcours, c’est parfois un grillage avec des barbelés. Mais à Jérusalem, la Jérusalem métropolitaine qui est soixante fois plus grande qu’en 1967, il est entièrement en béton et il fait 9 mètres de haut.

Deuxièmement, c’est à Jérusalem-Est que l’agrandissement de colonies a été le plus important - toutes les informations le prouvent, en particulier celles de La paix maintenant, qui a fait un remarquable travail de « monitoring » des colonies. C’est dans la tradition sioniste classique de créer des faits accomplis. Celui-là déchargera Israël de la nécessité de négocier le statut de Jérusalem. Car si cela continue, il n’y aura plus rien à négocier.

La troisième chose qui m’a beaucoup choquée, c’est l’étendue des embranchements de routes pour relier ce qu’on appelle le « ring road », le périphérique de Jérusalem, qui va pratiquement annexer toute la ville sur le plan du transport public et de l’espace. Ces embranchements ne desservent que les colonies. Il n’y a pas une seule bretelle qui aille à Beit Hanina ou dans n’importe quelle banlieue de Jérusalem-Est. L’isolement de Jérusalem de la Cisjordanie et des territoires occupés est un fait accompli : on ne peut déjà plus parler de Jérusalem-Est comme capitale de l’État de Palestine. Finalement, et ceci concerne particulièrement les Français, à cause des entreprises impliquées (Veolia et Alstom), le tramway reliera les colonies à l’est de Jérusalem à Israël, en violant toutes les règles du droit international.

Dans le reste de la Cisjordanie, l’extension des colonies autour d’Ariel, celle de Maale Adumin pratiquement jusqu’à la mer Morte, l’extension du bloc du Gush Etzion font qu’il ne reste plus que trois entités complètement séparées : le bantoustan du Nord, celui du centre et celui du Sud, qui ne sont pas viables comme territoire d’un État.

Lorsque vous dites cela aux responsables israéliens, le plus sérieusement du monde, ils vous répondent qu’ils vont faire des tunnels sous les colonies et des ponts par-dessus, pour respecter la lettre de ce qui est inscrit dans les accords : la continuité territoriale. C’est littéralement kafkaïen, mais ils le disent sérieusement !

Les premiers à constater cet état de fait, ce sont les habitants de la Palestine, qui ne reconnaissent plus visuellement le paysage dans lequel ils habitent. Tous les jours il y a soit une nouvelle colonie, une « sauvage » qui devient officielle, une autre qui obtient le statut de ville, comme Ariel ou Modiin. Ce constat, vous le trouvez dans la bouche de la plupart des citoyens, je ne dis pas des responsables de l’Autorité palestinienne. Car si les responsables devaient admettre qu’il n’y a plus les fondements territoriaux d’un État, ils devraient arrêter de négocier. Ou alors adopter une autre stratégie.

Dans votre rapport, vous prévoyez une annexion, d’ici à trente ans, de l’ensemble des territoires occupés. Sarih Nusseibeh, recteur de l’université Al Qods, rappelle dans son dernier livre (1) qu’il a un jour publié une lettre ouverte demandant à Israël d’annexer les territoires palestiniens, ce qui aboutirait à terme, disait-il, à ce que les Palestiniens aient les mêmes droits civiques que les Israéliens. Et réglerait le problème, d’autant que la croissance démographique palestinienne est élevée. Est-ce cette solution que vous envisagez ?

Régis Debray. Je n’envisage pas de solution car je ne suis ni un homme politique, ni un diplomate, encore moins futurologue - ils se trompent tout le temps ! Ce que je dis, c’est que nous assistons à ce qu’on appelle ailleurs un nettoyage ethnique plus ou moins soft, mais parfait, parce que c’est la chose sans le mot. Il est à la fois continu et invisible. Mon problème n’est pas de concevoir des plans sur la comète, mais de partir, comme dit Leila, de l’état des lieux. Les Nations unies l’ont à leur disposition à travers des relevés de terrain parfaitement objectifs, méticuleux, quasiment quotidiens. La question que je me pose, c’est celle de l’avenir des Palestiniens et de l’Autorité palestinienne. La proposition de Nusseibeh est au fond celle d’un État binational, dont les Israéliens ne veulent pas. On peut les comprendre. Ils ont créé cet État pour avoir un lieu où ils sont majoritaires et sortir d’une condition de minorité qui remonte à Titus. On peut comprendre qu’ils n’aient pas envie, à terme, d’être à nouveau minoritaires. La logique même du projet sioniste exclut la binationalité. Ou alors, le sionisme n’avait pas de sens.

Ce qui me frappe, c’est cette espèce de silence qu’observe l’Autorité palestinienne qui, devant cet état de fait, aurait deux attitudes possibles : un, je me dissous, je vous rends les clefs et on applique la convention de Genève nº4 : celui qui occupe un pays doit le gérer, c’est-à-dire payer les fonctionnaires, les hôpitaux, les routes, les écoles. Cela aurait au moins le mérite de la clarté, en mettant toutes les parties au pied du mur. L’autre solution, c’est d’envoyer les cartes de la région à M. Bush, à M. Sarkozy, M. Blair et de leur dire : « On cesse de jouer. On n’a pas les moyens de s’opposer à cela, mais au moins nous sommes debout et lucides. Nous n’acceptons pas votre attitude de Tartuffe. Vous parlez de perspectives qui n’ont plus de réalité. Vous exhortez les Israéliens à prendre des mesures, ils disent "oui" de la tête et font exactement le contraire. Vous n’en prenez jamais acte. Nous considérons que vous êtes coresponsables d’une violation quotidienne de la loi internationale. Nous ne vous considérons pas comme une instance de supervision neutre. Vous avez pris le parti d’un État qui, pour des raisons qui lui sont propres et peuvent d’ailleurs s’expliquer, s’estime au-dessus des lois. »

Ce que je trouve embarrassant quand on est un ami de la cause nationale palestinienne - comme j’aurais été un ami de la cause israélienne en 1946 -, c’est d’avaliser non seulement un déni de justice, mais encore un mensonge perpétuel et un endormissement général de l’opinion. À trop faire comme si on ne se rendait compte de rien, comme s’il y avait des négociations entre deux parties égales et de bonne foi, on devient un organe de collaboration. Voilà les questions que beaucoup de Palestiniens, et pas seulement du côté du Hamas, et que beaucoup de gens informés, comme notre ambassadeur Stéphane Hessel, commencent à se poser.

Qu’en pense Leila Shahid ?

Leïla Shahid. Je suis d’accord avec la non-crédibilité du processus de négociation aujourd’hui. Il a été crédible entre 1993 et 2000. Je précise tout de même qu’il n’y a plus eu de négociations depuis l’été 2000 jusqu’à Annapolis, soit pratiquement sept ans. Elles n’ont repris, officiellement, que depuis Annapolis. Mais sans aucune avancée. La réalité, elle, a beaucoup régressé. C’est vrai qu’il y a deux possibilités : ou bien l’Autorité en charge des négociations, c’est-à-dire Mahmoud Abbas, dit : « C’est une mascarade qui me discrédite et décrédibilise tout le processus, donc, je rentre chez moi », en confiant le dossier à une communauté internationale qui s’est montrée inexistante. Ou bien il constate : « La négociation n’a pas marché, il faut une nouvelle stratégie, militaire, politique, de soulèvement populaire, mais autre chose. » C’est-à-dire mettre le point final à la stratégie d’Oslo dont il a été, personnellement, le négociateur principal.

Pourquoi ne fait-il ni l’un ni l’autre ? Je ne pense pas que ce soit par manque de courage ni parce qu’il ne fait pas le même constat que nous. Il le fait. Mais le jour où il le dira publiquement, il n’y aura plus de négociations. Et il devra confier le dossier à une tierce partie. Mais qui ? Les Nations unies ont prouvé leur incapacité à assumer leur rôle et la communauté internationale est, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, totalement complice de l’occupation. Elle a été incapable de traiter Israël comme un État redevable du droit. C’est la première fois au monde qu’un État va aussi loin dans la violation des lois et qu’aucune forme de pression ni indirecte, ni directe, ni économique ni politique ne lui est appliqué.

Je crois que la raison directe de ce qui apparaît presque comme de la « collaboration » - c’est Régis Debray qui emploie ce mot, pas moi - est en partie la responsabilité d’une communauté internationale qui n’a pas laissé d’autre possibilité à la direction palestinienne. Il y a chez les Palestiniens un sentiment profond d’être dans le tête-à-tête total avec Israël, livré à Israël. Une conscience aiguë que la communauté internationale ne fonctionne pas en ce qui concerne le problème palestinien. Elle ne demande pas l’application de ses propres résolutions, à commencer par la 242 qui refuse l’acquisition de territoires par la force. Elle fonctionne quand il s’agit des Balkans, du Timor Oriental, du Kosovo, de tous les autres lieux du monde, mais pas quand il s’agit d’Israël. C’est parce qu’Israël, à cause de sa relation historique avec l’Europe, peut échapper à tous les devoirs.

C’est cela qui crée l’illusion - et je dis bien que c’est une illusion - qu’il n’y pas de salut hors du dialogue direct avec les Israéliens, dans un rapport de forces tellement inégal qu’il est utilisé non seulement pour changer la réalité, mais, ce qui est plus grave, pour discréditer ceux qui ont choisi, comme moi, la coexistence. Pour moi, Yasser Arafat est un homme historique pour les Palestiniens. Il l’est aussi pour les Israéliens. Pas parce qu’Oslo était bien négocié - il ne l’était pas -, mais parce qu’il a fait adopter par son peuple l’idée de coexistence. Ce qui veut dire, accepter la légitimité d’Israël et la faire accepter par tous les Arabes. Aujourd’hui, le discrédit qui touche le processus de paix discrédite aussi le concept même de coexistence. Car face à l’aveuglement total des Israéliens, les options dont dispose la direction palestinienne ne sont pas très nombreuses.

L’autre option est de fermer la négociation ouverte en 1993, faute de résultat. Mahmoud Abbas dit qu’il le fera si, d’ici à la fin de l’année, il n’y a pas de changement.

Y a-t-il une autre stratégie, une autre forme de lutte politique ou même militaire ? Je crois que la difficulté est le défi que représente le Hamas qui, dès le début, a refusé la voie de la négociation. Dire qu’on y renonce, c’est reconnaître leur succès. Ce n’est pas facile. Dissoudre l’Autorité serait une irresponsabilité totale - car à qui confierait-on la population palestinienne, aux israéliens ?

Pour ces deux raisons, l’Autorité palestinienne continue dans un chemin qui peut être mal interprété et qui suscite dans la population, mais aussi chez les amis de la Palestine, un questionnement immense. Il y a une réflexion dans la société palestinienne sur la redéfinition d’une stratégie. Comme si nous avions achevé un cycle. Israël devra assumer sa responsabilité dans la fin de ce cycle commencé en 1993 et qui lui offrait, pour la première fois en quarante-cinq ans, une légitimité. S’il n’y a plus d’espoir d’un État palestinien, nous perdons tous ces acquis. S’ouvrira un nouveau cycle dont personne ne peut dépeindre les contours.

Est-ce que l’idée de Régis Debray d’installer l’ONU à Jérusalem pourrait changer quelque chose ?

Régis Debray. C’est saugrenu en apparence, mais imparable au plan juridique. La Charte des Nations unies ne fixe pas d’adresse pour son siège. Si une majorité de l’Assemblée générale le décidait, le Conseil de sécurité ne pourrait pas s’y opposer. L’idée remonte à Massignon, lorsqu’il sentait, en 1937, que la SDN était comme l’ONU aujourd’hui - un machin selon de Gaulle - qui n’était pas à la hauteur de sa tâche. Il s’est dit qu’on pourrait la revigorer en l’installant à Jérusalem. Il sentait que c’était un lieu conflictuel. Mais les Américains n’y ont pas intérêt. Ils contrôlent l’ONU par divers moyens, dont le premier est l’osmose, le système d’écoute, les diverses pressions sur les États pauvres. Les Israéliens ne le souhaitent pas. C’est un pays ultrasouverainiste qui ne veut pas que la communauté internationale se mêle de ses affaires.

Avoir l’ONU chez soi, c’est embêtant quand on refuse d’appliquer ses résolutions. Mais sur le long terme, il y aurait un intérêt physique pour toutes les nations du monde qu’il y ait la paix là où est le siège de l’ONU. Ce serait une garantie de sécurité à long terme pour Israël. En outre, ce serait un point d’équilibre qui assurerait la neutralité : il n’est pas sain que l’organisme chargé du droit soit au lieu de la force. La coïncidence entre la capitale d’un empire et celle du droit international est vicieuse dans son principe.

Leïla Shahid. Moi, j’ai trouvé cette idée géniale ; je n’avais jamais pensé à cela. Mais si on ne peut pas déménager l’ONU, on peut essayer de l’impliquer davantage. On n’a pas tiré le bilan de ses échecs. On a trop tendance à attribuer l’échec aux Palestiniens, surtout en ce moment. Si on n’a pas été capables de défier Israël, sous prétexte qu’on ne peut pas s’en prendre à sa souveraineté alors qu’on le fait pour d’autres, c’est là qu’est le problème de deux poids, deux mesures. L’ONU, un machin, dit-on ? Mais on n’a pas trouvé quelque chose pour la remplacer. Si Israël veut annexer tous les territoires, il va se retrouver avec cinq millions de Palestiniens et devra gérer cela sur tous les plans, y compris la sécurité. Peut-être qu’un jour il aura besoin des Nations unies pour se sortir du « merdier » dans lequel il se sera mis.

Régis Debray. Il y a en effet quelque chose de suicidaire dans l’attitude des Israéliens. Certains en sont conscients. J’ai vu Abraham Burg (2) il y a peu, il est de ceux qui voient loin. Une des raisons d’espérer est la présence d’esprits libres en Israël, de gens qui allient une grande culture à un grand courage, et qui se rendent compte que la politique de force est non seulement illégitime mais contre-productive pour elle-même et cause, à la fin, de faiblesse.

Il y a un mot capital qu’on n’a pas prononcé, c’est celui de Shoah. Israël est un État auquel beaucoup de choses illégales sont permises. Pourquoi ? Parce que c’est pour tout l’Occident un remords et une faute. Nous avons le sentiment d’une dette, peut-être pas éternelle, mais qui n’a pas fini d’être payé et qui s’appelle l’Holocauste. Elle donne à Israël un statut ontologique de victime. Exercer une pression sur ce pays, c’est se montrer en quelque sorte complice a posteriori d’un crime contre l’humanité.

L’Europe est paralysée parce qu’elle porte cette immense culpabilité. Il est significatif que ce soit les pays où il n’y a pas eu de déportation ni d’étoile jaune qui sont les plus objectifs, les plus courageux. Je suis très frappé de l’attitude de l’Église anglicane par rapport aux autres Églises chrétiennes. Les pays nordiques aussi, l’Espagne, tous les pays qui n’ont pas cette tache ignoble dans leur passé et qui nous est chaque jour rappelée - pas un jour sans que la radio, la télévision, le journal, ne nous ramène au Vel d’Hiv et à Vichy. Cela donne à Israël une immunité que personne n’ose entamer. Cela pour l’Europe.

Quant à l’Amérique, c’est une colonie spirituelle du peuple hébreu. C’est écrit dans les gènes de l’Amérique, dans la genèse historique des États-Unis. Vous avez donc en Europe une impossibilité psychologique d’intervenir et en Amérique une impossibilité théologique. Les deux ensemble, ça fait la communauté internationale. Quand vous avez dit cela, vous n’avez pas grand-chose à attendre de l’extérieur. Sauf si un Palestinien se lève face à la communauté internationale et commence à lui parler vrai, à dire « oui, il y a eu la Shoah, oui c’est un crime inexpiable, mais est-ce à nous de l’expier, nous qui ne l’avons pas commis ? Et est-ce qu’un crime contre l’humanité excuse des crimes de guerre perpétuels ? Je crois qu’il faut secouer l’opinion internationale. Le travail qu’Arafat a fait vis-à-vis de son peuple et du monde arabe, il faut qu’un Palestinien le fasse vis-à-vis de la conscience internationale. Qu’il la mette face à sa rhétorique. Prenez-la au mot : « Vous êtes la loi ou non ? Si on ne respecte pas ce que vous dites, cessez de faire des résolutions. Dissolvez-vous. » Il faut être un peu radical pour être réaliste. C’est-à-dire aller à la racine des choses. Je trouve que les Palestiniens ne sont pas assez radicaux. Je ne parle pas de violence mais de radicalité théorique et pratique.

Leïla Shahid. C’est vrai que les Palestiniens, comme le monde entier, ont été pris au piège de la diplomatie bien-pensante. Ils ont cru à un nouvel ordre mondial où chacun aurait sa place. Je suis d’accord sur l’analyse de ce qui a paralysé la communauté internationale. C’est pourquoi je dis aux instances européennes : « Israël n’est pas seulement notre problème, c’est aussi le vôtre. Israël fait partie de votre histoire. Il fait partie de notre présent et de notre avenir, pas de notre passé. Et vous ne pourrez pas régler vos comptes avec votre passé en vous contentant de nous envoyer une aide humanitaire. »

Je pense que la proposition de coexistence faite par Yasser Arafat était basée sur ce constat : même si nous n’avons pas été historiquement responsables du génocide, nous assumons le fait que c’est un crime contre l’humanité, qu’il a eu lieu. Ayant assimilé cela, nous avons accepté de reconnaître Israël et son désir de fonder un État national là où il n’y a jamais eu d’État juif. C’est pourquoi nous nous sentons, sur le plan de la maturité politique, de notre position éthique, en avance sur bien des conflits nationaux : nous avons intégré celui qui a été notre ennemi historique dans la vision de notre propre avenir. On ne reconnaît pas assez ce mérite aux Palestiniens.

La tragédie, c’est qu’à cause de l’entêtement israélien, à cause de la culpabilité que le monde a à l’égard d’Israël, on voit se développer, pour la première fois dans l’histoire, une montée de l’antisémitisme dans un monde arabe qui ne comprend pas que la seule réponse d’Israël soit davantage d’expulsions, de colonies, de murs. Mais il y a en Israël des justes à qui je veux rendre hommage, des militants anticolonialistes qui voient plus loin que les hommes politiques.

Quand on a l’impression que tout est bouché, comme maintenant, certaines choses peuvent déclencher une situation nouvelle. Il y a dans la société israélienne, sur le plan de ce qui s’écrit, des questionnements fondamentaux. Par exemple le dernier livre d’Abraham Burg, qui ose nommer les choses par leur nom, décrire l’état de sa propre société, quitte à se faire lyncher. Par exemple Schlomo Zand, qui vient de publier en hébreu un livre où il se demande si on peut parler d’un peuple juif. Il y a dans la pensée juive sioniste une réflexion qui peut remettre en cause beaucoup de choses.

Ce qui me désespère en revanche, c’est l’Europe. Je travaille depuis deux ans dans les instances européennes, l’un des groupements régionaux qui comptent le plus dans le monde. Cette Europe se montre incapable d’exister politiquement, mais elle se lance dans des projets nouveaux, comme l’Union pour la Méditerranée.

Comment peut-on parler d’une telle union avec un conflit aussi important en son coeur alors qu’on n’a pas été capable de trouver une solution en treize ans de processus de Barcelone ? C’est encore faire l’autruche. Et je m’inquiète parce que je vois qu’il y a d’autres forces politiques dans cette région qui sont en train de gagner sur nos échecs, celui des laïcs, celui des partisans de la coexistence. Ceux qui ont une autre vision sont en train de gagner du terrain tous les jours. Pas seulement en Palestine. Cela va de la Mauritanie jusqu’à l’Irak.

Honnêtement, je suis plus désespérée par l’attitude de l’Europe qu’en regardant nos deux sociétés, israélienne et palestinienne, qui, je le crois, trouveront les ressources pour s’en sortir, malgré les échecs dans lesquels nous sommes tous.

Entretien réalisé par Françoise Germain-Robin paru dans l’Humanité des débats du 26 avril 2008.

(1) Méthode d’analyse des processus de transmission culturelle, qui étudie les relations entre les objets symboliques, les formes d’organisations collectives et les médiations techniques (NDLR).

 (2) Un candide en Terre sainte, Gallimard, 2008, 450 pages, 22,50 euros.

 (3) Sarih Nusseibeh vient de publier chez Lattès Il était un pays, la Palestine.

 (4) Ancien président de la Knesset, Abraham Burg vient de publier Vaincre Hitler.

 

 

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Albert Einstein, Why Socialism

 

 

http://www.monthlyreview.org/598einst.htm

 

Why Socialism?

by Albert Einstein


This essay was originally published in the first issue of Monthly Review (May 1949).

Is it advisable for one who is not an expert on economic and social issues to express views on the subject of socialism? I believe for a number of reasons that it is.

Let us first consider the question from the point of view of scientific knowledge. It might appear that there are no essential methodological differences between astronomy and economics: scientists in both fields attempt to discover laws of general acceptability for a circumscribed group of phenomena in order to make the interconnection of these phenomena as clearly understandable as possible. But in reality such methodological differences do exist. The discovery of general laws in the field of economics is made difficult by the circumstance that observed economic phenomena are often affected by many factors which are very hard to evaluate separately. In addition, the experience which has accumulated since the beginning of the so-called civilized period of human history has—as is well known—been largely influenced and limited by causes which are by no means exclusively economic in nature. For example, most of the major states of history owed their existence to conquest. The conquering peoples established themselves, legally and economically, as the privileged class of the conquered country. They seized for themselves a monopoly of the land ownership and appointed a priesthood from among their own ranks. The priests, in control of education, made the class division of society into a permanent institution and created a system of values by which the people were thenceforth, to a large extent unconsciously, guided in their social behavior.

But historic tradition is, so to speak, of yesterday; nowhere have we really overcome what Thorstein Veblen called "the predatory phase" of human development. The observable economic facts belong to that phase and even such laws as we can derive from them are not applicable to other phases. Since the real purpose of socialism is precisely to overcome and advance beyond the predatory phase of human development, economic science in its present state can throw little light on the socialist society of the future.

Second, socialism is directed towards a social-ethical end. Science, however, cannot create ends and, even less, instill them in human beings; science, at most, can supply the means by which to attain certain ends. But the ends themselves are conceived by personalities with lofty ethical ideals and—if these ends are not stillborn, but vital and vigorous—are adopted and carried forward by those many human beings who, half unconsciously, determine the slow evolution of society.

For these reasons, we should be on our guard not to overestimate science and scientific methods when it is a question of human problems; and we should not assume that experts are the only ones who have a right to express themselves on questions affecting the organization of society.

Innumerable voices have been asserting for some time now that human society is passing through a crisis, that its stability has been gravely shattered. It is characteristic of such a situation that individuals feel indifferent or even hostile toward the group, small or large, to which they belong. In order to illustrate my meaning, let me record here a personal experience. I recently discussed with an intelligent and well-disposed man the threat of another war, which in my opinion would seriously endanger the existence of mankind, and I remarked that only a supra-national organization would offer protection from that danger. Thereupon my visitor, very calmly and coolly, said to me: "Why are you so deeply opposed to the disappearance of the human race?"

I am sure that as little as a century ago no one would have so lightly made a statement of this kind. It is the statement of a man who has striven in vain to attain an equilibrium within himself and has more or less lost hope of succeeding. It is the expression of a painful solitude and isolation from which so many people are suffering in these days. What is the cause? Is there a way out?

It is easy to raise such questions, but difficult to answer them with any degree of assurance. I must try, however, as best I can, although I am very conscious of the fact that our feelings and strivings are often contradictory and obscure and that they cannot be expressed in easy and simple formulas.

Man is, at one and the same time, a solitary being and a social being. As a solitary being, he attempts to protect his own existence and that of those who are closest to him, to satisfy his personal desires, and to develop his innate abilities. As a social being, he seeks to gain the recognition and affection of his fellow human beings, to share in their pleasures, to comfort them in their sorrows, and to improve their conditions of life. Only the existence of these varied, frequently conflicting, strivings accounts for the special character of a man, and their specific combination determines the extent to which an individual can achieve an inner equilibrium and can contribute to the well-being of society. It is quite possible that the relative strength of these two drives is, in the main, fixed by inheritance. But the personality that finally emerges is largely formed by the environment in which a man happens to find himself during his development, by the structure of the society in which he grows up, by the tradition of that society, and by its appraisal of particular types of behavior. The abstract concept "society" means to the individual human being the sum total of his direct and indirect relations to his contemporaries and to all the people of earlier generations. The individual is able to think, feel, strive, and work by himself; but he depends so much upon society—in his physical, intellectual, and emotional existence—that it is impossible to think of him, or to understand him, outside the framework of society. It is "society" which provides man with food, clothing, a home, the tools of work, language, the forms of thought, and most of the content of thought; his life is made possible through the labor and the accomplishments of the many millions past and present who are all hidden behind the small word “society.”

It is evident, therefore, that the dependence of the individual upon society is a fact of nature which cannot be abolished—just as in the case of ants and bees. However, while the whole life process of ants and bees is fixed down to the smallest detail by rigid, hereditary instincts, the social pattern and interrelationships of human beings are very variable and susceptible to change. Memory, the capacity to make new combinations, the gift of oral communication have made possible developments among human being which are not dictated by biological necessities. Such developments manifest themselves in traditions, institutions, and organizations; in literature; in scientific and engineering accomplishments; in works of art. This explains how it happens that, in a certain sense, man can influence his life through his own conduct, and that in this process conscious thinking and wanting can play a part.

Man acquires at birth, through heredity, a biological constitution which we must consider fixed and unalterable, including the natural urges which are characteristic of the human species. In addition, during his lifetime, he acquires a cultural constitution which he adopts from society through communication and through many other types of influences. It is this cultural constitution which, with the passage of time, is subject to change and which determines to a very large extent the relationship between the individual and society. Modern anthropology has taught us, through comparative investigation of so-called primitive cultures, that the social behavior of human beings may differ greatly, depending upon prevailing cultural patterns and the types of organization which predominate in society. It is on this that those who are striving to improve the lot of man may ground their hopes: human beings are not condemned, because of their biological constitution, to annihilate each other or to be at the mercy of a cruel, self-inflicted fate.

If we ask ourselves how the structure of society and the cultural attitude of man should be changed in order to make human life as satisfying as possible, we should constantly be conscious of the fact that there are certain conditions which we are unable to modify. As mentioned before, the biological nature of man is, for all practical purposes, not subject to change. Furthermore, technological and demographic developments of the last few centuries have created conditions which are here to stay. In relatively densely settled populations with the goods which are indispensable to their continued existence, an extreme division of labor and a highly-centralized productive apparatus are absolutely necessary. The time—which, looking back, seems so idyllic—is gone forever when individuals or relatively small groups could be completely self-sufficient. It is only a slight exaggeration to say that mankind constitutes even now a planetary community of production and consumption.

I have now reached the point where I may indicate briefly what to me constitutes the essence of the crisis of our time. It concerns the relationship of the individual to society. The individual has become more conscious than ever of his dependence upon society. But he does not experience this dependence as a positive asset, as an organic tie, as a protective force, but rather as a threat to his natural rights, or even to his economic existence. Moreover, his position in society is such that the egotistical drives of his make-up are constantly being accentuated, while his social drives, which are by nature weaker, progressively deteriorate. All human beings, whatever their position in society, are suffering from this process of deterioration. Unknowingly prisoners of their own egotism, they feel insecure, lonely, and deprived of the naive, simple, and unsophisticated enjoyment of life. Man can find meaning in life, short and perilous as it is, only through devoting himself to society.

The economic anarchy of capitalist society as it exists today is, in my opinion, the real source of the evil. We see before us a huge community of producers the members of which are unceasingly striving to deprive each other of the fruits of their collective labor—not by force, but on the whole in faithful compliance with legally established rules. In this respect, it is important to realize that the means of production—that is to say, the entire productive capacity that is needed for producing consumer goods as well as additional capital goods—may legally be, and for the most part are, the private property of individuals.

For the sake of simplicity, in the discussion that follows I shall call “workers” all those who do not share in the ownership of the means of production—although this does not quite correspond to the customary use of the term. The owner of the means of production is in a position to purchase the labor power of the worker. By using the means of production, the worker produces new goods which become the property of the capitalist. The essential point about this process is the relation between what the worker produces and what he is paid, both measured in terms of real value. Insofar as the labor contract is “free,” what the worker receives is determined not by the real value of the goods he produces, but by his minimum needs and by the capitalists' requirements for labor power in relation to the number of workers competing for jobs. It is important to understand that even in theory the payment of the worker is not determined by the value of his product.

Private capital tends to become concentrated in few hands, partly because of competition among the capitalists, and partly because technological development and the increasing division of labor encourage the formation of larger units of production at the expense of smaller ones. The result of these developments is an oligarchy of private capital the enormous power of which cannot be effectively checked even by a democratically organized political society. This is true since the members of legislative bodies are selected by political parties, largely financed or otherwise influenced by private capitalists who, for all practical purposes, separate the electorate from the legislature. The consequence is that the representatives of the people do not in fact sufficiently protect the interests of the underprivileged sections of the population. Moreover, under existing conditions, private capitalists inevitably control, directly or indirectly, the main sources of information (press, radio, education). It is thus extremely difficult, and indeed in most cases quite impossible, for the individual citizen to come to objective conclusions and to make intelligent use of his political rights.

The situation prevailing in an economy based on the private ownership of capital is thus characterized by two main principles: first, means of production (capital) are privately owned and the owners dispose of them as they see fit; second, the labor contract is free. Of course, there is no such thing as a pure capitalist society in this sense. In particular, it should be noted that the workers, through long and bitter political struggles, have succeeded in securing a somewhat improved form of the “free labor contract” for certain categories of workers. But taken as a whole, the present day economy does not differ much from “pure” capitalism.

Production is carried on for profit, not for use. There is no provision that all those able and willing to work will always be in a position to find employment; an “army of unemployed” almost always exists. The worker is constantly in fear of losing his job. Since unemployed and poorly paid workers do not provide a profitable market, the production of consumers' goods is restricted, and great hardship is the consequence. Technological progress frequently results in more unemployment rather than in an easing of the burden of work for all. The profit motive, in conjunction with competition among capitalists, is responsible for an instability in the accumulation and utilization of capital which leads to increasingly severe depressions. Unlimited competition leads to a huge waste of labor, and to that crippling of the social consciousness of individuals which I mentioned before.

This crippling of individuals I consider the worst evil of capitalism. Our whole educational system suffers from this evil. An exaggerated competitive attitude is inculcated into the student, who is trained to worship acquisitive success as a preparation for his future career.

I am convinced there is only one way to eliminate these grave evils, namely through the establishment of a socialist economy, accompanied by an educational system which would be oriented toward social goals. In such an economy, the means of production are owned by society itself and are utilized in a planned fashion. A planned economy, which adjusts production to the needs of the community, would distribute the work to be done among all those able to work and would guarantee a livelihood to every man, woman, and child. The education of the individual, in addition to promoting his own innate abilities, would attempt to develop in him a sense of responsibility for his fellow men in place of the glorification of power and success in our present society.

Nevertheless, it is necessary to remember that a planned economy is not yet socialism. A planned economy as such may be accompanied by the complete enslavement of the individual. The achievement of socialism requires the solution of some extremely difficult socio-political problems: how is it possible, in view of the far-reaching centralization of political and economic power, to prevent bureaucracy from becoming all-powerful and overweening? How can the rights of the individual be protected and therewith a democratic counterweight to the power of bureaucracy be assured?

Clarity about the aims and problems of socialism is of greatest significance in our age of transition. Since, under present circumstances, free and unhindered discussion of these problems has come under a powerful taboo, I consider the foundation of this magazine to be an important public service.

Albert Einstein

 

 

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Au pays des Droits de l Homme

 

 

Au pays des Droits de l’Homme

 

 

« Mes ailes brûlent et la

Boule à mon pied

Se fait insupportable.

Le nuage se teinte

De quelques tâches rouges. »

 

Halima sur Terre-Bleue

N’a pas droit de séjour.

 

De cellules en procès,

Son fils a disparu.

Elle lui trouvait pourtant

Une bonne tête de passeport :

Il ressemblait beaucoup

A un porte-bonheur

Mais à Cornebarrieu*

On lui a donné tort.

 

Halima sur Terre-Bleue

N’a pas droit de séjour.

 

Comprenez sur Terre-Bleue,

L’amour on sait ce que c’est.

C’est pour ceux qu’on connaît,

Il a l’odeur du propre :

C’est l’odeur du papier.

 

Halima dans le ciel,

Elle retourne chez elle,

C’est au pays Torture.

Halima

Y a droit Adieu.

 

Veronika, le 08/04/08

 

[source, site du Conseil Constitutionnel:] 

http://www.conseil-constitutionnel.fr/textes/d1789.htm

*
http://www.ladepeche.fr/article/2008/04/19/449540-3-693-jugements-illegaux-a-Toulouse.html

 

 

 

 

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Réfléchir sur les pommes

Réfléchir sur les pommes

 

 

 Une étude exhaustive du sujet,

Visant à comprendre la pomme,

De la peau au pépin.

 

Une analyse successivement

Scientifique,

Philosophique,

Politique (se méfier)

Botanique,

Poétique et symbolique.


L’arborant dans son ensemble,

Comme pomme parmi les pommes

(Comprendre ici le point de vue Unitaire

Des pommes Rouges, Vertes et jaunes)

Comme dans sa singularité :

La pomme et le serpent

 

 pomme

 

De cette étude émanera une résultante,

Sous forme de Proposition suprême et univoque,

Clé de voûte

De la question suivante :

Doit-on se forcer à manger des pommes ?

(On attend une réponse bien mûrie)

 

Resserrons toutefois l’analyse :

Il s’agit de n’en croquer qu’une seule…

 

-1-

 

 

Peut-on croire la pomme bonne

Alors qu’elle est

Pas Chou ???

 

…On appelle à la prudence,

Bové y verrait peut-être

Une pomme OGM…

 

-2-

 

D’un point de vue philosophique,

YY compte recueillir 40 000 pommes

Et les mettre en

Ligne.

(On craint la domination du chromosome YY)

 

 


 

S’agit ensuite de trouver

500 bonnes pommes

Auxquelles on doit faire avaler

Disons avaliser

Des couleuvres

Dans leur singularité.

 

Dans ce contexte,

Et la pomme étant biodégradable,

Il serait sans doute contre-productif

De la croquer.

 

-3-

 

La question scientifique est centrale :

« Est-il sain de manger

La pomme avant le chou ? »

 

Enfin un point de vue dénué d’émotion.

Auquel un avis diététique s’ajoute :

Il faut au moins manger

De la pomme ou du chou

 

Le choix se réduit alors simplement

A un choix culturel.

 

 

-4-

  

Quelles sont les implications symboliques ?

Croquer la pomme peut être rebutant,

Mais poursuit un but pacifique

Goûtons-la donc dès maintenant.

 

 pomdoree

 

                                      Veronika, le 10 février 2007

 

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